Imaginary interview with Coluche
by Charactorium · Coluche (1944 — 1986) · Performing Arts · Society · 6 min read
Fin de journée dans une loge encombrée de blousons de moto et de tasses de café froid, quelque part entre un studio d'Europe 1 et une salle de café-théâtre. L'homme à la salopette rayée s'affale sur un tabouret, allume une clope, et vous regarde en coin, méfiant comme un môme qu'on va interroger sur ses bêtises. Il pose une condition : « On rigole, mais on dit les choses. »
—Comment un gamin de la banlieue parisienne se retrouve-t-il à fonder un café-théâtre ?
Je suis né en 1944 dans le 14e, un milieu où on comptait les sous à la petite cuillère, autant dire qu'on ne m'a pas élevé pour faire l'artiste. Et puis en 1969, avec Romain Bouteille et le Café de la Gare, on a bricolé un endroit où on pouvait dire n'importe quoi, monter sur les planches sans diplôme, sans permission de personne. C'était une écurie de dingues, on jouait pour trois pelés dans une salle qui sentait la bière, et c'est là que j'ai appris mon métier. Le café-théâtre, pour moi, c'était pas une carrière, c'était une bande de copains qui refusaient de fermer leur gueule. Patrick Dewaere traînait dans le coin, on était jeunes, on n'avait rien à perdre. Rien, c'est encore ce qu'on perd le plus facilement.
On jouait pour trois pelés dans une salle qui sentait la bière, et c'est là que j'ai appris mon métier.
—Qu'est-ce qui rendait votre humour différent de celui des cabarets classiques ?
Les autres racontaient des histoires bien peignées, avec une chute qu'on voyait venir. Moi je préférais le mec paumé, celui qui bafouille, celui dont tout le monde se moque. C'est l'histoire d'un mec, en 1974, c'est juste ça : un type qui n'arrive pas à finir sa blague, et c'est le fait de ne pas y arriver qui fait rire. Je parlais comme les gens parlent au comptoir, avec des vannes, de la provoc', des gros mots quand il en fallait. Les bien-pensants trouvaient ça vulgaire. Mais la vulgarité, la vraie, c'est pas de dire « merde », c'est de laisser des gens crever la dalle en costume trois-pièces. Je visais toujours ceux d'en haut, jamais ceux d'en bas. C'était ma seule règle, et je m'y suis tenu.
La vulgarité, la vraie, c'est pas de dire « merde », c'est de laisser des gens crever la dalle.
—Comment cette candidature à la présidentielle, en 1980, est-elle passée de la blague au sérieux ?
Au départ c'était une vanne, une de plus. Je monte sur scène et j'annonce : « Je me présente à la présidence de la République. Tous ensemble pour leur foutre au cul, avec le seul candidat qui n'a aucune raison de mentir. » Et là, catastrophe : les gens rigolent, mais ils sont d'accord. Les sondages me donnent jusqu'à 16 %. Un clown en salopette qui inquiète des types qui se prennent pour Jupiter, tu imagines la panique dans les ministères ! C'est devenu sérieux parce que ma blague disait tout haut ce que les gens pensaient tout bas : qu'on les prenait pour des cons. J'ai touché quelque chose, et ça m'a un peu fait peur à moi aussi.
Un clown en salopette qui inquiète des types qui se prennent pour Jupiter.
—Pourquoi avoir finalement retiré cette candidature ?
Parce que ça se met à sentir mauvais quand une provoc' marche trop bien. On me faisait comprendre, gentiment, que ça suffisait la rigolade. Il y a eu des pressions, des menaces à peine voilées, l'ambiance qui se plombe autour de moi. Je suis humoriste, pas kamikaze. Mon truc à moi c'est le micro et les planches, pas les combines de couloir où on vend son âme au kilo. J'ai retiré ma candidature, mais je n'ai rien retiré de ce que j'avais dit. La classe politique avait eu la trouille d'un mec en baskets jaunes, et ça, aucun sondage ne pourra jamais l'effacer. J'avais fait mon boulot : leur montrer, dans une glace, la tête qu'ils avaient.
Je suis humoriste, pas kamikaze.
—Vous souvenez-vous de la réaction du public en vous découvrant dans un rôle dramatique ?
Les gens venaient voir la salopette et le nez qui rougit, et voilà qu'ils tombent sur un pauvre type au fond du trou. Tchao Pantin, en 1983, c'est Claude Berri qui a osé me filer ce rôle-là, un veilleur de nuit brisé, silencieux, tout le contraire de mon numéro. J'ai eu la trouille, je te jure, plus que devant n'importe quelle salle. Et puis en 1984, je me retrouve avec le César du meilleur acteur dans les mains, moi, le rigolo qu'on ne prenait pas au sérieux. Le plus beau, c'était le silence dans la salle quand je jouais : pour une fois, on ne riait pas, et ça valait tous les éclats de rire du monde.
