Imaginary interview

Imaginary interview with Aisha

by Charactorium · Aisha (614 — 678) · Literature · 6 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.
Portrait of Aisha
Wikimedia Commons, Public domain — Georges Gasté (1869-1910)

Nous sommes reçus dans la petite hujra attenante à la mosquée de Médine, où Aïcha, désormais âgée, continue de recevoir juristes et curieux derrière un rideau tendu entre les deux pans de la pièce. Une jarre d'eau, une natte usée, et cette voix ferme qui a corrigé des Compagnons du Prophète en personne. Elle accepte, ce jour-là, de revenir sur soixante ans d'une vie qui a traversé le siècle fondateur de l'islam.

Vous souvenez-vous de votre arrivée dans la maison du Prophète, à Médine ?

Je me souviens de tout, comme si le sable en gardait encore la trace. J'étais une enfant de La Mecque, fille d'Abou Bakr, et voilà qu'on m'installait dans une petite hujra de briques crues, au toit de palmes, collée au mur de la mosquée de Médine. Il n'y avait qu'une natte, une jarre d'eau, rien de plus — et pourtant je n'ai jamais habité plus haut lieu. Le Prophète venait s'asseoir près de moi après la prière, et déjà je posais des questions, sur tout, sur les gestes, sur les mots. Mon père disait que j'avais la mémoire d'une source qui ne tarit pas. Je ne savais pas encore que cette même chambre deviendrait, bien après lui, le lieu où l'on viendrait m'interroger à mon tour.

Que s'est-il passé lors de cette expédition où l'on vous a accusée à tort ?

Nous étions revenus d'une expédition, et dans la confusion du départ, en cherchant un collier perdu, je me suis retrouvée séparée de la caravane. Un homme m'a retrouvée seule et m'a ramenée à Médine sur sa monture. Il n'en fallait pas plus pour que les langues se délient. Pendant près d'un mois, la maison du Prophète a connu un silence que je n'oublierai jamais — on chuchotait, on m'évitait, et lui-même ne savait que penser. J'ai pleuré jusqu'à ne plus avoir de larmes, en songeant que même mon père, Abou Bakr, hésitait à me défendre. Puis la révélation est descendue, dans la sourate An-Nur, et elle a lavé mon nom devant toute la communauté. On ne m'a plus jamais reparlé de ce collier sans reparler aussi de cette parole venue du ciel.

J'ai pleuré jusqu'à ne plus avoir de larmes, en songeant que même mon père hésitait à me défendre.

Cette épreuve a-t-elle changé votre place auprès du Prophète et de la communauté ?

Elle m'a donné une autorité que nul, par la suite, n'a pu vraiment contester. Une femme accusée puis innocentée par une parole divine ne pouvait plus être traitée comme une simple épouse parmi d'autres — on est venu me consulter, m'écouter, comme on écoute quelqu'un que Dieu lui-même a défendu. J'ai compris ce jour-là que la vérité met parfois du temps à se montrer, mais qu'elle se montre. Cela m'a aussi rendue plus prompte, dans les années qui ont suivi, à corriger ceux qui rapportaient les paroles du Prophète de travers — je savais ce que coûte une rumeur mal éteinte. Le titre d'Umm al-Mu'minin, Mère des croyants, que je portais déjà, a pris ce jour-là un poids différent, presque une charge.

Pourquoi avez-vous décidé, après la mort d'Othman, de vous opposer ouvertement à Ali ?

Othman avait été assassiné dans sa propre maison, et cela ne pouvait rester sans réponse — c'eût été laisser croire que le sang d'un calife ne vaut rien. Quand Ali a pris le pouvoir sans que les coupables soient châtiés, j'ai estimé, avec d'autres compagnons, qu'il fallait exiger justice avant toute chose. Je n'ai pas pris cette décision à la légère : je suis la fille d'Abou Bakr, le premier calife, et j'avais vu de près ce que signifie porter la charge de la communauté. Alors j'ai pris la route en direction de Bassora, pensant qu'une parole ferme suffirait peut-être à ramener l'ordre sans qu'on tire une seule épée. Je me trompais sur ce dernier point, mais non sur la nécessité de parler.

Décrivez-nous cette journée à Bassora, depuis votre palanquin.

J'étais assise dans mon hawdaj, ce palanquin fermé qu'on avait juché sur un chameau roux nommé Askar, et de là je pouvais entendre le fracas sans tout voir. Les combats se sont resserrés autour de moi à mesure que la matinée avançait — chacun des deux camps savait que tant que je restais debout dans ce palanquin, les hommes se battraient. On raconte que des dizaines de mains ont tenu la bride de ce chameau, l'une après l'autre, à mesure qu'on les tranchait. J'ai entendu les flèches se ficher dans le bois autour de moi comme une pluie de grêle. Ce jour-là, à Bassora, j'ai compris ce qu'est une fitna : non pas une bataille contre un ennemi étranger, mais des frères qui s'entretuent pour une même vérité, chacun sûr de la détenir.

Une fitna, ce n'est pas une bataille contre un ennemi étranger, mais des frères qui s'entretuent pour une même vérité.

Comment avez-vous vécu la défaite, et le geste d'Ali à votre égard ensuite ?

