Imaginary interview with Charlemagne
by Charactorium · Charlemagne (742 — 814) · Politics · 6 min read
C'est dans une galerie du palais d'Aix-la-Chapelle, en cet hiver de l'an 813, qu'Éginhard retrouve l'empereur Charles, enveloppé de son manteau de martre près d'un brasero. La vapeur des thermes monte encore des bains tout proches, et l'on entend au loin barrir l'éléphant Aboul-Abbas. Ils se connaissent depuis des années : Éginhard a partagé la table impériale, observé les tablettes glissées sous l'oreiller, recueilli mille confidences. Aujourd'hui, le clerc vient non pour servir, mais pour comprendre l'homme derrière l'empereur, avant que la mémoire ne le fige.
—Seigneur, j'étais à Rome ce jour de Noël de l'an 800. On dit que le geste du pape Léon vous déplut. Est-ce vrai ?
Toi qui m'as vu sortir de la basilique Saint-Pierre, Éginhard, tu sais ce que mon visage trahissait. La couronne posée sur ma tête, l'acclamation du peuple romain — grand et pacifique empereur — tout cela m'a saisi sans que je l'eusse voulu de cette manière. Non que je refusasse la dignité impériale : je la portais déjà dans mes actes. Mais je ne souhaitais pas paraître la tenir de la main d'un pontife, comme un présent qu'on accepte à genoux. Un empereur ne reçoit pas son titre, il le mérite par ses œuvres et par Dieu. Si j'avais su l'intention de Léon ce jour-là, peut-être ne serais-je point entré dans l'église. Mais ce qui est fait sert l'Empire, et c'est l'Empire qui compte.
Un empereur ne reçoit pas son titre, il le mérite par ses œuvres et par Dieu.
—Tu m'as souvent vu, la nuit, tracer des lettres sur mes tablettes. Pourquoi exiger des écoles partout, toi qui peines à écrire ?
Justement parce que je peine, Éginhard. Tu m'as surpris assez de fois, au petit matin, les doigts maladroits sur la cire — j'ai commencé trop tard, et la main ne suit plus l'esprit. Mais ce que Dieu m'a refusé, je veux l'offrir aux fils de ce royaume. Dans l'Admonitio generalis, j'ai ordonné que des écoles soient créées pour apprendre à lire aux enfants, non seulement aux fils des grands, mais aussi aux enfants de condition servile. Sans clercs qui lisent droit, comment les prêtres prieront-ils sans fautes ? Comment comprendra-t-on l'Écriture ? Alcuin m'a montré qu'un royaume sans savoir est un royaume aveugle. J'ai voulu rendre l'écriture claire, lisible d'un bout à l'autre de l'Empire. Ce que je ne maîtrise pas, mon peuple le maîtrisera après moi.
Ce que Dieu m'a refusé, je veux l'offrir aux fils de ce royaume.
—Empereur, vos capitulaires règlent jusqu'aux jardins — les lis, les roses, les concombres. Faut-il qu'un maître de l'Occident descende à de tels détails ?
Crois-tu qu'on gouverne un empire par les seules grandes batailles, Éginhard ? Un royaume tient par l'ordre des choses petites autant que des grandes. Dans le Capitulare de villis, j'ai voulu que chaque domaine sache ce qu'il doit cultiver, comment nourrir les hommes, comment tenir ses comptes. Un intendant négligent affame une province. Et puisque je ne puis être partout, j'envoie mes missi dominici, deux par deux, un laïc et un clerc, pour voir de mes yeux par les leurs : ils surveillent les comtes, écoutent les plaintes, font appliquer mes décisions jusqu'aux marches frontalières. Le comté, la marche, le plaid — tout cela forme un seul corps. Régner, c'est veiller à ce que le grain pousse comme à ce que la justice soit rendue.
Un royaume tient par l'ordre des choses petites autant que des grandes.
—Souviens-toi du jour où Aboul-Abbas est arrivé à la cour. Pourquoi avoir choisi Aix pour capitale, et tenir tant à ces eaux ?
Ah, l'éléphant ! Tu te rappelles l'émoi de la cour, Éginhard, quand ce présent du calife Haroun al-Rachid a franchi les portes en 802 — jamais on n'avait vu pareille bête en terre franque. J'ai choisi Aix-la-Chapelle pour ses sources chaudes, je l'avoue sans honte. Rien ne me délasse comme de nager dans ces eaux, et j'y convie mes gardes, mes fils, mes proches — nous y sommes parfois plus de cent à barboter ensemble. Un empereur a besoin d'un lieu où poser son armure. J'y ai bâti mon palais, ma chapelle inspirée de Ravenne, mes thermes. Le matin, je traite les affaires en m'habillant ; l'après-midi, je chasse ou je nage ; le soir, j'écoute lire saint Augustin. Aix est le cœur d'où battent mes décisions.
Un empereur a besoin d'un lieu où poser son armure.
—Vos sujets prêtent désormais tous serment de fidélité. N'est-ce pas exiger beaucoup d'un homme libre que de jurer ainsi entre vos mains ?
Le serment n'enchaîne pas l'homme libre, Éginhard, il le relie. Depuis l'an 789, j'ai voulu que tous mes sujets jurent fidélité, non par caprice, mais parce qu'un empire si vaste ne tient que par des liens d'homme à homme. Le vassal jure à son seigneur, le seigneur à l'empereur, et de proche en proche tout le corps se tient. Sans cela, chaque comte deviendrait un roitelet, chaque marche une frontière hostile. J'ai vu ce que devient un royaume divisé — mon père et mon oncle se le partagèrent à la mort de Pépin. Le serment est le fil qui empêche l'Empire de se déchirer. Celui qui jure ne perd pas sa liberté : il accepte de répondre de ses actes devant plus grand que lui.