On ne riait pas, et ça valait tous les éclats de rire du monde.

—Le rire et le drame, est-ce si éloigné pour vous ?
C'est le même métier, mon vieux, c'est juste la lumière qu'on change. Un bon comique, il connaît la misère mieux que personne, sinon il fait rire de quoi ? Quand j'enfilais ma salopette à rayures et mes baskets jaunes fluo, je jouais un pauvre type qui fait le malin. Dans Tchao Pantin, j'ai juste enlevé le déguisement, gardé le pauvre type, et arrêté de faire le malin. Le rire, c'est de la tristesse qui a trouvé une sortie de secours. Les clowns tristes, c'est pas une image de carte postale, c'est la stricte vérité du boulot. Faire marrer les gens, c'est prendre leur cafard et le leur rendre en paillettes. Ça use, à la longue.
Le rire, c'est de la tristesse qui a trouvé une sortie de secours.
—Comment est née l'idée des Restos du Cœur, ce matin de septembre 1985 ?
C'est venu tout bête, au micro d'Europe 1, le 26 septembre 1985. J'ai lâché : « J'ai une petite idée comme ça… un truc que si des fois il y a des gens riches qui veulent bien nous aider, on pourrait monter une cantine gratuite dans Paris. » Voilà, c'était pas un programme, c'était un cri sur un coin de table. Je ne supportais pas ça : « Ce n'est pas normal qu'en France, un pays riche, il y ait des gens qui aient faim. » On croyait faire un petit machin d'hiver, dépanner deux ou trois personnes. Et le premier hiver, on distribue près de 8,5 millions de repas. Ça t'apprend l'humilité, un chiffre pareil. Ça veut dire que la faim était là, tout près, et que personne ne la voyait.
C'était pas un programme, c'était un cri sur un coin de table.

—Que répondez-vous à ceux qui trouvent qu'un humoriste n'a pas à jouer les redresseurs de torts ?
Je leur réponds que j'ai un micro et qu'ils m'écoutent : autant que ça serve à quelque chose. Cette nouvelle pauvreté, comme disent les journaux, c'est des gens qui bossaient hier et qui font la queue aujourd'hui, à cause du chômage qui monte, qui monte. Je ne suis ni curé ni ministre, je suis juste un mec qui refuse de manger tranquille en sachant que le voisin a le ventre vide. Les bénévoles qui débarquent par milliers, ce sont eux les héros, pas moi ; moi j'ai juste gueulé dans un poste de radio. Un pays qui a besoin d'un comique pour nourrir ses pauvres, c'est un pays qui devrait avoir un peu honte. Moi je fais avec les moyens du bord, c'est-à-dire ma grande gueule.
Un pays qui a besoin d'un comique pour nourrir ses pauvres devrait avoir un peu honte.
—Ce premier concert des Enfoirés, avec tous ces chanteurs réunis, qu'est-ce que ça représente pour vous ?
L'idée, c'est que des vedettes prêtent leur voix pour remplir des assiettes. J'ai réuni Jean-Jacques Goldman, Michel Platini et une flopée d'autres, des gens qui n'avaient rien à gagner là-dedans à part la satisfaction d'être utiles. Je les ai appelés les Enfoirés, forcément, tu me connais, je n'allais pas leur faire un compliment sucré. C'est un mot de chez moi, familier, un peu vache, mais dit avec toute la tendresse du monde. L'idée, c'est simple comme un plateau-repas : on chante, les gens paient leur place, et ça fait des repas pour ceux qui n'ont rien. Si ce truc pouvait continuer sans moi, année après année, alors j'aurais laissé quelque chose de plus solide que trois sketches.
Je les ai appelés les Enfoirés, dit avec toute la tendresse du monde.
—D'où vous vient cette passion pour la moto et la vitesse ?
La moto, c'est le seul endroit où personne ne te demande de faire le clown. Le casque sur la tête, tu n'es plus le mec de la télé, tu n'es plus rien qu'un point qui file. En 1985, j'ai poussé un prototype au-delà des 250 km/h, un record du monde, et sur le moment tu ne penses à rien, c'est ça le luxe. Après des années à faire marrer la France entière, avoir enfin le crâne vide, c'est presque du repos. Les gens croient que la vitesse c'est de l'inconscience ; pour moi c'était le contraire, une manière d'être totalement présent, totalement là, une seconde à la fois. Je sais bien que ça peut mal finir. Mais mourir en faisant ce qu'on aime, ce n'est pas la pire des sorties.
La moto, c'est le seul endroit où personne ne te demande de faire le clown.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Coluche's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.
