Imaginary interview

Imaginary dialogue between Maria Deraismes and Hubertine Auclert

by Charactorium · Hubertine Auclert (1848 — 1914) · Politics · Society · 5 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.
Portrait of Hubertine Auclert
Wikimedia Commons, Public domain — Agence Rol

C'est dans le modeste appartement parisien qui sert aussi de rédaction à La Citoyenne que Maria Deraismes retrouve Hubertine Auclert, en cet automne 1908. Sur la table encombrée traînent des épreuves fraîches, un encrier presque tari et le manuscrit du vote des femmes. Depuis que Maria a fondé, avec Léon Richer, les premières associations réclamant l'égalité civile, elle observe la cadette avec un mélange d'admiration et d'inquiétude devant sa hardiesse. Elle vient ce jour-là comprendre pourquoi Hubertine choisit, encore et toujours, l'éclat plutôt que la patience.

Hubertine, tout Paris ne parle que de cette urne renversée en mai dernier. Toi que je connais mesurée dans nos réunions, pourquoi ce coup d'éclat ?

Ma chère Maria, tu m'as vue plaider, pétitionner, écrire pendant trente ans — et où en sommes-nous ? Le 3 mai dernier, je suis entrée dans ce bureau de vote et j'ai renversé l'urne parce que les mots polis glissent sur ces messieurs sans les toucher. Il fallait un geste que la presse ne pût pas taire. Vois-tu, une pétition dort dans un tiroir ; une urne à terre fait la une des journaux le lendemain. Toi qui préfères convaincre par la raison, tu me jugeras peut-être imprudente. Mais je crois qu'il faut d'abord rendre visible l'injustice avant d'espérer la corriger. Le scandale n'est pas dans mon geste : il est dans la loi qui m'y contraint.

Une pétition dort dans un tiroir ; une urne à terre fait la une des journaux le lendemain.

On raconte aussi que tu refuses de payer l'impôt, et que jadis tu as saboté ta feuille de recensement. N'est-ce pas te mettre hors la loi ?

Hors la loi ? La loi m'a mise hors de la cité bien avant moi ! Puisque je ne suis pas citoyenne, pourquoi contribuerais-je aux finances d'un État qui me refuse toute voix sur l'emploi de mes deniers ? Nos aïeux ont fait une révolution au cri de « pas d'impôt sans représentation » — je ne fais que retourner leur principe contre eux. Et lors du recensement de 1880, j'ai refusé qu'on me compte : si les femmes n'existent pas pour voter, qu'elles n'existent pas non plus pour gonfler les chiffres de la nation. C'est une désobéissance, oui, mais réfléchie et sans violence. Je force la République à regarder l'absurdité qu'elle a bâtie.

Parlons de ce journal. En 1881 tu as lancé La Citoyenne et tu l'as porté seule dix ans. D'où t'est venu ce titre, si audacieux pour un journal de femmes ?

Ce mot, Maria, je l'ai choisi comme on plante un drapeau. On nous appelle « dames », « épouses », « mères » — jamais citoyennes, car ce titre-là suppose des droits. En le mettant en tête de mon journal chaque semaine, j'affirmais que nous méritions ce statut que la loi nous vole. Dès le premier numéro j'ai écrit que voter, c'est exister politiquement, et que sans le bulletin la femme ne peut peser ni sur la loi qui la régit ni sur l'impôt qu'elle paie. Je rédigeais presque tout : les éditoriaux, les réponses aux railleurs, les nouvelles des féministes d'ailleurs. Ma plume était mon arme quotidienne. Tant que ces messieurs nous refusent l'urne, il nous reste l'encrier.

Tant que ces messieurs nous refusent l'urne, il nous reste l'encrier.

Je t'ai souvent vue à ta table dès l'aube, submergée de courrier. Cette vie de labeur solitaire, ne t'a-t-elle jamais pesé ?

Elle m'a pesé, je ne le nierai pas devant toi qui connais ce fardeau. Mes matinées commençaient avec un monceau de lettres : des parlementaires à relancer, des militantes de province à encourager, des rédacteurs à contredire. Puis venaient les articles, les pétitions, les discours du soir. J'ai réinvesti dans ce journal presque tout ce que je possédais, vivant simplement, sans souci de gastronomie ni de toilette. Il y eut des semaines où je me suis demandé pour qui je criais dans le désert. Mais chaque lettre d'une inconnue qui écrivait « moi aussi je veux voter » me rendait mes forces. On ne dirige pas dix ans un journal par ambition — on le fait par nécessité, parce que le silence serait pire que l'épuisement.

Hubertine Auclert 1910
Hubertine Auclert 1910Wikimedia Commons, Public domain — Agence Rol / Adam Cuerden

Tu te souviens, en 1878, à ce premier Congrès international : tu réclamais le suffrage, et nous fûmes tant à te trouver trop pressée. Regrettes-tu cette solitude d'alors ?

