Imaginary interview

Imaginary interview with Ibn Khaldun

by Charactorium · Ibn Khaldun (1332 — 1406) · Philosophy · Sciences · 8 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.
Portrait of Ibn Khaldun
Wikimedia Commons, Public domain — Inconnu

Nous retrouvons Ibn Khaldoun au Caire, dans les dernières années de sa vie, entre deux audiences de la grande mosquée où il exerce la charge de cadi malikite. Le vieux savant accepte de revenir, une dernière fois, sur les cours traversées, les journées de solitude à Qal'at Ibn Salama et l'entretien resté légendaire avec Tamerlan sous les murs de Damas.

Vous avez servi tour à tour les sultans hafsides de Tunis, nasrides de Grenade, mérinides du Maghreb... Comment avez-vous vécu ces changements d'allégeance ?

Je suis né à Tunis en 1332, dans une famille andalouse chassée par la Reconquista, et j'ai grandi dans l'idée que le pouvoir ne dure jamais longtemps entre les mêmes mains. Entré au service du sultan hafside dès 1352, j'ai ensuite gagné l'Andalousie pour la cour de Grenade, où le sultan nasride Mohamed V m'accueillit et où je côtoyai le lettré Ibn al-Khatib. Puis vinrent les Mérinides, les Zianides, des charges reprises et retirées selon les caprices des princes, des emprisonnements aussi. Je n'ai jamais choisi mes maîtres par conviction profonde mais par nécessité de survivre dans ce siècle d'intrigues. Chaque cour m'enseignait la même leçon : un vizir aujourd'hui écouté peut demain croupir en prison. Cette instabilité, loin de m'aigrir, a nourri en moi une question que je n'ai cessé de creuser : pourquoi le pouvoir naît-il, grandit-il, puis s'effondre-t-il toujours ?

Un vizir aujourd'hui écouté peut demain croupir en prison.

Cette instabilité politique a-t-elle nourri votre réflexion sur le pouvoir, ou l'avez-vous vécue comme une simple malchance ?

Je ne saurais dire si le ciel m'a voulu spectateur de tant de chutes pour que j'en tire une leçon, mais c'est ainsi que je l'ai reçu. J'ai vu des dynasties fières s'effriter en une génération, faute de cette asabiyya, cette solidarité qui unit un clan et lui donne la force de conquérir. J'ai vu aussi des princes sédentaires, amollis par le confort des villes, perdre ce que leurs pères nomades avaient gagné par l'épée. Ce n'est pas dans les livres seuls que j'ai appris cela, mais dans les antichambres de Fès et de Tlemcen, où j'ai vu des ministres élevés puis jetés à bas en une saison. Si j'ai pu, plus tard, poser par écrit une science de la société humaine, c'est que j'avais d'abord été, moi-même, un jouet de cette mécanique que je décris.

J'avais été moi-même un jouet de cette mécanique que je décris.

Comment vous est venue l'idée de vous retirer du monde pour rédiger votre grande œuvre ?

En 1375, las des charges et des trahisons de cour, je me suis retiré dans la forteresse berbère de Qal'at Ibn Salama, près de l'actuelle Frenda, en Algérie. Là, loin des vizirs et des sultans, armé seulement de mon calame et de rouleaux de papier, j'ai rédigé la Muqaddima en moins de cinq mois. Les idées me venaient avec une force que je n'avais jamais connue, comme si trente années d'observation politique se déversaient enfin sur la page sans que j'eusse besoin de consulter mille ouvrages. Je n'écrivais pas pour flatter un prince, pour la première fois de ma vie, mais pour comprendre ce que j'avais vu : comment les peuples se lèvent, gouvernent, puis retombent. Cette solitude fut, je crois, le seul don véritable que m'aient fait tant d'années d'instabilité.

Je n'écrivais pas pour flatter un prince, mais pour comprendre ce que j'avais vu.

Que ressentiez-vous, seul dans cette forteresse, loin des palais et des audiences ?

Le silence, d'abord, qui me manquait depuis si longtemps. Mes journées suivaient le rythme des cinq prières, du fajr avant l'aube jusqu'au maghreb qui clôturait le travail d'écriture ; entre les deux, je n'avais pour compagnie que l'encrier de bronze et le papier couvert de ratures. Je pensais souvent à ma vie andalouse, à Grenade, à ce que j'avais appris des poètes et des juristes là-bas, et je laissais ces souvenirs se transformer en méthode. Il m'arrivait de craindre que cette retraite ne fût qu'une fuite, mais l'ouvrage qui grandissait sous ma plume me convainquait chaque jour davantage que Dieu m'avait accordé ce répit pour une raison plus haute que mon simple repos. Je n'ai jamais autant écrit, ni aussi vite, qu'en ces mois de solitude à Qal'at Ibn Salama.

