Imaginary interview with Charlemagne
by Charactorium · Charlemagne (742 — 814) · Politics · 6 min read
Deux jeunes visiteurs de douze ans poussent la lourde porte du palais d'Aix-la-Chapelle. Devant eux, assis près d'un brasier, un vieil empereur à la barbe blanche les invite à s'approcher. Il sourit, content que des enfants viennent l'écouter.
—C'était comment, votre maison à Aix-la-Chapelle ? Ça ressemblait à quoi ?
Approche-toi, mon enfant. Mon palais d'Aix-la-Chapelle n'était pas une simple maison. Il y avait une grande salle pour recevoir, une chapelle en forme d'octogone, et surtout des bains chauds. Tu sais pourquoi j'ai choisi cet endroit ? Pour ses sources d'eau chaude qui sortaient de la terre toutes seules. Imagine une grande piscine de pierre, où l'eau fumait même l'hiver. J'y nageais presque chaque jour. J'adorais ça ! J'invitais mes gardes, mes amis, mes filles à me rejoindre. Parfois nous étions plus de cent à barboter ensemble. Un empereur qui nage, ça te surprend, n'est-ce pas ?
J'ai bâti ma capitale autour d'une eau chaude que j'aimais.
—On dit que vous aviez un éléphant ? C'est vrai, ça ?
Ah, tu as entendu parler d'Aboul-Abbas ! Oui, mon enfant, c'est tout à fait vrai. Loin vers l'Orient vivait un grand prince, le calife Haroun al-Rachid. Nous nous envoyions des messagers et des cadeaux, même si des milliers de chemins nous séparaient. Et lui, un jour, m'a offert un éléphant. Imagine la tête de ma cour quand cette bête énorme est arrivée à Aix en 802 ! Personne ici n'avait jamais vu pareil animal : ces grandes oreilles, ce long nez qui attrape les choses. Il a vécu près de huit ans chez nous. C'était la merveille de tout l'Empire. Un cadeau venu du bout du monde, rien que pour moi.
Un éléphant venu de l'Orient était la merveille de tout mon Empire.
—Vous étiez content quand le pape vous a couronné empereur ?
Tu poses une bonne question, et la réponse va t'étonner. C'était le jour de Noël, le 25 décembre de l'an 800, dans la grande église de Rome. J'étais en prière. Et là, le pape Léon III a posé une couronne sur ma tête, sans prévenir. Tout le peuple a crié : « À Charles Auguste, couronné par Dieu, grand et pacifique empereur des Romains, vie et victoire ! » Tu crois que j'étais ravi ? Eh bien non, pas vraiment. Mon ami Éginhard raconte que j'étais mécontent. Pourquoi ? Parce que je ne voulais pas devoir mon titre au pape. Je voulais le devoir à mes propres efforts. Un cadeau qu'on ne t'a pas demandé, ça pèse parfois lourd.
Je voulais devoir ma couronne à mes efforts, pas à une surprise.
—Mais pourquoi c'était si important d'être empereur, et pas juste roi ?
Réfléchis avec moi, mon enfant. Roi des Francs, je l'étais déjà depuis longtemps. Mais le titre d'empereur, c'était autre chose. Il rappelait les anciens empereurs romains, ceux qui régnaient des siècles avant ma naissance. Devenir empereur, c'était dire : ici, en Occident, la grandeur de Rome n'est pas morte, elle revit. Imagine que tu rallumes un feu qu'on croyait éteint depuis très longtemps. Voilà ce que ce titre signifiait. Plus tard, en 812, même l'empereur lointain de Byzance a fini par reconnaître mon titre. Cela voulait dire que partout, on me prenait au sérieux. Un empereur, c'est un roi dont l'ombre s'étend très loin.
Devenir empereur, c'était rallumer un feu qu'on croyait éteint.
—Vous aviez peur, tout seul devant le pape et tout ce monde ?
Peur, non. Mais surpris, oui ! Tu sais, j'étais un homme grand et solide. Mon biographe Éginhard disait que j'avais de grands yeux vifs et que, debout ou assis, je donnais une forte impression d'autorité. Quand on ouvre les vieux livres, on lit même que je mesurais près d'un mètre quatre-vingts. C'était énorme pour mon époque ! Les gens autour de moi me regardaient de bas en haut. Alors, devant la foule de Rome, je n'avais pas peur d'être petit ou faible. Ce qui me gênait, c'était de n'avoir pas décidé moi-même ce moment. Un homme fort n'aime pas qu'on choisisse à sa place.
Un homme fort n'aime pas qu'on choisisse à sa place.
—Comment vous faisiez pour commander dans un pays aussi grand ?
Excellente question, mon enfant. Mon Empire était immense, et je ne pouvais pas être partout à la fois. Alors j'ai eu une idée. J'envoyais des inspecteurs de confiance, qu'on appelait les missi dominici, ce qui veut dire « les envoyés du maître ». Ils voyageaient toujours par deux : un homme d'Église et un homme d'épée. Imagine deux cavaliers qui arrivent dans une région pour vérifier que les comtes font bien leur travail, que la justice est rendue. En 802, j'ai organisé tout cela très sérieusement. Ainsi, même loin de moi, mon regard arrivait jusque dans les villages. C'était comme avoir des dizaines d'yeux dans tout l'Empire.
