Imaginary interview with Lowitja O'Donoghue
by Charactorium · Lowitja O'Donoghue (1932 — 2024) · Politics · Society · 5 min read

Adélaïde, un matin d'hiver austral. Lowitja O'Donoghue nous reçoit dans un salon sobre, ses décorations rangées sans ostentation sur une étagère, une carte jaunie de l'Australie du Sud punaisée près de la fenêtre. La voix est posée, mais chaque phrase pèse le poids de quatre-vingt-dix années de combat.
—Vous souvenez-vous du moment où l'on vous a arrachée à votre mère ?
Je ne m'en souviens pas — et c'est cela, précisément, le crime. J'avais deux ans en 1934 quand on m'a emportée d'Indulkana vers la mission de Colebrook Home. Pendant des années, je n'ai même pas connu le nom de ma mère. On appelait cela de la bienveillance, du progrès, de l'assimilation ; moi j'appelle cela une politique d'État qui nous a volé notre identité. J'ai mis des décennies avant de pouvoir en parler à voix haute. Quand j'ai enfin témoigné, plus tard, devant ceux qui recueillaient nos histoires, j'ai compris que mon silence avait été une seconde prison. Nous étions des milliers d'enfants ainsi déracinés — les Générations Volées — et il fallait bien qu'une voix parmi elles ose enfin dire le mot exact : ce n'était pas de la charité, c'était un vol.
Pendant des années, je n'ai même pas connu le nom de ma mère.
—Qu'est-ce qui vous a donné le courage de raconter enfin cette blessure en public ?
Le silence protège les bourreaux, jamais les enfants. Quand la commission a rassemblé les récits qui allaient devenir le rapport Bringing Them Home, j'ai su que si moi, qui avais dirigé des institutions et serré des mains de ministres, je me taisais encore, alors les plus humbles n'oseraient jamais. Ce document de près de sept cents pages n'était pas un livre : c'était une digue qui cédait enfin. J'ai raconté la séparation, l'enfance loin des miens, la mission de Colebrook. Je l'ai fait pour que l'on ne puisse plus dire « nous ne savions pas ». La reconnaissance est venue lentement — les excuses officielles du gouvernement n'arriveront qu'en 2008 — mais chaque témoignage était une pierre posée sur ce chemin.
Le silence protège les bourreaux, jamais les enfants.
—Comment devient-on infirmière quand plusieurs hôpitaux vous refusent à cause de votre peau ?
Avec une obstination que l'on m'a beaucoup reprochée. En 1954, je suis devenue l'une des premières femmes aborigènes diplômées infirmière d'Australie, mais avant l'uniforme blanc, il y a eu les portes fermées, les regards, les refus polis qui disaient tous la même chose. J'ai frappé, frappé encore, jusqu'à ce qu'un établissement cède. Cet uniforme, je l'ai porté avec une fierté que peu peuvent imaginer : il représentait deux victoires en une, celle d'une femme et celle de mon peuple. Le métier de soignante m'a enseigné une vérité que je n'ai jamais lâchée — que toute vie humaine a exactement la même valeur. Cette leçon-là est devenue le socle de tout ce pour quoi je me suis ensuite battue.
Cet uniforme représentait deux victoires en une : celle d'une femme et celle de mon peuple.
—En quoi le soin des corps a-t-il nourri votre combat politique ?
On croit que la santé et la politique sont deux mondes ; ce sont les deux bouts de la même corde. Dans les années 1960, à Adélaïde, j'ai développé des services de santé pour les communautés aborigènes qui n'avaient accès à rien. En prenant le pouls d'un enfant mal nourri, on comprend vite que sa fièvre a des causes qui ne s'écrivent pas sur une ordonnance : la pauvreté, le déracinement, le mépris. Le soin m'a appris à écouter avant de juger, à me tenir au chevet plutôt qu'à la tribune. Quand plus tard je consultais les communautés rurales, je faisais le même geste qu'à l'hôpital : écouter, noter fidèlement, rendre compte. La médecine m'a donné ma méthode autant que ma colère.
—Que représentait pour vous cette nomination à la tête de l'ATSIC en 1990 ?
Un honneur, oui, mais surtout un poids. Devenir la première présidente de l'ATSIC, la première femme aborigène à diriger un organe national qui parlait pour nos peuples auprès du gouvernement fédéral, cela fut salué jusqu'à l'étranger comme un symbole. Mais je n'ai jamais oublié une chose : je ne réclamais pas la charité. Nous demandions la justice, la reconnaissance, le droit de décider nous-mêmes de notre avenir en tant que premiers habitants de cette terre. Diriger l'ATSIC entre 1990 et 1996, c'était traduire cette exigence en droits fonciers, en écoles, en dispensaires. Le titre ne m'appartenait pas : on me l'avait remis au nom de tous les Autochtones d'Australie, et je le portais comme on porte un mandat, non comme une couronne.
