Imaginary interview

Imaginary interview with Ahmad Yasawi

by Charactorium · Ahmad Yasawi (1093 — 1166) · Spirituality · Literature · 6 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.

À Yasi, sous les steppes du Turkestan, une voix nous parvient depuis l'ouverture étroite d'une cellule creusée à même la terre, près de la mosquée. Ahmad Yasawi, poète et maître soufi fondateur de la confrérie Yasawiyya, a choisi cette retraite souterraine à l'âge où le Prophète a quitté ce monde. C'est là, entre deux dhikr chantés par ses disciples au-dehors, qu'il accepte de répondre.

Pourquoi avoir choisi de vous retirer sous terre à soixante-trois ans ?

Le Prophète, sur lui la paix, a vécu soixante-trois années sur cette terre avant de rejoindre son Seigneur. Quand j'ai atteint cet âge à mon tour, à Yasi, j'ai su qu'il ne me convenait plus de marcher sous le même soleil que lui sans jamais l'avoir dépassé. J'ai fait creuser une chilla-khana près de la mosquée, une chambre étroite sous la terre, et j'y suis descendu. J'ai écrit alors dans mon Divan-i Hikmet : « À soixante-trois ans j'entrai sous la terre : ayant atteint l'âge du Prophète, je cachai mon visage au monde et cherchai le Bien-Aimé dans l'obscurité. » Ce n'est pas un tombeau que j'ai choisi, mais une dernière école, la plus silencieuse de toutes.

Je cachai mon visage au monde et cherchai le Bien-Aimé dans l'obscurité.

Comment se déroule une journée dans cette cellule souterraine ?

Même ici, sous terre, l'ordre du jour ne change guère. Avant l'aube je me lève pour la prière du fajr, puis vient un long temps de récitation du Coran. Mes disciples s'assoient près de l'ouverture de la cellule pour recevoir ce que j'ai à leur transmettre, et l'après-midi se passe en silence, à composer quelque quatrain de sagesse quand les mots viennent. Le soir, après la dernière prière, ce sont eux qui reprennent le dhikr à voix haute au-dehors, tandis que je l'écoute monter comme une seule voix. Mon repas reste celui d'un derviche : pain d'orge, un peu de lait aigre, des dattes séchées. Ma khirqa de laine grossière me suffit contre le froid des steppes, hiver comme été — je n'ai jamais eu besoin de davantage.

Pourquoi avoir choisi d'écrire en turc plutôt qu'en arabe ou en persan, les langues savantes de votre temps ?

Le Coran m'a été enseigné en arabe et la science des maîtres de Boukhara se transmettait en persan, ces langues des lettrés que peu de mes frères des steppes comprenaient. Mais un nomade qui garde ses troupeaux entre Sayram et Yasi ne lit ni l'un ni l'autre. J'ai donc choisi de composer mon Divan-i Hikmet dans notre propre langue turque, celle qu'on parle au feu du soir, pour que la sagesse ne reste pas enfermée derrière une porte que seuls quelques savants savent ouvrir. Ces poèmes, on les a vite retenus par cœur et chantés d'un campement à l'autre, et c'est ainsi, je crois, que la parole de Dieu a fini par entrer sous les tentes plutôt que de rester dans les seules mosquées de pierre.

Que sont exactement ces hikmet que vous composez ?

Un hikmet n'est pas un ornement de langage, c'est une sagesse amère qu'on avale avant de la comprendre. J'y écris, par exemple : « Ceux qui n'ont pas goûté la douleur de l'amour ne sont pas des hommes ; écoute, ô ignorant, ces paroles de sagesse et pleure sur ton âme négligente. » Ces mots ne flattent personne, pas même moi. Chaque quatrain se chante, se répète, se transmet de maître à disciple comme on transmet la khirqa, jusqu'à ce qu'il devienne une part de celui qui le porte. Je n'ai pas voulu écrire des vers qu'on admire une fois puis qu'on referme ; je voulais des vers qu'on retienne dans les jambes, comme une prière qu'on répète en marchant vers Yasi.

Ceux qui n'ont pas goûté la douleur de l'amour ne sont pas des hommes.

Comment est né ce dhikr chanté à voix haute qui caractérise votre confrérie ?

Avant moi déjà, on invoquait Dieu dans le silence du cœur, comme on me l'avait enseigné à Boukhara aux côtés de Yusuf Hamadani. Mais j'ai voulu que les noms de Dieu montent aussi de la gorge, à voix haute, en cercle, jusqu'à ce que les corps eux-mêmes se mettent à trembler avec les mots. C'est ainsi que la confrérie Yasawiyya a pris sa forme, dans les années où Yasi devenait un foyer pour ceux qui cherchaient une voie. Le tasbih passe de main en main dans la khanqah, chaque grain compte un nom, et le chant reprend jusqu'à ce que le disciple oublie qui récite et qui écoute. Ce n'est pas un art que j'ai inventé pour me distinguer des autres voies soufies, c'est simplement la forme que la prière a prise dans une gorge de steppe.

