Imaginary interview with Leymah Gbowee
by Charactorium · Leymah Gbowee · Politics · 5 min read

Nous retrouvons Leymah Gbowee à Monrovia, non loin du marché de Vai Town où tout a commencé. Elle porte encore, plié sur une chaise, un de ces T-shirts blancs devenus l'emblème de son mouvement. L'entretien se tient quelques années après Oslo, dans le calme relatif d'un Liberia qui panse ses plaies.
—Comment en êtes-vous venue à vous former à la consolidation de la paix ?
En 2001, j'ai rejoint le WIPNET, le réseau du WANEP consacré aux femmes dans la reconstruction de la paix. Je n'étais pas une diplomate, je n'avais aucun titre. J'étais une mère qui avait vu deux guerres emporter des voisins, des élèves, des cousins. La formation m'a donné un vocabulaire pour ce que je sentais confusément depuis des années : que les femmes, tenues à l'écart des armes, pouvaient devenir une force que les hommes en armes ne savaient pas combattre. J'y ai appris à organiser, à écouter, à tenir un groupe uni malgré la peur. C'est là, pas dans un bureau de gouvernement, que s'est construite la méthode qui allait devenir, deux ans plus tard, le mouvement Mass Action for Peace.
—Que s'est-il passé au moment où vous avez décidé de fonder le mouvement Mass Action for Peace ?
2003. Le LURD avançait sur Monrovia, la ville étouffait, et j'ai compris qu'attendre une invitation officielle à la table des négociations ne servirait à rien. Alors nous avons décidé de nous inviter nous-mêmes, autrement : par le nombre, par la présence quotidienne, par le refus de rentrer chez nous. Ce n'était pas un plan écrit dans un bureau, c'était une décision prise avec les femmes du réseau que je connaissais déjà par le WIPNET. Nous n'avions ni budget, ni protection, ni promesse de succès. Nous avions seulement la certitude que si les hommes ne voulaient pas arrêter la guerre pour leurs propres raisons, ils l'arrêteraient peut-être pour ne plus nous voir assises devant eux, jour après jour.
—Pourquoi avoir choisi le marché de Vai Town comme point de rassemblement ?
Un marché, ce n'est pas un lieu de pouvoir, c'est un lieu où les femmes se croisent déjà tous les jours. À Vai Town, nous nous sommes installées, chrétiennes et musulmanes côte à côte, chacune avec ses objets de prière — chapelet pour les unes, tasbih pour les autres — priant vers des directions différentes mais dans le même silence tendu. Nous portions toutes le même T-shirt blanc, pour qu'on ne puisse pas dire de nous : voilà les chrétiennes, voilà les musulmanes. Il n'y avait plus que des femmes qui voulaient que leurs enfants survivent. C'était révolutionnaire simplement parce que personne n'avait jamais vu ça au Liberia, deux communautés de foi assises ensemble à réclamer la même chose, sans hiérarchie entre elles.
—Comment expliquez-vous que des femmes de religions différentes aient pu s'unir aussi vite dans ce contexte de guerre ?
La guerre ne fait pas de différence entre une balle tirée par un chrétien et une balle tirée par un musulman — pourquoi ferions-nous, nous, cette différence entre nos douleurs ? Sur le marché, une femme priait avec son chapelet pendant que sa voisine récitait avec son tasbih, et personne n'interrompait personne. Nous chantions ensemble aussi, des chants simples, presque enfantins, qui n'appartenaient à aucune Église et à aucune mosquée. Je crois que la peur commune a fait plus pour l'unité que n'importe quel discours que j'aurais pu prononcer. Nous n'avions pas besoin de nous convaincre les unes les autres d'une théologie ; nous avions besoin de rester assises ensemble jusqu'à ce que les hommes nous entendent.
La guerre ne fait pas de différence entre une balle chrétienne et une balle musulmane.
—On raconte que vous vous êtes inspirée d'une pièce grecque ancienne pour organiser une action très particulière. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Oui, Lysistrata — cette comédie où les femmes refusent leurs maris tant que la guerre continue. On me l'avait racontée, et j'ai pensé : pourquoi pas nous ? Alors nous avons appelé les femmes libériennes à faire de même, à refuser leur lit tant que leurs hommes ne cesseraient pas de nourrir cette guerre d'une manière ou d'une autre. Franchement, je ne saurais pas mesurer combien de foyers ont réellement suivi cette consigne. Mais ce n'était pas vraiment le but. Le but, c'était de faire parler de nous au-delà de Monrovia, de faire dire aux journalistes étrangers : que se passe-t-il donc là-bas pour que les femmes en arrivent à ça ? Cela a marché mieux que n'importe quel communiqué officiel n'aurait pu le faire.

