Imaginary interview with Empress Jingu
by Charactorium · Empress Jingu · Politics · Military · Mythology · 6 min read

Nous l'avons rencontrée au sanctuaire de Kashii, à Fukuoka, là où le vent de mer porte encore l'odeur du sel et où l'on garde, dit-on, les pierres qui retinrent son enfant. Assise près de l'eau, une perle de jade au cou, l'impératrice-régente accepte de parler des dieux, de la traversée et du fils qu'elle porta jusqu'à la victoire.
—Vous souvenez-vous de l'instant où les dieux vous ont ordonné de franchir la mer ?
Il faisait encore nuit sur le camp lorsque leur voix est montée en moi. Les divinités Sumiyoshi, gardiennes des flots et des rames, m'ont désigné une terre par-delà l'eau et m'ont promis qu'elle plierait, à condition que je parte sans attendre l'aube d'après. Mon époux Chūai n'était plus, et le silence qu'il avait laissé, les kami l'ont empli d'un ordre. Je suis descendue à la rivière pour le misogi, j'ai lavé de moi toute souillure, puis j'ai fait battre le taiko pour appeler la flotte. On ne discute pas un présage qui vous traverse le ventre comme une lame. J'ai serré ma perle de jade et j'ai regardé vers Silla, sachant que ma volonté n'était déjà plus tout à fait la mienne.
On ne discute pas un présage qui vous traverse le ventre comme une lame.
—Comment décririez-vous cette traversée vers la péninsule et l'accueil que l'on vous a réservé là-bas ?
Nos barques à fond plat, ces fune qu'on pousse à la rame, n'étaient rien face à la houle du détroit, larges d'environ cent quatre-vingts li d'eau noire. Mais les dieux Sumiyoshi marchaient devant la proue et la mer s'est couchée sous nous comme une bête apprivoisée. Quand nous avons touché la terre de Silla, il n'y a pas eu de fer croisé, pas de cri : le roi est venu à moi et s'est incliné, et à sa suite les deux autres royaumes ont ployé. C'est ce que gardent les vieux récits du Kojiki, et je ne connais pas de victoire plus pure qu'une victoire où nulle lame ne s'est teinte. Les kami avaient tenu parole ; il ne restait qu'à recevoir les tributs et les savoirs du continent.
—On raconte que vous portiez un enfant durant la campagne. Comment avez-vous tenu ?
Oui, il vivait déjà en moi quand j'ai embarqué, et il s'agitait comme s'il voulait naître avant l'heure de la victoire. Je ne pouvais pas le permettre : un chef ne rend pas les armes à son propre corps au milieu d'une guerre. Alors j'ai pris une pierre au bord de l'eau, une chinkai-seki, froide comme le fond du fleuve, et je l'ai liée contre mon ventre pour endormir l'impatience de l'enfant. Le froid a fait taire ce qui voulait crier. Ces pierres, on les garde encore ici, à Kashii, et les gens viennent les toucher comme si ma volonté d'alors y était restée prise. Ce n'était pas de la magie : c'était le refus d'un corps de céder avant que la parole des dieux ne soit accomplie.
Un chef ne rend pas les armes à son propre corps au milieu d'une guerre.
—Que représente pour vous le fils qui est né à votre retour ?
Il est venu au monde quand nos barques ont retrouvé le sable du Japon, comme si la terre l'avait attendu pour le laisser respirer. Ōjin — car c'est ainsi qu'on le nommerait — n'est pas né d'un homme seulement, mais d'une campagne, d'une mer traversée et d'une promesse des kami tenue jusqu'au bout. Je l'ai porté à travers la guerre et il en a gardé quelque chose : plus tard, les hommes le vénéreraient sous le nom de Hachiman, la puissance que l'on invoque avant de partir combattre. Une mère devine parfois ce que deviendra son fils ; moi, je l'ai su au froid de la pierre contre mon flanc. J'avais gouverné pour lui avant même qu'il ne pousse son premier cri.
—Vous parlez des dieux comme d'une présence quotidienne. Comment entendez-vous leur voix ?
Je suis miko autant que reine ; entre les kami et les hommes, mon corps est le seuil que la voix divine emprunte. Chaque matin, avant les affaires du royaume, je descends à l'eau pour le misogi, puis je m'assieds devant le miroir de bronze, ce dōkyō poli où le monde invisible se laisse deviner. Les signes viennent : un frisson, un mot qui n'est pas de moi, le battement du taiko qui ouvre un passage. Dans le Japon de mon temps, on ne sépare pas celui qui commande de celui qui prie — le pouvoir des clans et le pouvoir des dieux se tiennent d'une même main. Ma perle de magatama, en forme de virgule, dit ce statut : elle est le signe que par moi passe quelque chose de plus grand que moi.

