Imaginary interview with Loretta Lynn
by Charactorium · Loretta Lynn (1932 — 2022) · Music · Society · 5 min read

Nashville, un après-midi d'automne. Loretta Lynn nous reçoit dans le grand salon de sa propriété du Tennessee, une tasse de café fort à la main, sa vieille guitare posée contre le fauteuil. Derrière le glamour des paillettes, la fille de Butcher Hollo n'a jamais cessé de parler comme les femmes des Appalaches : sans détour.
—Vous souvenez-vous de la maison où vous êtes née ?
Une cabane à Butcher Hollo, dans le Kentucky, sans électricité, sans eau courante, au fond des collines. Mon père descendait à la mine et remontait le soir avec du charbon plein les rides. On n'avait rien, mais je crois qu'on avait tout ce qui compte pour faire une chanson : le froid, la faim, l'amour aussi. Quand j'ai écrit Coal Miner's Daughter en 1970, je n'ai rien inventé, j'ai juste ouvert la porte de cette cabane et laissé les gens entrer. Certains chanteurs cachent d'où ils viennent, moi j'en ai fait mon nom. On dit que la pauvreté, c'est une honte ; moi je dis que c'est une fierté, quand on s'en est sortie sans oublier personne en chemin.
Certains chanteurs cachent d'où ils viennent, moi j'en ai fait mon nom.
—Comment votre toute première chanson est-elle sortie de l'ombre ?
Avec cent dollars et une vieille voiture, voilà comment. En 1960, mon mari Mooney a sorti cent dollars de sa paye pour qu'on enregistre I'm a Honky Tonk Girl. Cent dollars, c'était une fortune pour nous. Ensuite, on n'avait pas de maison de disques, pas de publicité, rien. Alors on a pris la route, station de radio après station de radio, et je frappais à la porte moi-même : « S'il vous plaît, monsieur, passez-la une fois. » Une fois, ça suffisait. Les femmes dans les honky-tonks se reconnaissaient dedans, elles téléphonaient pour la redemander. Voilà comment une gamine des Appalaches est entrée à Nashville : pas par la grande porte, mais par la fenêtre, disque en main.
Voilà comment une gamine des Appalaches est entrée à Nashville : pas par la grande porte, mais par la fenêtre.
—Qu'avez-vous ressenti en passant de cette cabane aux grandes scènes de Nashville ?
C'est un drôle de vertige. Le matin, gamine, je portais des robes usées cousues dans de la toile ; le soir, adulte, j'enfilais des robes paillettées pour monter sur les planches du Ryman Auditorium. Deux mondes dans le même corps. Mais tenez, ma guitare acoustique, celle sur laquelle j'ai appris à douze ans, elle ne changeait pas, elle : le même bois, les mêmes cordes qui pincent les doigts. Entre Butcher Hollo et Nashville, il y a eu la Californie aussi, en 1955, quand la famille est partie chercher du travail. J'ai traîné mes racines partout comme on traîne de la boue sous ses bottes. Sous les paillettes, il y avait toujours la fille du mineur.
Deux mondes dans le même corps.
—Pourquoi avoir chanté des choses que les autres femmes préféraient taire ?
Parce qu'il fallait bien que quelqu'un le fasse. Chez nous, dans les collines, on ne parlait pas de ces choses-là : le mari qui rentre soûl, la main qui se lève, la femme qui encaisse en silence. Moi j'ai décidé de les chanter, qu'on le veuille ou non, parce que c'était la vérité. En 1966, Don't Come Home A'Drinkin' disait tout haut ce refus : si tu rentres l'haleine chargée et l'idée en tête, ne compte pas sur moi. Les hommes de l'industrie faisaient la grimace. Mais dans les cuisines, les femmes hochaient la tête. Je ne me prenais pas pour une révoltée, je racontais juste ce que je voyais autour de ma table.
Je ne me prenais pas pour une révoltée, je racontais juste ce que je voyais autour de ma table.
—Que diriez-vous de la tempête qu'a soulevée « The Pill » ?
Ah, celle-là, elle a fait trembler les murs ! En 1972, j'ai chanté The Pill, une chanson sur la contraception, sur le droit d'une femme de décider combien d'enfants elle voulait porter. Vous auriez vu les prédicateurs devenir tout rouges. Beaucoup de radios ont refusé de la diffuser, purement et simplement. Mais les femmes des Appalaches, celles qui avaient sept, huit, neuf bouches à nourrir avec rien, elles m'ont écrit par centaines pour me remercier. Je ne connaissais pas les grands mots du féminisme, je ne parlais pas dans les colloques. Je disais juste qu'une mère épuisée avait le droit de souffler. Si c'est ça être scandaleuse, alors je l'ai été avec fierté.
Je disais juste qu'une mère épuisée avait le droit de souffler.

