Imaginary interview

Imaginary interview with Ellen Gates Starr

by Charactorium · Ellen Gates Starr (1859 — 1940) · Society · Visual Arts · 6 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.
Portrait of Ellen Gates Starr
Wikimedia Commons, Public domain — Various

Chicago, un soir d'hiver des années 1900. Dans une pièce spartiate de Hull House, au milieu des livres reliés à la main et des croquis d'élèves punaisés au mur, une femme aux robes grises nous reçoit. Dehors, les cheminées de la Dix-neuvième rue crachent leur fumée ; ici, on parle d'art, de justice et de mains d'ouvriers.

Comment est née l'idée de Hull House, en 1889 ?

Nous étions rentrées d'Europe, Jane Addams et moi, la tête pleine des maisons de quartier qu'on voyait naître à Londres. Jane venait d'hériter d'une vieille demeure décatie au cœur du dix-neuvième arrondissement de Chicago, cernée d'usines et de taudis. Beaucoup imaginaient un refuge charitable, un de ces asiles où l'on distribue la soupe en baissant les yeux sur les pauvres. Ce n'était pas cela. Nous voulions un settlement house : vivre là, dormir là, manger à la même table que les Italiens et les Polonais du quartier, non pour les plaindre, mais pour partager leur peine et bâtir ensemble. J'ai écrit un soir dans mon journal que ce n'était pas de la charité, mais de la solidarité. Le mot me tient encore.

Non pour les plaindre, mais pour partager leur peine et bâtir ensemble.

Que change le fait d'habiter réellement parmi les gens que vous servez ?

Tout, absolument tout. Ma chambre ici n'a qu'un lit simple, un bureau, quelques étagères de volumes reliés main. Je me lève avant l'aube, comme les ouvriers de la fabrique voisine, et je prends le même pain, le même fromage qu'eux. Une réformatrice qui rentre le soir dans son beau quartier ne comprendra jamais pourquoi une mère de six enfants ne peut pas envoyer sa fille à l'école. Moi, j'entends les murs minces, je sens l'odeur de la rue, je vois le froid entrer sous les portes. Hull House n'est pas un bureau d'où l'on observe la misère à la lorgnette : c'est une maison où l'on met la clef sous le même toit que ceux qu'on prétend aider. La proximité seule enseigne l'humilité.

Pourquoi enseigner la reliure à des jeunes gens qui pourraient gagner leur pain à l'usine ?

Parce que l'usine leur vole quelque chose qu'aucun salaire ne rembourse : la fierté du geste achevé. J'ai découvert le mouvement Arts and Crafts à travers William Morris, ce grand Anglais qui refusait que la machine hache le travail humain en miettes sans âme. Alors, dès les années 1890, j'ai monté un atelier de reliure à Hull House. Mes élèves — des immigrés, des ouvriers de vingt ans — apprennent à plier, coudre, dorer un livre de leurs propres mains. Quand un garçon tient enfin son premier volume relié, droit et beau, je vois son dos se redresser. Il vient de faire, tout entier, une chose belle. Dans mon rapport de 1908, j'ai noté que fabriquer de ses mains un objet beau, c'est reconquérir sa dignité d'être humain, et non rester une simple pièce de fabrique.

L'usine leur vole quelque chose qu'aucun salaire ne rembourse : la fierté du geste achevé.

Vous souvenez-vous d'un moment où cette conviction s'est incarnée sous vos yeux ?

Il y a ces outils que je garde près de moi : les poinçons, les fers à dorer, les papiers fins, la colle. Des objets modestes, mais je les vénère un peu. Un après-midi, un jeune Italien qui passait ses journées à visser des boulons est resté après le cours à caresser la couverture qu'il venait de relier. Il ne disait rien. Il tournait le livre dans la lumière. J'ai compris ce jour-là que Morris avait raison contre toute l'Amérique du profit : le beau n'est pas un ornement qu'on ajoute quand le ventre est plein. C'est un besoin de l'âme, aussi ancien que la faim. Ces livres reliés main que mes élèves emportent chez eux sont des témoins : chacun dit qu'un ouvrier peut être un artiste.

Beaucoup jugeaient scandaleux d'offrir des cours d'art à des familles pauvres. Que leur répondiez-vous ?

Je leur répondais qu'ils confondaient le luxe et le nécessaire. En 1902, j'ai écrit à Jane que l'enseignement du dessin, la pratique du métier, l'étude de l'histoire de l'art ne sont pas des luxes mais des nécessités pour une vie humaine pleine — même pour ceux qui travaillent de leurs mains. On me trouvait extravagante. Offrir Botticelli à des gens qui manquent de charbon ! Mais qui décide que la beauté appartient aux salons des riches ? À Hull House, nos conférences, nos expositions, nos concerts sont ouverts à tous, gratuitement. Une mère épuisée qui s'arrête dix minutes devant une gravure, ce n'est pas du temps volé au pain : c'est du pain d'une autre sorte. La culture n'est pas un privilège bourgeois. C'est un droit.