Dieu m'avait accordé ce répit pour une raison plus haute que mon simple repos.

Qu'est-ce que cette asabiyya dont vous faites la clé de toute l'histoire des peuples ?

L'asabiyya, c'est le lien de sang et de solidarité qui fait qu'un clan bédouin se bat comme un seul homme, quand une ville déjà repue de ses richesses ne sait plus se défendre elle-même. J'ai observé, dans le Maghreb comme en Andalousie, que les peuples du désert, les ahl al-badawa, possèdent cette cohésion à l'état brut, tandis que les gens des villes, les ahl al-hadara, l'ont perdue dans le confort. C'est cette force qui permet à une tribu de renverser une dynastie endormie et de fonder la sienne — avant de s'endormir à son tour. Je ne dis pas cela pour flatter les nomades ni blâmer les citadins : c'est une loi que j'ai vue se répéter de Tunis à Fès, aussi sûrement que le soleil se lève. Comprendre l'asabiyya, c'est tenir la clé de tout mon Kitab al-Ibar.

Comprendre l'asabiyya, c'est tenir la clé de tout mon Kitab al-Ibar.

Comment expliquez-vous que les dynasties les plus puissantes s'effondrent en si peu de générations ?

J'ai fini par voir un rythme presque immuable dans la dawla, le règne d'une dynastie : trois générations, guère plus. La première fonde dans la dureté du désert et la force de l'asabiyya ; la seconde hérite du pouvoir mais garde encore le souvenir des privations ; la troisième, née dans la soie et le confort des palais, oublie jusqu'au sens du mot solidarité. J'ai vu cela se vérifier chez les Hafsides de Tunis comme chez les dynasties berbères que j'ai servies. Ce n'est pas la fortune ni la trahison d'un vizir qui abat un empire, c'est cette érosion lente de la cohésion qui l'a fait naître. Voilà pourquoi je place cette loi au cœur de mon Kitab al-Ibar : l'histoire n'est pas un chapelet d'accidents, mais une science que l'on peut, avec patience, apprendre à lire.

Ce n'est pas la trahison d'un vizir qui abat un empire, c'est l'érosion lente de la cohésion qui l'a fait naître.
Bust of Ibn Khaldun (Casbah of Bejaia, Algeria) 1
Bust of Ibn Khaldun (Casbah of Bejaia, Algeria) 1Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Reda Kerbush

Vous définissez l'histoire comme une science à part entière. En quoi cela change-t-il la manière de l'écrire ?

Avant moi, on écrivait l'histoire comme une suite de règnes et de batailles, sans chercher la loi qui les relie. J'ai voulu autre chose. Dans mon Kitab al-Ibar, j'ai posé que « l'histoire est une science qui a pour objet la société humaine, c'est-à-dire la civilisation universelle, et qui a pour but de nous faire connaître les phénomènes sociaux tels que la vie sauvage, la domestication des mœurs, les solidarités de clan et la manière dont un groupe prend le pouvoir sur un autre ». Cela signifie qu'un chroniqueur ne doit plus seulement consigner les dates des batailles, mais comprendre l'umran, cette civilisation humaine sous ses deux formes, nomade et sédentaire. J'ai voulu que la Muqaddima, ce premier volume de mon grand ouvrage achevé en 1377, serve d'instrument à quiconque voudrait lire l'histoire non comme un roman, mais comme on lit le ciel ou la terre — une méthode que j'ai continué d'affiner jusqu'au Caire.

Je voulais qu'on lise l'histoire non comme un roman, mais comme on lit le ciel ou la terre.

Racontez-nous cette descente par les cordes depuis les remparts de Damas assiégée, en 1401.

Damas était cernée par les armées de Tamerlan et je me trouvais du mauvais côté des remparts pour négocier. N'ayant d'autre issue, je me suis fait descendre par des cordes le long de la muraille, comme un marchand de contrebande plutôt que comme un grand cadi d'Égypte. Le camp mongol grouillait de soldats venus de terres que je ne connaissais que par les récits des voyageurs. On m'a conduit devant le conquérant lui-même, un homme dont la réputation de terreur avait traversé toute la Méditerranée avant lui. Je m'attendais à trouver une brute ; j'ai trouvé un esprit d'une curiosité insatiable, qui voulait tout savoir du Maghreb, de ses tribus, de ses routes, de ses richesses. Nous avons parlé ainsi plusieurs semaines, et c'est cette conversation, plus que toute prière, qui m'a valu, in fine, mon sauf-conduit hors des murs assiégés.

Je m'attendais à trouver une brute ; j'ai trouvé un esprit d'une curiosité insatiable.

