Imaginary interview

Imaginary interview with Francis Ponge

by Charactorium · Francis Ponge (1899 — 1988) · Literature · 5 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.

C'est dans l'arrière-pays niçois, au Bar-sur-Loup, qu'un après-midi de 1967, Jean-Paul Sartre vient retrouver Francis Ponge. La lumière provençale tombe sur une table couverte de cahiers, de ratures et d'un dictionnaire Littré ouvert. Ils se connaissent depuis l'essai que Sartre lui consacra en 1944, L'Homme et les choses, et le philosophe revient ici en admirateur curieux, fasciné par cet homme qui prétend faire taire le sujet pour laisser parler le galet et l'huître.

Mon cher Ponge, quand j'ai écrit sur vous en 1944, j'ai cru saisir un homme parti du côté des choses. Pourquoi fuir ainsi le sentiment humain ?

Tu as bien vu, et pourtant tu cherchais déjà l'existence là où je cherchais l'huître. Je ne fuis pas le sentiment, je m'en méfie : il déforme tout, il bavarde. Quand je regarde un galet, un cageot, je veux que ma phrase épouse sa résistance, sa muette obstination. Le Parti pris des choses, ce n'est pas une froideur, c'est une fidélité. Les hommes parlent trop d'eux-mêmes ; moi je veux rendre justice à ce qui ne réclame rien — la pierre qui dure, l'huître close sur son monde. Toi, tu interroges la liberté de la conscience ; moi je m'incline devant l'opacité d'un objet. C'est ma façon, peut-être, de retrouver l'homme par le détour le plus humble.

Je ne fuis pas le sentiment, je m'en méfie : il déforme tout, il bavarde.

Vous qui maniez la langue écrite avec tant d'autorité, on raconte qu'à l'oral de l'École normale en 1919 vous êtes resté muet. Est-ce vrai ?

Hélas, c'est l'exacte vérité, et je n'en ai jamais guéri. Devant l'examinateur de philosophie, la gorge nouée, je n'ai pas pu sortir un mot. Le silence m'a englouti, j'ai renoncé aux études. Toi qui débats si aisément dans les cafés, tu imagines mal cette paralysie. Mais vois le paradoxe : cette infirmité de la parole est devenue le moteur de mon œuvre entière. Puisque je ne pouvais m'exprimer à la volée, j'ai cherché dans l'écrit une précision absolue, reprise après reprise. Mon mutisme m'a condamné aux cahiers, aux brouillons, à la lenteur. Le bègue de l'oral s'est fait artisan de l'écrit. Ma faiblesse, en somme, a dicté ma méthode.

Le bègue de l'oral s'est fait artisan de l'écrit.

On vient de publier votre Savon. Vingt ans sur un morceau de savon ! Comment justifier, mon ami, une telle obstination devant un objet si dérisoire ?

Dérisoire ? Frotte-le entre tes mains, il écume, il jubile, il bave une mousse aérienne — quel sujet plus riche ? Si j'y ai mis vingt ans, c'est que la chose résiste, et que les mots aussi. Tu sais ma formule : il faut que chaque terme employé soit non pas un signe mais une chose. Voilà pourquoi je publie mes brouillons avec le texte, dans La Rage de l'expression, et bientôt La Fabrique du pré : le travail compte autant que le résultat. Mon Littré est mon établi, mes cahiers mes copeaux. Je ne cache pas l'effort, je l'expose. La poésie n'est pas une grâce qui descend ; c'est une lutte rature après rature contre l'à-peu-près.

Mon Littré est mon établi, mes cahiers mes copeaux.

Avant que mon essai ne vous tire de l'ombre, vous avez vécu une étrange double vie. Comment teniez-vous ensemble le bureau et le poème ?

Tu touches là une blessure et une fierté. Pendant près de vingt ans, j'ai été un simple employé — aux Messageries Hachette, puis chez Gallimard — courbé sur des tâches sans poésie. Mes journées appartenaient au salariat ; mes poèmes, je les volais au soir et au dimanche. Le matin tôt, avant tout, je m'installais à ma table avec un café et mes cahiers, dans ce court moment où la concentration est intacte. C'était une vie coupée en deux, épuisante. Mais peut-être que cette discipline du gagne-pain a nourri mon respect des choses ordinaires : un homme qui travaille de ses mains comprend mieux le cageot et le galet. Ton essai, en 1944, a fait sortir l'employé de l'anonymat — je ne l'oublie pas.

Mes journées appartenaient au salariat ; mes poèmes, je les volais au soir et au dimanche.

Nous partagions, en ces années sombres, le souci de l'engagement. Vous étiez au Parti et dans la Résistance. Qu'en reste-t-il pour vous aujourd'hui ?

Il en reste une fidélité aux choses et aux hommes simples, et une amertume. J'avais adhéré au Parti communiste en 1937, dans l'élan du Front populaire, par fraternité. Sous l'Occupation, j'ai milité concrètement du côté de Roanne, où j'ai pris la tête du comité local, contribuant aux publications clandestines. Ce n'était pas la résistance des mots seulement, c'était des actes risqués. Mais en 1947, les désaccords sont devenus insupportables : on voulait soumettre la pensée à la ligne, et je ne pouvais l'accepter. J'ai rompu. Toi qui n'as cessé de débattre avec eux, tu sais combien ce déchirement fut difficile. Je reste un homme de gauche, mais je ne troquerai jamais ma liberté d'écrire contre une consigne.