—Quel rôle a joué la présence physique, dans les rues et devant le palais présidentiel, dans votre stratégie ?
Un mégaphone et des pancartes peintes à la main, voilà tout notre arsenal. Nous nous postions devant le palais présidentiel de Monrovia, là où Charles Taylor ne pouvait pas ne pas nous voir passer chaque jour. Nos pancartes disaient des choses simples : que les femmes voulaient la paix, que nos enfants n'avaient pas à mourir. Je haranguais la foule au mégaphone, pas pour prononcer de grands discours, mais pour que la fatigue ne disperse pas les femmes avant la fin de la journée. Rester visibles, rester nombreuses, rester devant les yeux du pouvoir : c'était notre seule arme, et elle s'est révélée plus difficile à ignorer que je ne l'aurais cru moi-même au départ.
—Que s'est-il passé lorsque les négociations de paix se sont enlisées à Accra ?
Les délégués discutaient depuis des semaines à Accra, au Ghana, pendant que Monrovia brûlait encore. À un moment, j'ai compris qu'ils négociaient comme s'ils avaient tout le temps du monde, confortablement installés loin du danger. Alors avec les autres femmes, nous avons pris position devant les portes de la salle de conférence et nous avons refusé de les laisser sortir. Ce n'était pas prémédité au sens stratégique du terme, c'était de la colère devenue méthode. Je me souviens d'avoir pensé que si les hommes ne pouvaient pas trouver la paix en discutant, peut-être trouveraient-ils la paix en étant, pour une fois, ceux qu'on empêche de partir plutôt que ceux qu'on empêche d'entrer.

—Vous avez menacé de vous déshabiller devant ces négociateurs. Pourquoi un geste aussi extrême ?
Dans nos traditions ouest-africaines, voir une femme âgée se dévêtir publiquement de colère est considéré comme une malédiction terrible, presque plus redoutée que la violence elle-même. Je le savais, et je l'ai utilisé sans hésiter, parce que les mots seuls ne suffisaient plus. Les délégués sont revenus s'asseoir. Le 18 août 2003, l'Accord de paix global d'Accra a fini par être signé, et Charles Taylor est parti en exil peu après. Je ne prétends pas que ce seul geste a mis fin à la guerre — bien d'autres pressions s'exerçaient en même temps — mais je sais qu'il a débloqué une pièce où plus personne ne bougeait depuis des semaines.
Les mots seuls ne suffisaient plus.
—Que représentait pour vous le fait de recevoir le prix Nobel de la paix à Oslo ?
Oslo, en décembre 2011, c'était un monde loin du marché de Vai Town — le froid, la neige, les habits de cérémonie. Je l'ai reçu aux côtés d'Ellen Johnson Sirleaf, notre présidente, et de Tawakkol Karman, une militante venue du Yémen que je ne connaissais pas avant ce jour mais dont je reconnaissais immédiatement le combat. Dans mon discours, j'ai dit ce que je répète depuis des années : qu'on ne fera jamais une paix durable en laissant les femmes hors des salles où on la négocie. Ce prix ne récompensait pas une personne, il récompensait des milliers de femmes anonymes qui avaient prié, chanté et tenu bon sur un marché de Monrovia sans jamais imaginer qu'on s'en souviendrait à Oslo.
—Qu'espérez-vous transmettre aux jeunes femmes qui grandissent après cette guerre ?
En 2012, j'ai fondé la Gbowee Peace Foundation Africa, avec une idée simple : la paix qu'on a arrachée dans la rue doit maintenant être construite dans les salles de classe. Je pense souvent aux femmes qui, comme moi autrefois, ont dû suivre une formation en travail social pour apprendre à recoudre ce que la guerre avait déchiré chez leurs voisines. La reconstruction ne s'arrête pas à la signature d'un accord ; elle continue dans chaque bourse d'études que nous offrons, dans chaque jeune femme qui apprend qu'elle peut porter la parole d'un pays entier sans avoir besoin d'un uniforme militaire pour se faire entendre. C'est cela, je crois, le vrai prolongement de ce que nous avons commencé sur ce marché.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Leymah Gbowee's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


