Imaginary interview

Imaginary interview with Francis Ponge

by Charactorium · Francis Ponge (1899 — 1988) · Literature · 5 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.

Bar-sur-Loup, fin des années 1980. Dans une maison provençale où l'olivier frappe ses ombres contre les volets, un homme de près de quatre-vingt-dix ans nous reçoit, un cahier ouvert et un dictionnaire à portée de main. Francis Ponge parle lentement, comme s'il pesait chaque mot avant de le poser sur la table, à côté du galet.

Vous souvenez-vous du jour où votre voix vous a fait défaut, à l'oral de l'École normale ?

C'était en 1919, à l'oral de philosophie du concours de l'École normale supérieure. On m'a posé une question, et il ne m'est rien sorti. Rien. La gorge nouée, l'esprit plein et la bouche vide. J'ai compris ce jour-là que la parole improvisée n'était pas mon affaire, que je ne savais pas penser à voix haute devant un jury. Cet échec, qui aurait pu m'humilier, m'a en réalité montré le chemin : si je ne pouvais pas parler, j'écrirais ; et j'écrirais avec une lenteur, une obstination que l'oral ne permet jamais. Le mutisme fut mon premier maître. Toute ma vie, j'ai cherché par la plume cette justesse que ma langue m'avait refusée.

Si je ne pouvais pas parler, j'écrirais ; le mutisme fut mon premier maître.

Pourquoi consacrer des poèmes au galet, à l'huître, au cageot, plutôt qu'aux grands sentiments ?

Parce que l'amour, la mort, l'ennui, on en a tant parlé qu'il ne reste plus que des mots usés, des médailles effacées par trop de mains. Tandis qu'une huître, voyez-vous, personne ne l'avait vraiment regardée. Dans Le Parti pris des choses, je l'ai décrite ainsi : « C'est un monde opiniâtrement clos. » Il faut forcer cette coquille, s'y casser les ongles, et l'on découvre dedans tout un univers, parfois une perle. Le cageot, ce bois léger qu'on jette après l'avoir vidé de ses fruits, mérite qu'on s'arrête une page entière sur lui. Je me suis placé du côté des choses parce qu'elles ne mentent pas, elles. Elles attendent simplement qu'on trouve les mots à leur mesure.

Je me suis placé du côté des choses parce qu'elles ne mentent pas.

Que cherchez-vous exactement quand vous tournez et retournez un objet sous vos yeux ?

Je cherche à le rendre, comme un peintre rend une lumière. Tenez, un simple galet ramassé sur une plage : il a son grain, sa résistance, son histoire de roche brisée et polie par des millénaires de mer. Je veux que mon texte ait cette même densité, cette même dureté tranquille. Dans La Rage de l'expression, je l'ai formulé crûment : « Il faut que mon travail soit tel que chaque terme employé soit non pas un signe mais une chose. » Voilà toute mon ambition. Que le mot galet, sur la page, pèse autant dans la main de l'esprit que le galet dans la paume. C'est impossible, bien sûr. Mais c'est ce ratage perpétuel qui me tient debout à mon bureau chaque matin.

Que le mot pèse autant dans la main de l'esprit que la chose dans la paume.

On dit que vous avez mis plus de vingt ans à écrire un livre sur un morceau de savon. Comment vit-on avec un tel objet si longtemps ?

Le savon est un compagnon merveilleux, croyez-moi. Il a cette qualité rare de n'exister que dans le mouvement : immobile, il sèche et durcit ; mais qu'on l'agite entre des mains mouillées, et le voilà qui « écume, jubile », qui bave une mousse aérienne. J'ai suivi Le Savon pendant deux décennies, parce qu'un tel sujet ne se laisse pas saisir d'un coup. J'accumulais des notes dans mes cahiers, je revenais, je reprenais, je consultais mon Littré pour fouiller chaque mot jusqu'à sa racine. Le livre final raconte aussi ce temps long, ces hésitations. Le savon m'aura appris la patience : on ne dissout pas la matière du monde en une seule lessive de phrases.

On ne dissout pas la matière du monde en une seule lessive de phrases.

Vous publiez vos brouillons, vos ratures, vos hésitations. Pourquoi montrer ce que les autres écrivains cachent ?

Parce que le travail lui-même est le poème, ou du moins son équivalent le plus honnête. Dans La Fabrique du pré, j'ai mis côte à côte le texte achevé et tous les états successifs qui y ont mené, comme on exposerait un atelier plutôt qu'un tableau encadré. Le résultat propre, lisse, sec, ment toujours un peu : il fait croire que la phrase est venue d'elle-même. Or rien ne vient d'soi-même. J'ai inventé un mot pour cela, l'objeu — le jeu sérieux avec l'objet, où la chose et le langage se disputent et se travaillent mutuellement. Montrer mes reprises, c'est rendre justice à cette lutte. Le lecteur ne reçoit pas un produit, il assiste à une fabrication. Cela me paraît plus loyal, et bien plus vivant.