Mes envoyés étaient mes yeux jusque dans les plus petits villages.
—Et vos lois, vous les écriviez comment ? C'était des gros livres ?
Pas vraiment des livres, mon enfant, mais des textes qu'on appelait des capitulaires. Ce mot vient de capitula, qui veut dire « petits chapitres ». Mes ordres étaient découpés en chapitres, un peu comme une liste bien rangée. Dès 779, avec le capitulaire de Herstal, j'ai commencé à mettre de l'ordre dans la justice et l'Église. Le matin, je recevais mes conseillers tout en m'habillant, et nous décidions des affaires urgentes. Puis mes envoyés portaient ces textes aux quatre coins de l'Empire. Tu vois, gouverner, ce n'est pas crier des ordres. C'est écrire les choses clairement pour que chacun, même loin, sache ce qu'il doit faire.
Gouverner, c'est écrire les choses assez clairement pour être compris de loin.
—On dit que vous avez perdu une bataille à Roncevaux. Ça s'est passé comment ?
Tu touches là un souvenir douloureux. En 778, je revenais d'Espagne avec mon armée. Pour repasser les montagnes des Pyrénées, il faut emprunter des cols étroits, coincés entre de hautes parois. À Roncevaux, mon arrière-garde, les soldats qui fermaient la marche, est tombée dans une embuscade. Les montagnards ont surgi des hauteurs. Tout le monde fut massacré, et avec eux le comte Roland. Imagine un chemin si serré qu'on ne peut ni fuir ni se défendre. Ce jour-là, malgré toutes mes victoires, j'ai connu le goût amer de la défaite. Même un empereur n'échappe pas au malheur.
Même un empereur connaît parfois le goût amer de la défaite.
—Et c'est vrai que des gens ont fait des chansons sur cette bataille ?
Oui, mon enfant, et c'est une belle leçon. Ce désastre de Roncevaux, on l'a raconté, raconté, encore raconté, pendant des centaines d'années après moi. Les conteurs en ont fait une grande histoire, la Chanson de Roland. Dans cette histoire, le comte Roland devient un héros magnifique. Imagine une veillée, le soir, près du feu : un homme chante les exploits des guerriers, et tout le monde écoute, le cœur serré. C'est curieux, n'est-ce pas ? Mes plus grandes conquêtes, comme celle du royaume lombard en 774, on les a presque oubliées. Mais ma pire défaite, elle, est devenue une chanson immortelle. Le malheur, parfois, se souvient mieux que la gloire.
Ma pire défaite est devenue une chanson, plus immortelle que mes victoires.
—C'est vrai que vous avez ouvert plein d'écoles ? Vous aimiez l'école ?
Ah, voilà ce dont je suis le plus fier ! En 789, j'ai fait écrire l'Admonitio generalis. Dedans, j'ordonnais de créer des écoles dans les monastères et les évêchés, pour apprendre à lire aux enfants. Pas seulement aux fils des seigneurs : aux enfants pauvres aussi. Tu sais pourquoi cela comptait tant ? Parce que sans école, le savoir s'éteint. Imagine une bougie qu'on oublie d'allumer : tout reste dans le noir. J'ai fait venir un grand maître, Alcuin, pour m'aider. Ensemble, nous avons réveillé l'envie d'apprendre dans tout l'Empire. On a même copié de vieux textes anciens pour les sauver. Apprendre à lire à un enfant, c'est lui offrir une lumière pour toute sa vie.
Apprendre à lire à un enfant, c'est lui offrir une lumière pour toute sa vie.
—Mais vous, vous saviez bien écrire au moins ?
Tu vas rire, mon enfant : pas vraiment ! C'est mon grand secret. Moi qui ordonnais d'ouvrir des écoles partout, j'écrivais à peine. J'avais commencé trop tard, déjà adulte, et mes grosses mains de guerrier avaient du mal à tracer les lettres. Mon ami Éginhard raconte que je gardais des tablettes sous mon oreiller. La nuit, quand je ne dormais pas, je m'exerçais en silence à former les lettres. Mais je n'y suis jamais bien arrivé. Tu vois, je voulais offrir aux enfants ce que je n'avais pas eu moi-même. C'est peut-être ça, le plus beau cadeau : donner aux autres ce qui nous a manqué.
Je voulais offrir aux enfants ce qui m'avait manqué à moi.
—Et cette écriture qu'on apprend encore, c'est vous qui l'avez inventée ?
Pas inventée tout seul, mon enfant, mais voulue, oui ! À mon époque, chaque région écrivait à sa façon. Les lettres étaient tordues, serrées, parfois impossibles à lire. Imagine recevoir un message si emmêlé que personne ne le comprend. Alors, avec Alcuin, nous avons créé une écriture claire et nette, la minuscule caroline. Elle était si belle et si lisible qu'on l'a copiée partout dans l'Empire. Et tiens-toi bien : ces lettres minuscules que tu traces encore aujourd'hui dans ton cahier descendent en droite ligne de celle-là. Mille deux cents ans plus tard, un peu de mon travail vit encore au bout de ta plume.
Mille deux cents ans plus tard, mon écriture vit encore au bout de ta plume.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Charlemagne's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