Le serment n'enchaîne pas l'homme libre, il le relie.
—Je n'ose vous le demander qu'à voix basse : Roncevaux, en 778. La perte de votre arrière-garde dans les Pyrénées vous pèse-t-elle encore ?
Tu touches là une plaie ancienne, Éginhard. Oui, dans ces défilés des Pyrénées, mon arrière-garde fut surprise et anéantie par les Vascons — des montagnards qui frappent et s'évanouissent dans les hauteurs. J'y ai perdu de bons hommes, des comtes que j'aimais. On commence déjà, dans les camps, à chanter leur courage, à grossir le récit de leur fin. Qu'importe : la valeur de ces guerriers mérite qu'on s'en souvienne. Mais je ne me berce pas de légendes. La vérité est plus rude qu'une chanson : on ne tient pas une montagne comme on tient une plaine, et j'ai appris à mes dépens qu'aucune armée n'est invincible dans les cols étroits. La gloire console les vivants ; elle ne rend pas les morts.
La gloire console les vivants ; elle ne rend pas les morts.
—Vous avez fait venir Alcuin d'York à votre cour. Qu'est-ce qu'un empereur attend vraiment d'un maître d'école ?
Plus que tu ne le crois, Éginhard. Quand Alcuin est arrivé en 782, j'ai compris qu'un royaume se conquiert par l'épée mais se garde par le savoir. Il m'a appris à aimer le calcul des dates, la grammaire, la juste manière de prier. Autour de lui, à ma table, nous débattions comme des écoliers, et j'aimais qu'on m'y reprît. J'ai voulu qu'on copie les textes anciens dans les scriptoria, qu'on les sauve de l'oubli, qu'on écrive d'une main lisible — cette minuscule que tes frères clercs tracent désormais. Un empire qui ne lit plus retombe dans les ténèbres. Alcuin fut pour moi moins un serviteur qu'un guide ; ce qu'il a semé dans nos monastères germera longtemps après que mon épée se sera tue.
Un royaume se conquiert par l'épée mais se garde par le savoir.
—Vous avez longtemps attendu que Byzance vous reconnaisse. Qu'a changé pour vous le geste de l'empereur Michel, l'an passé ?
Tu sais combien ce point me tenait à cœur, Éginhard. Tant que les Grecs de Constantinople me tenaient pour un usurpateur, mon titre d'empereur restait contesté à l'Orient. Quand Michel a enfin reconnu ma dignité impériale, l'an dernier, ce ne fut pas la vanité qui me réjouit, mais la paix. Deux empires chrétiens qui se déchirent font la joie de leurs ennemis communs. Je n'ai jamais prétendu régner sur Rome d'Orient ; je voulais qu'on cesse de nier ce que je suis en Occident. Cette reconnaissance scelle ce que le couronnement de 800 avait ouvert. Désormais, mes successeurs porteront le titre sans qu'on le leur dispute. Un empereur ne travaille pas pour son règne seul, mais pour ceux qui viendront après lui.
Deux empires chrétiens qui se déchirent font la joie de leurs ennemis communs.
—À table, je vous ai vu refuser les jeûnes de vos médecins et préférer le gibier rôti. Quel homme êtes-vous loin des cérémonies ?
Un Franc, Éginhard, rien d'autre. Tu m'as assez vu repousser les habits romains d'apparat, que je ne porte qu'à contrecœur, pour leur préférer ma tunique de lin, mes braies et mes bandes molletières. À table, j'aime le gibier rapporté de la chasse, je bois mon vin coupé d'eau, et j'enrage quand mes médecins me prescrivent des jeûnes — ils voudraient que je mange bouilli quand j'aime rôti ! J'écoute volontiers, pendant le repas, qu'on me lise les histoires anciennes ou la Cité de Dieu de saint Augustin. La pompe ne me grandit pas ; elle me déguise. Devant Dieu et devant mes proches, je préfère rester ce que j'ai toujours été : un cavalier, un nageur, un homme qui aime sa terre et les siens.
La pompe ne me grandit pas ; elle me déguise.
—L'an dernier, dans le Divisio regnorum, vous aviez prévu de partager l'Empire entre vos fils. Que devient ce plan aujourd'hui ?
La mort a défait mes calculs, Éginhard, comme elle défait ceux de tous les hommes. En 806, j'avais réglé le partage entre mes trois fils, suivant l'usage franc : à chacun sa part, pour éviter les guerres. Mais Dieu en a décidé autrement, et il ne me reste que Louis. Peut-être est-ce un signe : ce que mon père et ses ancêtres divisaient sans cesse, l'Empire le veut désormais d'un seul tenant. Un corps n'a qu'une tête. J'ai associé Louis à la dignité impériale de mes propres mains, sans attendre Rome cette fois — l'Empire ne doit plus dépendre d'un couronnement étranger. Je laisse à mon fils un héritage entier, et la charge de le tenir. Prie pour qu'il en ait la force, toi qui connais le poids de cette couronne.
Ce que mon père divisait sans cesse, l'Empire le veut désormais d'un seul tenant.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Charlemagne's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