Qui décide que la beauté appartient aux salons des riches ?
Ellen Gates Starr
Ellen Gates StarrWikimedia Commons, Public domain — Chicago Daily News

Que se passe-t-il, concrètement, lors de ces soirées culturelles à Hull House ?

Le soir, la maison s'anime comme une ruche. On pousse les tables, on accroche des reproductions aux murs, quelqu'un s'installe au piano. Des Polonais, des Grecs, des Juifs de Russie entrent, timides d'abord, puis attirés par la musique et la lumière. Je peux rester debout des heures à discuter avec un tailleur ou un jeune homme en quête de sens. Ces gens n'ont jamais franchi la porte d'un musée — beaucoup n'oseraient pas — alors le musée vient à eux. J'organise des expositions, des causeries sur les grands maîtres, des lectures. Et je vois des visages fatigués s'éclairer. Ces soirées font de Hull House bien plus qu'un centre social : un vrai foyer de culture pour le Chicago des humbles.

Pourquoi vous êtes-vous engagée aux côtés des grévistes lors de la grève Pullman de 1894 ?

Parce qu'on ne peut pas parler de dignité l'après-midi dans un atelier et détourner les yeux le soir quand on écrase des hommes. En 1894, la Compagnie Pullman baissait les salaires tout en maintenant les loyers de ses logements ouvriers : une servitude déguisée en modernité. Quand les ouvriers se sont levés, je me suis tenue à leur côté. Les journaux conservateurs m'ont aussitôt traitée de socialiste, comme si le mot devait me faire rougir. Il ne m'effrayait pas. Je tenais — et je tiens toujours — la défense du travailleur pour un devoir moral autant que religieux. On m'a reproché de salir ma réputation de femme de bonne famille. Mais à quoi bon une réputation qu'on garde propre en fermant les yeux sur l'injustice ?

À quoi bon une réputation qu'on garde propre en fermant les yeux sur l'injustice ?
Ellen Gates Starr circa 1915
Ellen Gates Starr circa 1915Wikimedia Commons, Public domain — Bain

Comment conciliez-vous cet amour de l'art et ce combat très concret pour les droits ouvriers ?

Ce sont les deux faces d'une même pièce, non deux causes séparées. L'homme qui n'a ni pain ni repos ne peut pas relier un livre ; l'homme qui n'a jamais goûté à la beauté ne comprend pas tout à fait ce qu'on lui a volé. Je garde dans mes tiroirs des pamphlets syndicaux à côté de mes fers à dorer, et cela me paraît naturel. Défendre la journée de travail plus courte, soutenir une grève, réclamer des salaires justes — c'est réclamer, au fond, le droit de mener une vie humaine pleine, celle-là même dont je parlais à Jane. La justice économique et la culture ne se contredisent pas : l'une prépare le terrain où l'autre peut fleurir. Une America fondée sur le profit seul mutile les deux.

En 1920, à plus de soixante ans, vous vous convertissez au catholicisme. Qu'est-ce qui vous a menée là ?

J'ai étonné bien des amis, je le sais. Une réformatrice élevée dans un foyer protestant du Wisconsin, qui embrasse Rome sur le tard ! Mais ma foi n'a pas changé de but, seulement de forme. Toute ma vie, j'ai cru que la justice sociale était une vertu, un commandement plutôt qu'une opinion politique. Dans l'Église, j'ai trouvé une tradition ancienne qui reliait le soin des pauvres au sacré, sans le réduire à de la sentimentalité. Ce crucifix que je garde désormais près de moi n'est pas un reniement de Pullman ni de mes ateliers : c'est le même feu, dans un autre foyer. J'ai passé trente ans à dire que servir les humbles est une affaire d'âme. À 1920, j'ai simplement voulu le dire dans une langue plus vieille que moi.

Ma foi n'a pas changé de but, seulement de forme.

Que ressentez-vous à l'idée de vous retirer peu à peu de Hull House ?

Une paix, mêlée d'un pincement. J'ai donné à cette maison mes plus belles années, et il vient un temps où l'on doit laisser d'autres mains tenir les fers à dorer. Je pense me retirer un jour vers l'est, dans quelque petite ville tranquille de l'État de New York, pour vivre plus recueillie. Mais qu'on ne s'y trompe pas : se retirer n'est pas renier. Les principes qui m'ont fait fonder Hull House avec Jane, qui m'ont jetée dans la rue avec les grévistes, ils ne prennent pas leur retraite. Je les emporte comme on emporte ses livres les plus chers. Une vie contemplative n'est pas une vie éteinte — c'est parfois là qu'on comprend enfin le sens de tout ce qu'on a fait.

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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Ellen Gates Starr's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.