Imaginary interview with Hanno the Navigator
by Charactorium · Hanno the Navigator (500 av. J.-C. — 500 av. J.-C.) · Exploration · Politics · 6 min read

Nous imaginons cette rencontre à Carthage, dans l'ombre du temple de Baal Hammon, peu après le retour d'Hannon de son grand périple le long des côtes atlantiques. La tablette de bronze qui portera un jour le récit de son voyage n'est pas encore gravée ; c'est de sa bouche, pour la première fois, que l'histoire prend forme devant nous.
—Racontez-nous ce jour où vous avez pris la mer avec toute cette flotte.
Ce matin-là, avant l'aube, j'ai versé l'huile devant l'autel de Baal Hammon et de Tanit ; on ne quitte pas Carthage pour l'inconnu sans s'être fait pardonner par les dieux. Puis j'ai compté mes navires depuis le môle : soixante pentécontères, chacun à cinquante rameurs, chargés de vivres et d'outils, portant environ trente mille hommes et femmes destinés à peupler des rivages que nul de nous n'avait vus. Les suffètes m'avaient confié cette charge pour fonder des cités de Libyophéniciens au-delà des Colonnes d'Héraklès. Passé ce détroit, la mer changeait de nature — plus lourde, plus grise, sans les îles familières de chez nous. Je me souviens du silence sur les bancs de rame, ce jour-là. Personne ne chantait.
Passé ce détroit, la mer changeait de nature — plus lourde, plus grise, sans les îles familières de chez nous.
—Qu'attendaient de vous les suffètes de Carthage en vous confiant une telle expédition ?
Fonder, avant tout. Les suffètes ne m'ont pas envoyé chercher des merveilles à raconter au marché ; ils voulaient des cités de Libyophéniciens plantées sur la côte, capables de tenir, de commercer, de rappeler à qui passerait par là que Carthage était arrivée la première. Sept établissements en tout, de Thymiaterion jusqu'à l'île de Cerne, chacun un point d'ancrage pour l'or, l'ivoire, les peaux que nous rapportions. On ne bâtit pas un empire commercial avec des récits d'aventure ; on le bâtit avec des comptoirs qui tiennent l'hiver et l'été, et des hommes qui restent quand la flotte repart. C'est cela, la charge d'un mandat carthaginois : moins de gloire immédiate que de fondations solides.
—Pourquoi tourner ses voiles vers l'Atlantique inconnu plutôt que de rester dans une Méditerranée où Carthage comptait déjà tant de rivaux ?
Parce que la mer de chez nous était déjà pleine de monde. Les Grecs de Massalia, fondée par des colons venus de Phocée, tenaient ferme leur négoce à l'est de nos routes, et le traité passé avec Rome il y a quelques années à peine traçait des limites que je connaissais par cœur avant même de lever l'ancre. Chercher plus loin dans la Méditerranée, c'était chercher la querelle. L'Atlantique, personne ne le revendiquait, parce que personne avant nous n'avait osé s'y engager avec une flotte de cette taille. Au-delà des Colonnes, il n'y avait ni Grec ni Romain pour nous disputer une plage — il n'y avait que la côte, et ceux qui l'habitaient déjà.
—Une fois passé les Colonnes d'Héraklès, craigniez-vous encore de croiser des navires grecs ou romains ?
Non, plus une fois le détroit franchi. Les Grecs de Massalia et les Romains, avec qui nos suffètes venaient de sceller un traité fixant nos zones respectives, ne s'aventuraient pas au-delà des Colonnes d'Héraklès — leurs routes restaient tournées vers l'intérieur de notre mer commune. C'est cette absence même qui rendait l'Atlantique précieux à mes yeux : une côte entière où Carthage n'aurait de compte à rendre à aucun rival établi. Nous avions laissé derrière nous les eaux disputées pour entrer dans celles que personne encore ne réclamait. C'était une liberté rare, et je savais qu'elle ne durerait peut-être pas toujours.
—Quelle a été la première colonie que vous avez fondée sur ces côtes ?
Thymiaterion, sur la côte de ce que vous appelleriez le Maroc aujourd'hui. Nous l'avons choisie peu après avoir doublé les Colonnes, une baie abritée où la mer restait docile. J'y ai laissé des colons avec des provisions, des outils, la promesse que d'autres navires reviendraient. C'est aussi là, non loin, à Lixos, que j'ai embarqué des hommes du pays qui parlaient la langue des peuples plus au sud — sans eux, tout le reste du voyage aurait été sourd et muet. Une colonie n'est pas un campement qu'on abandonne à la première marée difficile ; c'est un pari qu'on fait sur l'avenir d'une côte qu'on vient à peine de toucher.
—Et l'île de Cerne, quel rôle a-t-elle joué dans votre entreprise ?
Cerne n'était pas une ville comme Carthage, avec ses temples et ses rues ; c'était une île-entrepôt, un point où nos navires pouvaient revenir chaque saison sans se perdre. Nous y échangions contre de l'or, de l'ivoire, des peaux, tout ce que les peuples de l'intérieur faisaient descendre vers la côte. Plus au sud, l'usage voulait qu'on ne parle même pas : on dépose ses marchandises sur le sable, on se retire vers les navires, et on attend. Si l'offre en retour paraît juste, on la prend ; sinon, on patiente encore. Ce commerce silencieux, appris de nos pères phéniciens, valait mieux que bien des discours — il n'exigeait aucune langue commune, seulement de la patience.