Je me souviens fort bien, Maria — vous étiez nombreux à vouloir l'égalité civile d'abord, le vote « plus tard ». Mais ce « plus tard », vois-tu, dure encore. J'ai déposé ma première pétition à la Chambre dès 1876, avec ma société Le Droit des femmes, et je fus la première à porter cette revendication devant le Parlement, quand tant d'amis la jugeaient scandaleuse. Non, je ne regrette pas cette solitude : quelqu'un devait ouvrir la brèche. Sans le droit de vote, toutes vos réformes civiles restent révocables au caprice des élus. C'est par le bulletin que la femme cessera d'être une mineure éternelle. Le divorce rétabli, l'instruction — bien ! Mais rien ne tient si nous n'avons pas la main sur la loi elle-même.

Sans le droit de vote, toutes les réformes civiles restent révocables au caprice des élus.

Tes adversaires répètent que le suffrage des femmes est une chimère qu'aucun peuple sensé n'adopterait. Que leur réponds-tu, toi qui les affrontes sans relâche ?

Je leur réponds par des faits, car les faits sont têtus. La Nouvelle-Zélande a donné le vote aux femmes en 1893 ; la Finlande l'a fait en 1906. Le ciel ne leur est pas tombé sur la tête, les familles n'y ont pas péri ! Quand un député me sert que la femme n'est pas faite pour la politique, je lui demande pourquoi ces nations, plus jeunes que la nôtre, nous ont devancés sur le chemin de la démocratie. La France se dit patrie des droits de l'homme — quelle honte qu'elle exclue la moitié de la nation de sa représentation ! Dans mon essai Le vote des femmes, j'ai réfuté une à une leurs objections. Il ne leur reste que le préjugé, et le préjugé n'a jamais été un argument.

Tombe de Hubertine Auclert (Père Lachaise) - sculpture
Tombe de Hubertine Auclert (Père Lachaise) - sculptureWikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Maspran

Nous t'avons peu vue entre 1888 et 1892 : tu étais partie pour Alger. Qu'es-tu allée chercher, ou fuir, sur cette autre rive de la Méditerranée ?

J'ai suivi Antonin Lévrier, mon compagnon, nommé là-bas — ce fut une affaire du cœur autant qu'un exil du combat. Mais crois-moi, Maria, on ne cesse jamais d'être ce que l'on est. À Alger, j'ai découvert une condition qui m'a bouleversée : celle des femmes arabes, doublement écrasées. Écrasées comme femmes par les hommes de leur peuple, et écrasées comme colonisées par la France qui se prétend civilisatrice. J'ai vu des fillettes mariées, des épouses réduites à un servage que nos lois, si dures soient-elles, ne connaissent plus. Je ne pouvais me taire. Ces quatre années m'ont appris que l'oppression des femmes prend partout un visage, et qu'aucune frontière ne devrait borner notre indignation.

L'oppression des femmes prend partout un visage, et aucune frontière ne devrait borner notre indignation.

De ce séjour tu as tiré un livre en 1900. N'as-tu pas craint qu'on te reproche de juger les mœurs d'un peuple que tu connaissais depuis peu ?

On me l'a reproché, en effet, et je l'entends. Mais Les femmes arabes en Algérie n'est pas le livre d'une touriste : ce sont quatre années d'observation, de visites, de conversations autant que la barrière de la langue le permettait. Je n'ai pas voulu accabler un peuple ; j'ai voulu dénoncer une injustice que notre République couvre au nom de la colonisation. Car voilà le comble : nous prétendons apporter la civilisation, et nous laissons ces femmes dans un abandon complet, sans école, sans recours. La France ne peut réclamer le progrès pour elle-même et le refuser à celles qu'elle administre. Mon féminisme ne s'arrête pas aux portes de l'Europe — il serait bien peu de chose s'il le faisait.

Une dernière chose, entre nous : quand tu brises une urne ou refuses l'impôt, songes-tu à ce que dira de toi la génération qui vient ?

Je songe surtout à celles qui vivent aujourd'hui, Maria, et qui meurent sans avoir jamais glissé un bulletin dans une urne. Ce que l'on pensera de moi importe peu ; ce qui importe, c'est que la brèche reste ouverte pour la suivante. J'ai fait de mon appartement un quartier général, de ma plume une arme, de mon corps même un étendard quand il l'a fallu devant ce bureau de vote. Si l'on doit se souvenir de quelque chose, que ce soit du principe, non de la personne : une République qui exclut la moitié de ses enfants n'est pas une République achevée. Le reste — l'urne, l'impôt, le scandale — n'est que le bruit qu'il faut faire pour qu'on daigne enfin nous entendre.

Une République qui exclut la moitié de ses enfants n'est pas une République achevée.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Hubertine Auclert's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.