Ahmad Yasawi miniature
Ahmad Yasawi miniatureWikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Cihangir ASHUROV

En quoi votre voie se distingue-t-elle de celle de votre maître Yusuf Hamadani ?

J'ai reçu la voie de Yusuf Hamadani, que j'ai suivi jusqu'à sa mort, et de lui j'ai reçu la khirqa qu'on pose sur les épaules d'un disciple pour dire qu'il est désormais responsable de ce qu'on lui a confié. Ce que j'ai changé, ce n'est pas l'enseignement, c'est la langue et le corps qu'on lui donne : à Merv et à Boukhara, on discutait savamment entre lettrés ; ici, dans les steppes, un pasteur ne s'assoit pas pour disputer de métaphysique, il a besoin d'un chant qu'il peut reprendre en gardant son troupeau. J'ai donc porté plus loin vers l'est ce que Hamadani m'avait donné, jusqu'aux peuples turcs qui n'avaient jamais entendu la voie soufie autrement que par la bouche d'un étranger.

Vous souvenez-vous de votre enfance à Sayram ?

Je suis né à Sayram, sur cette route où passent les caravanes depuis toujours, et j'ai perdu mes parents très tôt. C'est ma sœur aînée, Gawhar Shahnaz, qui m'a élevé, et je lui dois d'avoir survécu à ces années où un enfant sans père ni mère n'est protégé que par la miséricorde de Dieu et la patience d'une sœur. Je ne raconte pas cette enfance par plainte : elle m'a appris tôt ce que je répéterais ensuite dans mes hikmet, que rien n'est acquis, que tout vient d'ailleurs et doit être rendu. Sayram reste dans mon souvenir comme le premier lieu où j'ai compris que j'étais seul devant Dieu, bien avant de comprendre ce que cela signifiait vraiment.

Ahmad Yasawi stamp (2024-04-02) 01
Ahmad Yasawi stamp (2024-04-02) 01Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Vyacheslav Kirillin

Que s'est-il passé lorsque le maître Arslan Baba vous serait apparu en songe ?

On m'a raconté, et je l'ai cru comme on croit ce qui vient éclairer une vie, qu'Arslan Baba m'était apparu en songe alors que j'étais enfant. Il portait avec lui une datte que le Prophète, sur lui la paix, avait confiée en dépôt, à faire passer de main en main jusqu'à ce qu'elle trouve l'enfant destiné à la recevoir. Dans ce songe, c'est à moi qu'elle est venue. Je ne sais pas dire aujourd'hui où s'arrête le songe et où commence ce que Dieu a voulu faire de moi par la suite, à Boukhara puis auprès de Yusuf Hamadani ; je sais seulement que depuis cette nuit-là, je n'ai plus jamais douté que ma route était tracée avant même que je sache marcher.

Songez-vous parfois à ce que deviendra votre tombe à Yasi, une fois que vous ne serez plus là ?

Je n'ai aucun moyen de savoir ce que Dieu fera de ce lieu quand je ne serai plus là pour y prier. Yasi accueille déjà des voyageurs qui viennent écouter un enseignement ou se reposer près de la khanqah, et j'imagine parfois, sans en avoir la certitude, que des pieds continueront à user ce même seuil longtemps après que la terre aura recouvert le mien. Ce n'est pas une pensée qui m'inquiète : un maître soufi ne demande pas qu'on se souvienne de son visage, mais que la voie qu'il a ouverte reste praticable pour celui qui vient après. Si ma tombe devient un lieu où l'on prie mieux qu'on ne priait avant moi, alors elle aura servi à quelque chose.

Je ne demande pas qu'on se souvienne de mon visage, mais que la voie reste praticable.

Si vos disciples poursuivent votre œuvre après vous, qu'espérez-vous qu'il en reste ?

Ce que je souhaite ne pas voir disparaître, c'est le chant, plus que le nom de celui qui l'a composé. Que mes hikmet continuent d'être repris d'un feu de camp à l'autre, que la Yasawiyya garde vivante cette manière de scander les noms de Dieu à voix haute que j'ai transmise, que la khirqa continue de passer d'épaule en épaule sans jamais rester immobile trop longtemps sur les mêmes : voilà ce qui compterait plus que n'importe quel monument. Un poème qu'on chante encore dans cent ans a fait plus pour la foi qu'une pierre qu'on visite en silence. Si un jour on m'oublie mais qu'on chante encore ces mots sans savoir qui les a écrits le premier, j'aurai atteint ce que je voulais.

See the full profile of Ahmad Yasawi

This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Ahmad Yasawi's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.