Que vous demandait Tamerlan lorsqu'il vous interrogeait sur le Maghreb ?

Il voulait tout connaître de cette terre qu'il n'avait jamais foulée, le Maghreb : la disposition des montagnes, la force des tribus berbères, les routes caravanières, la manière dont les dynasties s'y étaient succédé depuis les Almohades. Je lui ai répondu comme j'aurais répondu à un élève appliqué, sans dissimuler mais sans tout révéler non plus, car je gardais en tête que cet homme était un conquérant et non un simple curieux. J'ai retrouvé dans ses questions quelque chose de la logique que j'avais moi-même exposée dans ma Muqaddima : il cherchait à comprendre où résidait l'asabiyya des peuples qu'il pourrait un jour affronter ou soumettre. Étrange sensation que de voir sa propre théorie servir, entre les mains d'un autre, à mesurer la solidité ou la fragilité des royaumes. J'ai consigné cet échange dans mon Al-Ta'rif, tant il m'a semblé mériter d'être conservé pour la postérité.

Étrange sensation que de voir sa propre théorie servir à mesurer la fragilité des royaumes.
Bust of Ibn Khaldun (Casbah of Bejaia, Algeria with pedestal)
Bust of Ibn Khaldun (Casbah of Bejaia, Algeria with pedestal)Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Reda Kerbush

Avez-vous craint pour votre vie face à ce conquérant redouté de tous ?

Je serais menteur si je disais n'avoir ressenti nulle crainte. Tamerlan avait rasé des villes entières, et j'étais seul, sans armée, sans autre protection que ma réputation de savant et la volonté de Dieu. Mais j'avais derrière moi une vie entière passée dans les antichambres des puissants, à Tunis, à Grenade, au Caire, et j'avais appris qu'un homme de savoir peut parfois désarmer un homme d'épée mieux qu'une armée ne le pourrait. Chaque matin de cette négociation, je faisais ma prière comme à l'accoutumée, sur mon tapis de turbah déplié à même le sol du campement, et cette constance me rendait, je crois, une forme de calme que Tamerlan lui-même semblait respecter. Il m'a laissé partir avec mon sauf-conduit, et j'ai regagné Le Caire convaincu que la parole et la patience valent, devant un conquérant, plus que toutes les murailles.

Un homme de savoir peut parfois désarmer un homme d'épée mieux qu'une armée ne le pourrait.

Comment avez-vous vécu la perte de votre épouse et de vos enfants, engloutis en mer en 1384 ?

Ce fut le coup le plus rude de toute mon existence, plus dur que tous les exils et toutes les prisons réunis. Ils venaient me rejoindre au Caire, où je venais tout juste de m'installer après avoir quitté le Maghreb, quand leur navire a sombré en 1384. Je n'ai rien pu faire que pleurer et me tourner vers Dieu, répétant les prières du soir avec une ferveur que le seul chagrin peut donner. J'ai pensé, dans ces jours noirs, abandonner l'enseignement et la charge de cadi que je venais d'obtenir à la madrasa al-Qamhiyya. Mais je me suis souvenu de ce que j'avais moi-même écrit sur la fragilité de toute chose humaine, sur ces cycles où la perte succède toujours à l'abondance, et j'ai compris que me taire aurait été trahir ma propre pensée. J'ai repris la plume et les cours, le cœur lourd, mais la main encore ferme.

Me taire aurait été trahir ma propre pensée. J'ai repris la plume, le cœur lourd, mais la main encore ferme.

Qu'est-ce qui vous a permis de continuer à écrire et à enseigner malgré une telle épreuve ?

La foi, d'abord, et la certitude que le deuil ne dispense de rien envers Dieu ni envers les hommes. Puis le sentiment, obscur mais tenace, que mon œuvre n'était pas encore achevée : le Kitab al-Ibar réclamait d'être poursuivi, complété, corrigé sans relâche, comme si chaque page nouvelle rachetait un peu ce que la mer m'avait pris. J'ai repris mes fonctions de grand cadi malikite, exercées six fois en tout au fil de ma vie au Caire, et j'y ai trouvé une discipline qui structurait mes jours de prière en prière quand tout le reste vacillait. Je n'ai jamais prétendu comprendre pourquoi le sort m'avait ainsi frappé ; j'ai seulement continué, comme le veut la tradition, à croire que la civilisation des hommes, avec ses joies et ses deuils, suit des lois que le savant doit s'efforcer de lire plutôt que de maudire. Voilà, je crois, tout ce que fut ma vie : lire le monde jusqu'au bout, même le cœur brisé.

Lire le monde jusqu'au bout, même le cœur brisé.
See the full profile of Ibn Khaldun

This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Ibn Khaldun's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.