Le résultat propre, lisse, sec, ment toujours un peu.
Plaque rue Francis Ponge
Plaque rue Francis PongeWikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — William Jexpire

À quoi ressemble une matinée de travail pour vous ?

Je me lève tôt, quand l'esprit est encore neuf et la maison silencieuse. Une tasse de café, et je m'installe à mon bureau avec mes cahiers et mes dictionnaires ouverts. Le Littré surtout, que je consulte sans cesse, non pour vérifier l'orthographe d'un mot, mais pour en remonter l'étymologie, débusquer les sens oubliés, les couches anciennes enfouies sous l'usage. Un mot, pour moi, c'est aussi un objet : il a une épaisseur, un grain, une histoire. Pendant des années, l'après-midi appartenait à mon métier d'employé, d'abord aux Messageries Hachette, plus tard chez Gallimard ; alors le matin était sacré. Ces quelques heures volées au salariat, c'était ma véritable vie. Tout le reste n'était que gagne-pain.

Un mot, pour moi, c'est aussi un objet : il a une épaisseur, un grain, une histoire.

Vous avez adhéré au Parti communiste en 1937. Qu'est-ce qui vous y a conduit ?

L'époque, surtout. En 1937, dans l'élan du Front populaire, on sentait qu'il fallait choisir son camp, et le mien était du côté de ceux qui n'ont rien, des ouvriers, des humbles — les mêmes humilités que je chantais dans mes poèmes, au fond. Le cageot, l'objet rebut qu'on jette, n'est pas si loin de l'homme qu'on exploite. Mon attention aux choses simples et matérielles avait sa traduction politique. J'ai cru sincèrement que ce parti porterait une justice. Plus tard, pendant l'Occupation, cet engagement est devenu clandestin, dangereux, concret. Mais à l'origine il y avait cela : refuser que les humbles, qu'ils soient choses ou gens, restent invisibles et sans voix.

Le cageot, l'objet rebut qu'on jette, n'est pas si loin de l'homme qu'on exploite.
Plaque Rue Francis Ponge - Paris XIX (FR75) - 2021-07-22 - 1
Plaque Rue Francis Ponge - Paris XIX (FR75) - 2021-07-22 - 1Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Chabe01

Comment avez-vous vécu la Résistance, puis votre rupture avec le Parti en 1947 ?

À Roanne, dès 1943, j'ai dirigé le comité local du Front national de lutte pour la libération. C'était la résistance intellectuelle autant que pratique : des publications clandestines, des réseaux, des mots qu'il fallait faire circuler sous le manteau au péril de tout. Le langage, là, n'était plus un jeu d'atelier ; il pouvait coûter la vie. Puis la guerre finie, les désaccords se sont creusés. En 1947, j'ai quitté le Parti. On ne me dictait pas ma poésie, je n'allais pas me laisser dicter ma pensée. La discipline qui m'avait paru fraternelle dans le combat devenait un carcan dans la paix. Je suis resté fidèle aux humbles, mais infidèle aux consignes.

Je suis resté fidèle aux humbles, mais infidèle aux consignes.

Sartre vous a consacré un long essai en 1944. Que vous a apporté cette reconnaissance ?

Énormément, je dois l'avouer. J'avais écrit dans une quasi-obscurité pendant des années, le soir, le week-end, sans guère d'écho. Et voilà qu'en 1944 le philosophe le plus retentissant de l'époque, Jean-Paul Sartre, publie « L'Homme et les choses » dans la revue Poésie 44, et parle de mon travail avec sérieux. D'un coup, on m'a lu, on m'a discuté. On a voulu me ranger dans l'existentialisme, parce que mes objets et leur épaisseur muette intéressaient ces penseurs de l'être et du néant. Je les ai laissés faire, tout en sachant que mon chemin était autre : eux interrogeaient l'existence, moi je frottais simplement les mots contre les choses. Mais cette main tendue m'a sorti de l'ombre, et je ne l'oublie pas.

Eux interrogeaient l'existence, moi je frottais simplement les mots contre les choses.

Vous fréquentiez des peintres comme Braque ou Fautrier. Qu'aviez-vous en commun avec eux ?

La matière. Georges Braque, Jean Fautrier — ce sont des hommes qui touchaient leur pâte, qui connaissaient le grain d'un pigment, l'épaisseur d'un empâtement, la résistance d'une surface. Moi, je travaillais la pâte des mots ; eux, celle de la couleur. Nous nous comprenions sans longues théories. On a souvent comparé mes poèmes à des natures mortes, et le rapprochement me plaît : décrire une huître ou un pichet, n'est-ce pas le même geste d'attention patiente ? Le peintre arrête la lumière sur une chose ordinaire ; j'arrête les mots sur elle. Ces amitiés d'atelier valaient pour moi tous les salons littéraires. Devant une toile de Fautrier, je me sentais chez moi, parmi des artisans du sensible.

Eux travaillaient la pâte de la couleur ; moi, celle des mots.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Francis Ponge's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.