—Comment se déroulait une journée d'escale sur une plage que vous ne connaissiez pas ?
Nous ne naviguions jamais de nuit ; la côte inconnue ne pardonne pas l'imprudence. L'après-midi, je faisais mouiller la flotte près d'une baie ou d'une île, et c'est là que s'organisaient les échanges, par la voix de mes interprètes de Lixos, avec les peuples qui venaient à notre rencontre. Le soir, mes officiers observaient les étoiles pour savoir où nous en étions du voyage, pendant que des sentinelles montaient la garde sur un rivage que nous ne maîtrisions pas. On mangeait des galettes d'orge, du poisson séché, ce que la terre voulait bien nous céder en échange de nos étoffes teintes et de nos bijoux. Chaque escale était une négociation avant même le premier mot.
—On raconte que vous avez vu une montagne cracher des flammes dans la nuit. Que s'est-il passé ?
Nous approchions de la fin de notre course vers le sud quand j'ai vu, une nuit, une montagne qui crachait des flammes au loin, si haute qu'on l'apercevait depuis la mer bien avant d'en distinguer le pied. Mes rameurs ont cru voir un signe des dieux et l'ont nommée le Char des Dieux — Theon Ochema, dans la langue de nos scribes grecs. Je n'ai pas cherché à expliquer ce feu ; je l'ai simplement consigné, comme tout ce que mes yeux voyaient et que mes mots pouvaient encore contenir. Il y a des choses, en mer, qu'on ne discute pas : on les regarde, on les nomme, et on continue sa route avant que la peur ne gagne l'équipage tout entier.
Il y a des choses, en mer, qu'on ne discute pas : on les regarde, on les nomme, et on continue sa route.
—Et ces créatures velues que vos hommes ont capturées, les Gorillai ?
Sur une île, vers la fin du périple, nos guides nous ont parlé de créatures couvertes de poils que leur langue nommait Gorillai. Nous les avons poursuivies plusieurs jours durant, et mes hommes n'ont réussi à en capturer que trois, des femelles, après une lutte rude — les mâles nous ont échappé dans les rochers. Nous avons rapporté leurs peaux à Carthage et les avons déposées au temple de Baal, comme preuve que nos yeux n'avaient pas menti sur ce que nous avions vu au bout du monde. Je ne saurais dire si ce sont des bêtes ou des hommes sauvages ; mes interprètes eux-mêmes hésitaient. Mais leur nom, au moins, nous l'avons rapporté fidèlement.

—Pourquoi avoir fait graver votre récit sur une tablette de bronze plutôt que de le confier à la mémoire des hommes ?
Parce que la mémoire des hommes s'use plus vite que le bronze. J'ai fait graver mon récit en punique et l'ai fait porter au temple de Baal Hammon, pour que tout citoyen de Carthage puisse un jour s'y pencher et lire ce que ses yeux n'auraient jamais vu autrement. Un voyage comme le mien ne vaut rien s'il meurt avec ceux qui l'ont fait ; il faut qu'il reste, fixé, accessible à qui saura le lire, même longtemps après que ma voix se sera tue. Une tablette ne ment pas, ne s'oublie pas, ne se déforme pas de bouche en bouche comme un récit de marché. C'est le seul monument qu'un navigateur peut vraiment laisser derrière lui.
Un voyage comme le mien ne vaut rien s'il meurt avec ceux qui l'ont fait.
—Que souhaitiez-vous que vos concitoyens retiennent en lisant cette tablette ?
Que Carthage n'avait pas de limite au bout de sa mer, sinon celle que nous n'avions pas encore osé franchir. Je voulais que mes concitoyens sachent qu'au-delà des Colonnes d'Héraklès, il existait des terres, des peuples, des richesses — l'or, l'ivoire, les peaux que Cerne rassemblait déjà pour nous. Une tablette de bronze au temple ne raconte pas seulement un voyage : elle dit à ceux qui viendront après moi que la route est possible, qu'elle a déjà été tenue une fois. Je n'ai jamais cru que mon périple serait le dernier. J'espérais, sans le dire tout haut, qu'un autre suffète relirait un jour mon récit avant d'armer sa propre flotte.
—Si l'on devait un jour relire votre récit bien loin de Carthage, dans une autre langue, que faudrait-il y comprendre ?
Si des hommes d'une autre langue devaient un jour se pencher sur mes mots, je voudrais qu'ils comprennent d'abord que nous n'étions pas des conquérants au sens où on l'entend pour les armées : nous étions des fondateurs, partis avec des familles, des outils, la volonté de rester. Qu'ils sachent aussi que la peur a existé — devant le Char des Dieux, devant les Gorillai, devant une côte qui ne ressemblait à rien de connu — et que nous avons continué malgré elle. Je ne peux pas savoir combien de temps ce récit tiendra, gravé comme il l'est sur le bronze du temple de Baal. Mais s'il doit survivre, qu'il porte au moins ce que trente mille de mes compagnons ont réellement vécu, et pas seulement ce qu'on voudra en imaginer plus tard.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Hanno the Navigator's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


