Imaginary interview

Imaginary interview with Ha-Joon Chang

by Charactorium · Ha-Joon Chang (1963 — ?) · Economics · 6 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.
Portrait of Ha-Joon Chang
Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Discott

Un après-midi de fin d'automne à Londres, dans un bureau de la SOAS encombré de livres et d'épices rapportées de voyages. Ha-Joon Chang nous accueille une tasse de café à la main, l'œil malicieux, prêt à parler d'économie comme d'autres parlent de cuisine. La conversation, forcément, commencera par la Corée de son enfance.

Vous êtes né à Séoul en 1963. Quel souvenir gardez-vous du pays de votre enfance ?

Quand je suis né, en 1963, mon pays était plus pauvre que bien des nations d'Afrique subsaharienne. On croit toujours que la Corée du Sud a toujours été ce géant des chantiers navals et des téléphones ; moi, j'ai vu l'autre bout de l'histoire. Enfant, à Séoul, je regardais mon pays se transformer sous mes yeux, presque à vue de nez, comme une pâte qui lève. Deux ans avant ma naissance, le régime de Park Chung-hee avait lancé une industrialisation entièrement pilotée par l'État — routes, aciéries, chantiers, tout sortait de terre. Je ne théorisais rien, bien sûr, j'étais un gamin. Mais cette expérience s'est logée en moi comme une évidence physique : un pays n'est pas condamné à sa pauvreté, un État volontariste peut renverser un destin. Tout ce que j'ai écrit ensuite n'a fait que déplier cette intuition d'enfant.

Un pays n'est pas condamné à sa pauvreté ; j'ai vu le mien changer de destin sous mes yeux.

Diriez-vous que cette histoire coréenne a façonné votre manière de faire de l'économie ?

Entièrement. Beaucoup de mes collègues construisent des modèles à partir d'axiomes ; moi, je pars d'un souvenir. J'ai fait mes premières études à l'Université nationale de Séoul avant de partir pour l'Angleterre en 1986, et je traînais déjà cette conviction que ce qu'on m'enseignait dans les manuels ne collait pas avec ce que j'avais vécu. Les livres disaient : laissez faire le marché, ouvrez les frontières, et la prospérité viendra. Or la Corée avait fait exactement le contraire — elle avait protégé, subventionné, orienté — et c'est ainsi qu'elle avait décollé. Le développementalisme, ce mot un peu rêche, n'était pour moi ni une doctrine ni une abstraction : c'était le paysage de ma jeunesse. Je crois qu'un économiste devrait toujours se souvenir d'où il vient. Les chiffres mentent moins quand on les confronte à une rue qu'on a arpentée soi-même.

Mes collègues partent d'axiomes ; moi, je pars d'un souvenir.

Parlons de Kicking Away the Ladder. D'où vient cette image de l'échelle que l'on retire ?

L'image n'est pas de moi, je l'ai empruntée à l'économiste allemand Friedrich List, au XIXe siècle. Elle est d'une cruauté limpide : un pays grimpe au sommet de la richesse en s'appuyant sur le protectionnisme, puis, une fois arrivé, il donne un coup de pied dans l'échelle pour que personne ne monte derrière lui. J'ai gardé une petite maquette d'échelle sur mon bureau, comme un rappel. Dans Kicking Away the Ladder, paru en 2002, j'ai simplement fait le travail d'historien que personne ne voulait faire : montrer que les États-Unis et la Grande-Bretagne, aujourd'hui prêcheurs du libre-échange, furent parmi les nations les plus protectionnistes de leur temps. Comme je l'ai écrit, ils veulent imposer aux pays pauvres des politiques « qu'eux-mêmes n'ont jamais appliquées lorsqu'ils étaient en phase de rattrapage ». Ce livre m'a valu le prix Gunnar-Myrdal en 2003. Mais surtout, il a rendu à l'histoire sa mémoire.

On grimpe au sommet grâce au protectionnisme, puis on donne un coup de pied dans l'échelle.

Pourquoi tant d'économistes tiennent-ils encore le libre-échange pour une vérité intemporelle ?

Parce que l'oubli est confortable. Il est plus flatteur de croire qu'on s'est enrichi par le génie du marché libre que d'admettre qu'on a beaucoup triché. J'ai passé près de trente ans à Cambridge, la craie à la main devant mes étudiants, à leur raconter l'histoire économique réelle plutôt que la fable officielle. Et cette fable est puissante : elle sert les intérêts de ceux qui sont déjà au sommet. Le mot libre-échange sonne comme une promesse de liberté, mais imposé à une économie fragile, il devient une camisole. Une industrie naissante est comme un enfant : on ne la jette pas dans la concurrence adulte le jour de sa naissance, on la protège le temps qu'elle grandisse. Les pays riches le savaient parfaitement pour eux-mêmes. Ils ont juste préféré que les autres l'ignorent.

Le libre-échange sonne comme une liberté ; imposé à une économie fragile, c'est une camisole.

Vous avez évoqué l'industrie naissante comme un enfant. Cette comparaison vous est chère ?

Elle est presque autobiographique. Dans Bad Samaritans, en 2007, j'ai pris l'exemple de mon propre fils, Jin-Gyu, qui avait alors six ans. Personne de sensé ne songerait à l'envoyer travailler pour qu'il « affronte la réalité du marché » ; on le protège, on l'éduque, précisément pour qu'il devienne un jour capable de se débrouiller seul. C'est exactement ce qu'on doit à une jeune industrie. Or, en 1997, lors de la crise financière asiatique, le FMI a fait l'inverse avec mon pays : il a exigé des réformes libérales brutales, l'ouverture immédiate, le démantèlement des protections, comme on jetterait un enfant dehors en pleine tempête. J'ai trouvé cela non seulement injuste, mais économiquement stupide. Le néolibéralisme prétend endurcir ; le plus souvent, il mutile. Protéger n'est pas dorloter — c'est parier sur l'avenir.