Nous ne demandions pas la charité, nous demandions la justice.
—Comment porte-t-on la voix de tout un peuple sans la trahir ?
En se souvenant sans cesse que la voix n'est pas la vôtre. Quand je me déplaçais dans les communautés du centre australien, chez les Yankunytjatjara dont je suis issue comme ailleurs, je n'y allais pas pour parler mais pour recueillir. Mes après-midis étaient faits d'audiences, de consultations, de fonctionnaires à convaincre ; mais tout cela ne valait que si, derrière, il y avait la parole exacte d'une grand-mère de désert que je m'étais engagée à répéter fidèlement à Canberra. Le microphone, dans les forums nationaux et internationaux, n'était qu'un relais. Trahir, ce serait lisser leurs mots pour plaire aux puissants. J'ai toujours préféré déplaire en restant juste. Un porte-parole qui s'écoute lui-même a déjà cessé de servir.
Un porte-parole qui s'écoute lui-même a déjà cessé de servir.
—Vous souvenez-vous de ce que vous avez ressenti en portant la flamme olympique à Sydney ?
Un vertige, je l'avoue. En 2000, au Stadium Australia, tenir cette torche devant des milliards de regards, moi l'enfant arrachée à sa mère, moi la petite fille de la mission — il y avait dans ce contraste quelque chose qui dépassait ma propre vie. Ce feu n'était pas un exploit sportif ; c'était un geste tendu vers la nation entière, une main offerte entre l'Australie autochtone et l'Australie contemporaine. J'ai pensé, en courant, à tous ceux qui n'avaient jamais été comptés, jamais reconnus. La flamme éclairait, pour un instant, une réconciliation encore à construire. Mais un symbole ne suffit pas : une torche brûle et s'éteint, tandis que la justice, elle, doit durer.
Une torche brûle et s'éteint, tandis que la justice doit durer.
—Pensez-vous que ces grands gestes symboliques changent réellement les choses ?
Ils ouvrent des portes, ils ne les franchissent pas à notre place. La réconciliation n'est pas un cadeau qu'un gouvernement peut nous accorder d'en haut ; elle se bâtit jour après jour, entre les gens, par la vérité, par l'écoute, par un engagement partagé. Une flamme à Sydney, une flamme portée, une poignée de main sur une estrade — tout cela émeut, et il faut de l'émotion pour ébranler les cœurs. Mais le lendemain matin, il reste des enfants sans eau potable, des terres à rendre, des excuses à prononcer. J'ai siégé au Conseil de la réconciliation dès sa naissance en 1991 précisément parce que je me méfiais des symboles sans lendemain. Le symbole allume ; c'est le travail patient qui entretient le feu.
Le symbole allume ; c'est le travail patient qui entretient le feu.
—Que signifiait, pour vous, la doctrine de la terra nullius que la justice a fini par renverser ?
Deux mots latins pour une immense violence : terra nullius, « terre de personne ». Comme si nos ancêtres n'avaient pas foulé ce sol pendant des dizaines de milliers d'années. On effaçait notre présence d'un trait de plume juridique afin de justifier la prise de nos terres. L'arrêt Mabo, en 1992, a enfin brisé ce mensonge en reconnaissant le Native Title, notre droit coutumier sur les terres ancestrales. Je n'oublierai jamais ce que cela signifiait : que la loi cessait de nous déclarer invisibles. Moi qui garde toujours près de moi les cartes de la région d'Indulkana, je sais qu'une terre porte des noms, des chants, des morts. Nier cela, c'était nier des êtres humains.
On effaçait notre présence d'un trait de plume juridique.
—À quatre-vingt-dix ans, pourquoi avoir tenu à défendre ce référendum de la Voice to Parliament ?
Parce qu'on ne dépose pas les armes quand la ligne d'arrivée est en vue. En 2023, soutenir la Voice to Parliament, cette proposition d'inscrire une voix autochtone consultative dans la Constitution, c'était le prolongement naturel de toute ma vie : depuis le référendum de 1967 qui nous fit enfin compter dans le recensement, jusqu'à l'ATSIC, il s'est toujours agi d'une même chose — être entendus dans les lieux où l'on décide de nous. Le résultat fut négatif, et cela m'a peinée profondément. Mais un peuple qui a survécu à l'assimilation et aux Générations Volées ne mesure pas la justice à la durée d'un seul scrutin. J'ai voulu que ma dernière parole publique soit encore un oui à la dignité des miens.
On ne dépose pas les armes quand la ligne d'arrivée est en vue.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Lowitja O'Donoghue's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