La défaite a été amère, mais ce qui est venu après m'a plus marquée encore. Ali, que j'avais combattu, m'a fait reconduire à Médine avec tous les honneurs dus à la Mère des croyants, escortée par son propre fils. Il n'a pas cherché à m'humilier, et je ne l'ai jamais oublié, même si nos routes politiques ne se sont plus jamais croisées. Je suis rentrée dans ma hujra, près de la mosquée, et j'ai su, en passant le seuil, que ma place n'était plus sur les champs où l'on tranche les querelles du califat, mais dans l'enseignement. J'ai laissé les armes à d'autres et j'ai repris ma natte de prière, comme si Bassora n'avait été qu'une longue et douloureuse parenthèse dans une vie faite pour transmettre, non pour commander.

Comment en êtes-vous venue à enseigner à tant de disciples depuis votre chambre ?

Cela s'est fait presque sans que je le décide — les questions affluaient, et je répondais, parce que j'avais entendu et vu ce que peu d'autres avaient entendu et vu. J'ai gardé en mémoire plus de 2 200 paroles et gestes du Prophète, jusqu'aux plus infimes, comme celui de commencer toujours par la droite, dans ses ablutions comme dans sa marche. Chaque parole que je transmettais portait sa chaîne, son isnad, pour qu'on sache qu'elle venait bien de moi et, à travers moi, de lui. Avec le temps, ma hujra est devenue un lieu où l'on venait de toute la ville, et parfois de plus loin, pour vérifier auprès de moi ce que d'autres rapportaient de travers. Je n'ai jamais cherché cette place ; elle s'est imposée à moi comme une dette envers ce que j'avais reçu.

On dit que vous n'hésitiez pas à corriger même les proches compagnons du Prophète. Est-ce vrai ?

C'est vrai, et je ne m'en suis jamais excusée. Quand j'entendais rapporter une parole du Prophète qui ne correspondait pas à ce que j'avais moi-même entendu dans notre propre chambre, je le disais, même si celui qui se trompait était un homme respecté depuis des années. Ce n'était pas orgueil de ma part — c'était fidélité envers lui, et envers ce qu'exige le fiqh quand on en tire des règles pour toute une communauté. J'enseignais aux hommes comme aux femmes, parfois séparés par un simple rideau quand les premiers venaient m'interroger, et je crois que cela déconcertait certains d'entre eux au début. Mais ils sont revenus, année après année, pendant près de quarante-six ans, parce qu'ils savaient que ce que je rapportais, je l'avais vécu, et non recueilli de troisième main.

Vous étiez auprès de lui à la fin. Comment avez-vous vécu ces derniers instants ?

Il est mort la tête posée contre ma poitrine, dans notre propre chambre, un jour où c'était mon tour de le recevoir. J'ai senti son souffle se faire plus lourd, puis plus rien, et j'ai compris avant même qu'on ne le dise à voix haute que le Prophète venait de nous quitter. Mon père, Abou Bakr, absent ce jour-là, est revenu en hâte et a dû rappeler à tous, devant la mosquée, que Mahomet était un homme mortel comme les autres prophètes avant lui, et que seul Dieu ne meurt pas. On m'a beaucoup interrogée depuis sur ce moment, sur ses derniers mots, sur ses derniers gestes, parce que j'étais la seule à les avoir recueillis d'aussi près. Je porte cela comme on porte une relique qu'on ne montre pas à tous, mais qu'on garde contre soi.

Je porte cela comme on porte une relique qu'on ne montre pas à tous, mais qu'on garde contre soi.

Parlez-nous de vos journées, loin des champs de bataille et des grandes assemblées.

Elles étaient simples, et je ne les aurais échangées contre aucun palais. Je me levais avant l'aube pour la prière du Fajr, puis je récitais, puis je répondais aux premiers arrivants. Le pain que nous mangions était une galette d'orge, le khubz, parfois accompagnée de dattes ou de lait de chamelle — il est arrivé que notre feu reste éteint des semaines entières, faute de quoi cuisiner. Mes robes étaient de lin simple, sans ornement, et je portais un khimar sur la tête comme toute femme de bonne tenue. Le soir, après les dernières prières, je m'asseyais sur ma natte pour égrainer mes invocations avant de dormir. On m'appelait Mère des croyants, mais ma chambre n'avait pas de quoi loger deux personnes debout en même temps.

Si vous pouviez imaginer ce que l'on retiendrait de vous, dans un siècle, que diriez-vous ?

Je n'ose guère l'imaginer, car seul Dieu connaît ce que porte l'avenir. Mais si l'on devait retenir une seule chose, je préférerais que ce soit ceci : qu'une femme a pu, depuis une chambre de terre séchée grande comme rien, transmettre fidèlement ce qu'elle avait vu et entendu, et que des hommes savants sont venus s'asseoir à ses pieds pour l'écouter sans honte. J'ai connu la joie d'un mariage, l'épreuve d'une accusation injuste, le poids d'une armée à conduire, et la solitude d'une chambre où plus personne ne venait dormir à mes côtés — je voudrais qu'on retienne que tout cela a servi à transmettre, pas seulement à être vécu. Si l'on continue, après moi, à réciter ce que j'ai rapporté du Prophète, alors je n'aurai pas gardé ma mémoire pour rien.

Si l'on continue, après moi, à réciter ce que j'ai rapporté du Prophète, alors je n'aurai pas gardé ma mémoire pour rien.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Aisha's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.