Une industrie naissante, c'est un enfant : on ne la jette pas dans la tempête le jour de sa naissance.
Ha-Joon Chang profile cropped
Ha-Joon Chang profile croppedWikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Discott

La crise de 1997 a-t-elle été un tournant dans votre engagement ?

Un tournant douloureux, oui. Voir le FMI dicter sa loi à Séoul, à ce pays que j'avais vu se hisser à la force du poignet, m'a mis en colère — et la colère, chez moi, se transforme toujours en livres. On expliquait aux Coréens que leur réussite passée avait été une erreur, que l'État avait trop pesé, qu'il fallait tout libéraliser. C'était renverser la vérité comme un sablier. Onze ans plus tard, la crise financière mondiale de 2008 a d'ailleurs rappelé à tout le monde que les marchés livrés à eux-mêmes ne s'autorégulent pas si sagement. J'aime rappeler qu'il n'existe pas, à proprement parler, de marché « libre » : tout marché repose sur des règles, des limites, des interdits que nous avons fini par ne plus voir. La question n'est jamais « marché ou pas », mais « quelles règles, et pour qui ? ».

La colère, chez moi, se transforme toujours en livres.

Dans 23 Things, vous affirmez qu'il n'existe pas de marché libre. N'est-ce pas provocateur ?

Provocateur, mais rigoureusement exact. Dans 23 Things They Don't Tell You About Capitalism, paru en 2010, je l'écris sans détour : il n'existe pas de marché libre, tout marché obéit à des règles qui restreignent la liberté de choix. Interdiction du travail des enfants, normes sanitaires, horaires, droits de douane : autant de limites que nous jugeons « naturelles » aujourd'hui et qui furent des combats hier. Quand quelqu'un vous dit qu'une mesure « fausse le marché », il vous dit en réalité qu'il n'aime pas les règles qu'elle contient — pas qu'il défend une pureté qui n'a jamais existé. Ce livre, je l'ai voulu comme une série de petites bombes amicales, vingt-trois idées reçues qu'on fait exploser une à une. Mon but n'était pas de convertir, mais de rendre au lecteur ordinaire le droit de douter des évidences qu'on lui vend.

Il n'existe pas de marché libre : tout marché obéit à des règles que nous avons fini par ne plus voir.

Vous soutenez que la machine à laver a plus changé le monde qu'Internet. Sérieusement ?

Tout à fait sérieusement, même si je le dis avec un sourire. Prenez la machine à laver : avant elle, laver le linge d'une famille exigeait des heures de labeur épuisant, presque toujours porté par les femmes. En libérant ce temps, cette machine et ses cousines domestiques ont fait entrer des millions de femmes sur le marché du travail, transformé les familles, redessiné les sociétés. Internet, lui, a changé notre manière de nous distraire et de bavarder — c'est réel, mais l'onde de choc est bien moindre. Je raconte cela dans 23 Things pour secouer un réflexe : nous surestimons systématiquement le nouveau et le tapageur, et nous sous-estimons l'humble objet qui a déjà tout bouleversé. L'économie, voyez-vous, est pleine de ces hiérarchies fausses. Il suffit souvent de regarder sa propre buanderie pour les corriger.

Nous surestimons le tapageur et sous-estimons l'humble objet qui a déjà tout bouleversé.

Vous consacrez un livre entier aux aliments. Pourquoi passer par la nourriture pour parler d'économie ?

Parce que tout le monde mange, et que presque personne ne se sent invité à la table de l'économie. Dans Edible Economics, en 2022, j'ouvre chaque chapitre sur un aliment — le gombo, l'anchois, la carotte — et je m'en sers de porte d'entrée vers une idée. Ce n'est pas un gadget : cuisiner est ma véritable passion, et le soir, quand je pose enfin les données pour saisir un couteau, je retrouve la même joie qu'à démonter un raisonnement. J'aime dire que comprendre l'économie devrait être aussi accessible que partager un repas. Trop d'économistes ont fait de leur discipline un plat immangeable, servi dans un jargon qui tient les convives à distance. Moi, je veux rouvrir la cuisine. Un anchois bien choisi vous en apprend parfois davantage sur le commerce mondial qu'une courbe.

Comprendre l'économie devrait être aussi accessible que partager un repas.

Que voudriez-vous que l'on retienne de votre manière d'enseigner l'économie ?

Qu'elle appartient à tous. Quand j'ai écrit Economics: The User's Guide en 2014, je voulais un manuel qui présente toutes les écoles de pensée — pas seulement l'orthodoxe — comme on présenterait plusieurs cuisines du monde, sans imposer un seul menu. Je crois profondément que l'essentiel de l'économie n'est que du bon sens rendu inutilement compliqué, et qu'elle est bien trop importante pour être abandonnée aux seuls spécialistes. Un citoyen qui vote, un ouvrier, une infirmière : tous ont le droit et le devoir de comprendre les forces qui régissent leur vie. Mon rôle d'enseignant, longtemps à Cambridge aujourd'hui à la SOAS, n'a jamais été de fabriquer des experts intimidants, mais de rendre aux gens la confiance de penser par eux-mêmes. Si mes livres donnent à un lecteur l'audace de contredire un économiste en costume, j'ai gagné.

L'économie n'est que du bon sens rendu compliqué — elle est trop importante pour les seuls économistes.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Ha-Joon Chang's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.