Je ne troquerai jamais ma liberté d'écrire contre une consigne.
Plaque rue Francis Ponge
Plaque rue Francis PongeWikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — William Jexpire

Vos lecteurs comparent souvent vos textes aux natures mortes des peintres. Vous fréquentez Braque, Fautrier. Cette parenté avec la peinture, l'assumez-vous ?

Pleinement, et j'aime que tu le remarques. Avec Braque, avec Fautrier, nous parlons des heures de la matière — de la pâte, du grain, de l'épaisseur des choses. Le peintre de nature morte pose une cruche, un fruit, et leur rend une présence que le regard pressé leur refuse. Je fais de même avec la phrase : je veux que le mot huître ait le poids et le brillant blanchâtre de l'huître. L'objeu, comme je l'appelle — ce jeu avec l'objet — n'est pas si loin du pinceau. Mais le peintre a la chance de la matière visible ; moi, je dois fabriquer la mienne avec des mots qui sans cesse glissent vers l'abstrait. Mon savon est une nature morte qui mousse et qui parle.

Je veux que le mot huître ait le poids et le brillant blanchâtre de l'huître.

Vous forgez des mots étranges — objeu, proême. Pourquoi ce besoin de tordre la langue plutôt que de vous servir de celle que nous avons reçue ?

Parce que la langue reçue est usée, polie comme une vieille monnaie dont on ne lit plus l'effigie. Quand je dis proême, je fonds prose et poème pour refuser le faux choix des genres ; quand je dis objeu, je marie l'objet et le jeu. Ce ne sont pas des caprices : ce sont des outils que la langue ordinaire ne me fournissait pas. Je critique la vieille rhétorique, mais c'est pour en bâtir une autre, fondée sur la matérialité des mots. Toi, tu inventes tes concepts pour penser la liberté ; moi mes vocables pour saisir la figue ou le pré. Forger un mot, c'est encore prendre le parti des choses : leur donner une syllabe neuve, à leur exacte mesure.

La langue reçue est usée, polie comme une vieille monnaie dont on ne lit plus l'effigie.
Plaque Rue Francis Ponge - Paris XIX (FR75) - 2021-07-22 - 1
Plaque Rue Francis Ponge - Paris XIX (FR75) - 2021-07-22 - 1Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Chabe01

Cette précision que vous poursuivez sans relâche — n'est-ce pas une manière de réparer sans fin l'humiliation de ce silence de 1919 ?

Tu fais le philosophe, et tu as sans doute raison. Oui, il y a quelque chose d'une réparation. Ce sentiment d'insuffisance face aux mots, ce gouffre entre ce que je voulais dire et ce qui sortait — ou ne sortait pas —, je le combats à chaque ligne. L'écriture me donne le temps que l'oral me refusait : reprendre, raturer, recommencer jusqu'à la justesse. Mais ne crois pas que ce soit une cicatrice douloureuse seulement. C'est devenu une discipline joyeuse, presque une jubilation, comme le savon qui perle. Mon impuissance première s'est retournée en patience infinie. Je crois que tout homme bâtit son œuvre sur un manque ; le mien fut de ne pouvoir parler. Alors j'écris, lentement, pour enfin dire juste.

Tout homme bâtit son œuvre sur un manque ; le mien fut de ne pouvoir parler.

Vous voilà désormais loin de Paris, dans ce village provençal. Cette retraite au calme change-t-elle votre regard et votre travail d'écriture ?

Elle me rend à mon enfance, à la lumière de Montpellier que je n'avais jamais quittée tout à fait. Ici, au Bar-sur-Loup, la végétation, les pierres, les insectes — tout redevient matière à observer. Mes après-midi, jadis confisqués par le bureau, m'appartiennent enfin : je lis, je corresponds, je marche longuement en regardant. Le pré que j'écris en ce moment, je l'ai sous les yeux. La table simple, l'huile d'olive, les légumes du jardin : cette frugalité méridionale convient à ma poétique des choses humbles. Toi qui vis dans l'effervescence parisienne, tu jugerais peut-être ma vie monotone. Mais c'est dans cette lenteur que les objets se laissent enfin approcher. La province ne m'a pas retiré du monde ; elle m'en a rapproché.

Ce n'est pas la province qui m'a retiré du monde ; elle m'en a rapproché.

Une dernière chose, Ponge. Vous avez rompu avec le Parti mais non avec l'idée d'engager l'écrivain. Pour vous, en quoi décrire un galet engage-t-il ?

Voilà la question que j'attendais de toi. Décrire un galet honnêtement, c'est refuser le mensonge — et tout refus du mensonge est un acte. La rhétorique creuse, les belles phrases qui flattent, voilà l'ennemi : elles servent les pouvoirs qui endorment. En rendant aux choses leur exactitude, je rends aux hommes le goût du vrai, de l'attention, du concret. C'est une politique discrète, à hauteur d'huître et de cageot. Je n'ai pas besoin de tribune pour cela : ma résistance, désormais, tient dans la justesse d'un mot. Tu engages ta liberté dans l'action et le débat ; j'engage la mienne dans la patience d'une description. Au fond, nous luttons contre le même adversaire — l'à-peu-près qui asservit les esprits.

Décrire un galet honnêtement, c'est refuser le mensonge — et tout refus du mensonge est un acte.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Francis Ponge's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.