—En quoi cette fonction de prêtresse a-t-elle guidé vos décisions de souveraine ?
Jamais je n'ai tranché une affaire de guerre ou d'alliance sans d'abord consulter les kami. Un chef de clan, un uji no kami, m'apportait un différend l'après-midi ; mais la vraie délibération, je la menais à l'aube, dans la divination. Les dieux Sumiyoshi m'ont dicté la traversée ; d'autres présages m'ont dit quand attendre et quand frapper. On croit peut-être qu'une souveraine décide seule, du haut de sa miya de cyprès posée sur ses pilotis. Moi, je n'ai fait qu'écouter et transmettre. Ma force n'a jamais été dans mon bras — même si l'on me peint parfois la naginata au poing — mais dans cette oreille tendue vers l'invisible. Gouverner, pour moi, c'est d'abord obéir à plus haut que soi.
On croit qu'une souveraine décide seule ; moi, je n'ai fait qu'écouter et transmettre.
—Après la mort de votre époux, vous avez régné seule très longtemps. Comment avez-vous porté ce fardeau ?
Quand Chūai s'en est allé, l'enfant qui devait lui succéder n'était pas même né. Il fallait bien que quelqu'un tienne le royaume debout, et ce fut moi — non comme kōgō, simple épouse du souverain, mais comme sesshō, régente gouvernant au nom d'un fils encore à venir. Les récits disent que j'ai tenu ainsi près de soixante-dix années, jusqu'à ce qu'Ōjin soit en âge. Ce n'est pas une gloire que je réclame : c'est un devoir que les dieux et la mort d'un homme m'ont posé sur les épaules. La souveraineté n'a pas de sexe quand les kami désignent une main. J'ai régné parce qu'il n'y avait personne d'autre, et parce que la voix qui m'avait envoyée à Silla ne m'avait pas encore rendu ma liberté.
—Comment gouverne-t-on des clans aussi puissants sans un empereur à ses côtés ?
Le pouvoir, dans la plaine de Yamato, ne se donne pas : il se compose. Chaque après-midi, je recevais les uji no kami, ces chefs de clan qui régnaient chacun sur leur parenté, leurs greniers à riz et leurs dieux. Il fallait les accorder comme on accorde des tambours qui ne battent pas ensemble : par les alliances, par les mariages, par le partage des tributs venus du continent. Le soir, on réunissait la cour pour le banquet, et les kataribe, nos conteurs, récitaient les exploits des ancêtres divins pour rappeler à tous d'où venait l'autorité. Une régente sans époux doit être plus habile qu'un roi : je n'avais que ma parole, ma perle et la caution des Sumiyoshi. Cela a suffi à tenir l'archipel dans une seule main.
—Vous souciez-vous de la manière dont les générations lointaines se souviendront de vous ?
Nous n'écrivons pas encore, nous autres ; ce sont les kataribe qui portent nos noms de bouche en bouche, et un nom, cela s'use comme une pierre au fond d'un torrent. J'aimerais croire qu'on me chantera encore dans mille saisons — non pour la peur que j'aurais inspirée, mais pour la traversée et pour l'enfant retenu par le froid. Si je pouvais imaginer qu'un jour mon visage soit gravé sur quelque chose de précieux, échangé de main en main à travers tout le pays, j'y verrais moins un honneur qu'un miracle : que les kami aient laissé une femme durer si longtemps dans la mémoire des vivants. Mais cela, seuls les dieux le savent. Moi, je ne peux qu'offrir mes actes et espérer qu'ils valent d'être redits.
—Que voudriez-vous que l'on retienne de vous, par-delà les récits de conquête ?
Qu'on retienne d'abord les dieux, et moi ensuite. Les hommes aiment les batailles et le sang, mais ma vérité est ailleurs : à Silla, aucune lame ne s'est teinte, et c'est la protection des Sumiyoshi qui a courbé les rois, pas ma colère. Si l'on doit garder un lieu de moi, que ce soit le grand sanctuaire de Sumiyoshi, à l'embouchure des flots, où l'on prie encore ces divinités de la mer qui m'ont guidée. Que l'on retienne qu'une femme peut porter à la fois l'enfant, la prière et le royaume, sans que l'un fasse tomber les autres. Le reste — les tributs, les royaumes soumis — n'est que l'écume d'une traversée. L'essentiel, c'est la voix qui m'a dit de partir, et le fait que j'aie eu la foi de lui obéir.
Une femme peut porter à la fois l'enfant, la prière et le royaume, sans que l'un fasse tomber les autres.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Empress Jingu's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