—Où trouviez-vous ces histoires que vous mettiez en chanson ?
Autour d'une table, un jeu de cartes entre les mains. Chez nous, les femmes se réunissaient pour jouer aux cartes, et là, à l'abri des maris, les langues se déliaient. On se disait les vraies choses, les peines, les hontes, les petits bonheurs volés. J'écoutais, et le soir, tard, je prenais mon cahier de paroles et je griffonnais tout ça avant que ça s'échappe. Mes chansons ne sont pas nées dans un bureau de Nashville, elles sont nées dans ces conversations murmurées. Une bonne chanson country, ce n'est pas de la poésie savante, c'est le procès-verbal d'une vie ordinaire. J'étais moins une artiste qu'une secrétaire des secrets de mes voisines.
J'étais moins une artiste qu'une secrétaire des secrets de mes voisines.
—Pourquoi avoir tenu à écrire votre autobiographie en 1976 ?
Parce qu'une chanson, c'est trois minutes, et ma vie en demandait davantage. En 1976, j'ai raconté tout dans Coal Miner's Daughter, le livre. Je l'ai dit simplement : je venais d'une famille pauvre, mon père travaillait à la mine, et nous n'avions rien, mais j'avais une voix, et ma voix était ma seule chance de m'échapper. Voilà, c'est toute mon histoire dans une phrase. Le livre a plu, et quatre ans plus tard, en 1980, ils en ont tiré un film avec Sissy Spacek qui me jouait si bien que ça m'a donné des frissons. Voir sa propre enfance projetée sur un écran géant, croyez-moi, ça remue une femme.
Une chanson, c'est trois minutes, et ma vie en demandait davantage.

—Comment restait-on soi-même quand on devient une star de la country ?
En gardant la même assiette, je crois. Même après avoir bâti ma grande propriété dans le Tennessee, je mangeais encore du pain de maïs, des haricots, du porc salé et du thé sucré, la nourriture des Appalaches. En privé, j'ôtais les paillettes pour enfiler un jean, une chemise et mes bottes. Sur scène, au Grand Ole Opry, je brillais ; à la maison, je redevenais Loretta tout court. J'ai gardé une maison au Kentucky, près de mes origines, comme on garde une ancre. Les honneurs, c'est bien joli, mais ça ne vous dit pas qui vous êtes. Ce qui vous le dit, c'est ce que vous mettez dans votre assiette et à qui vous parlez encore.
Les honneurs, c'est bien joli, mais ça ne vous dit pas qui vous êtes.
—Qu'espériez-vous offrir aux femmes qui vous écoutaient ?
Une compagnie, surtout. Je chantais pour les femmes comme moi, celles que personne n'écoute ; je chantais leurs souffrances, leurs rêves, leurs secrets. Quand une femme seule, dans sa cuisine, mettait un 45 tours sur le phonographe et entendait ses propres peines dans ma voix, elle savait qu'elle n'était plus seule. C'est ça que je voulais donner : pas des leçons, pas de la morale, juste le sentiment que quelqu'un, quelque part, comprenait. Les grands journaux parlaient de moi comme d'une rebelle, mais dans les fermes, on m'écoutait comme une amie. Une chanson qui tient compagnie à quelqu'un un soir de solitude, pour moi, ça vaut tous les disques d'or du monde.
Je chantais pour les femmes comme moi, celles que personne n'écoute.
—Regrettez-vous d'avoir été si souvent au cœur de la controverse ?
Regretter ? Jamais de la vie. Chaque fois qu'une radio refusait The Pill ou fronçait les sourcils devant Don't Come Home A'Drinkin', je savais que j'avais touché un nerf, et un nerf qui saute, ça veut dire qu'il était vivant. En 1973, cette même chanson sur l'alcool et les coups m'a valu un Grammy Award, et là, les mêmes qui froncaient les sourcils applaudissaient. Drôle de monde. J'ai appris tôt que la vérité dérange avant de convaincre. Je ne cherchais pas le scandale pour le scandale ; je disais ce qui était, et si ce qui était choquait, c'est que le silence avait trop duré. Une femme des collines qui parle fort, ça a toujours fait peur.
Un nerf qui saute, ça veut dire qu'il était vivant.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Loretta Lynn's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


