Imaginary interview with Mwana Kupona
by Charactorium · Mwana Kupona (1810 — 1860) · Literature · Spirituality · 6 min read

Le vent de kaskazi tombe sur l'île de Pate ; dans la cour intérieure de sa maison de pierre coraillée, une lampe à huile éclaire les zidaka sculptés. Mwana Kupona, la voix affaiblie mais le regard clair, accepte de raconter — pour la première fois à un étranger — comment elle a fait de sa vie un poème destiné à sa fille.
—Comment vous est venue l'idée de dicter ce poème à votre fille ?
Cela n'est pas venu d'un coup, cela est monté en moi comme la marée monte sur la plage de Pate, lentement, puis tout d'un coup on ne voit plus le sable. Vers 1856, mon corps a commencé à me trahir, et j'ai su que le temps qui me restait se comptait en saisons de mousson, non plus en années. Alors j'ai appelé ma fille, Mwana Hashima, et je lui ai dit que j'avais des vers dans la bouche depuis toujours, et qu'il fallait maintenant qu'ils sortent. Ce n'était pas un adieu au sens où l'on pleure : c'était un bagage que je remplissais pour son voyage, strophe après strophe, comme on remplit une malle avant un départ en dhow.
J'avais des vers dans la bouche depuis toujours, et il fallait qu'ils sortent.
—Que ressentiez-vous en confiant vos derniers mots à Mwana Hashima ?
Une paix étrange, je dois l'avouer, plus grande que la peur. Vers 1858, quand j'ai dicté les cent deux strophes de l'Utendi wa Mwana Kupona, je regardais ma fille répéter chaque vers après moi jusqu'à ce que sa mémoire les tienne aussi fermement que la mienne, et je me disais : voilà, je ne mourrai pas tout entière. Une mère qui a bien parlé ne meurt jamais tout à fait, elle reste dans la bouche de celle qui l'a écoutée. J'avais peur, avant, de disparaître comme disparaît le sillage d'un boutre sur l'eau. Après avoir dicté ce poème, cette peur-là s'est éteinte comme une lampe qu'on souffle doucement, sans violence, parce que la lumière avait déjà été transmise ailleurs.
—Pourquoi avoir choisi la forme de l'utenzi pour vous exprimer ?
Parce qu'une parole sans forme se disperse comme du sable entre les doigts, tandis qu'une parole tenue par le rythme reste. L'utenzi, avec ses strophes de quatre vers et sa rime qui revient comme la vague revient sur le rivage, n'est pas un ornement : c'est un filet qui retient le sens pour qu'il traverse les années sans se déchirer. J'ai appris cette forme en écoutant les femmes de Pate réciter avant moi, et j'ai voulu qu'à mon tour mes mots aient cette solidité-là, qu'ils puissent être portés dans la mémoire d'une fille, puis d'une autre fille, sans qu'un seul vers ne se perde en chemin. La forme, chez nous, n'est pas moins importante que le message qu'elle porte.
—Qu'est-ce qu'être mshairi signifie pour vous ?
C'est porter une responsabilité que peu de gens voient de l'extérieur. Être mshairi sur cette côte, ce n'est pas simplement savoir aligner des mots qui sonnent bien : c'est être celle à qui l'on confie la mémoire d'une communauté entière, ses valeurs, sa manière de tenir une maison, sa foi, sa dignité. Le soir, quand je composais mes vers à la lueur d'une lampe, je pensais aux chants de taarab qui se mêlent à la vie de nos cités, à la façon dont un poème bien tourné peut voyager plus loin qu'un bateau. Une mshairi ne parle pas seulement pour elle-même — elle parle avec la voix de toutes les femmes qui n'ont pas eu l'occasion de coucher leurs pensées en vers.
—Comment votre poème a-t-il voyagé après votre mort, selon ce que vous en espériez ?
Je l'espérais porté de bouche en bouche, comme on se passe un plat entre voisines, et c'est ainsi, je crois, que les choses se sont faites. Ma fille l'a récité, puis d'autres femmes l'ont récité après elle, sur la côte, pendant des décennies, avant qu'une seule main ne songe à le fixer sur le papier. Je n'ai jamais douté que la mémoire des femmes valait bien le kalam et l'encre : nous avons porté des savoirs entiers sans jamais rien écrire, simplement en répétant, en corrigeant, en transmettant avec le soin qu'on met à ne pas laisser tomber un enfant. Que mon poème ait survécu ainsi, de mémoire en mémoire, me semble juste — c'est la façon dont toute vérité importante se transmet chez nous.

—Que pensez-vous de la mise par écrit en ajami de vos paroles ?
C'est un vêtement nouveau pour un corps ancien, et je ne m'en offusque pas. Voir nos mots swahilis se couler dans les lettres arabes, celles-là mêmes que je traçais enfant sur la ubao enduite d'argile blanche, me paraît juste : c'est l'écriture du Livre saint qui vient prêter sa forme à notre langue de tous les jours. Quand un scribe prend le kalam, taille le roseau, trempe la pointe, et fixe mes strophes sur le parchemin, il ne fait que donner un corps plus durable à ce que la voix portait déjà. Le papier est rare et précieux chez nous, on ne le gaspille pas — s'il a été employé pour mes vers, c'est qu'on les a jugés dignes de durer au-delà des voix qui les récitaient.
—Quels conseils donnez-vous à une jeune femme sur la foi ?
Je lui dirais que la prière n'est pas un fardeau qu'on porte, mais un fil qu'on tisse chaque jour, cinq fois, sans relâche, comme on égrène les perles du tasbihi entre ses doigts. Je me lève avant l'aube pour le fajr, et cette habitude n'a rien d'austère : elle donne une forme à la journée entière, une colonne autour de laquelle tout le reste s'organise. J'ai voulu que ma fille comprenne que la piété n'exclut pas la joie — les fêtes du maulidi, avec leurs chants et leurs récitations, montrent bien que l'on peut honorer le Prophète dans l'allégresse. Une femme qui prie avec constance ne se sent jamais seule, même dans la maison la plus silencieuse.
—Comment enseignez-vous la dignité à votre fille au quotidien ?
Par les petites choses répétées, bien plus que par les grands discours. L'après-midi, je m'assieds avec elle et je reprends ses versets coraniques tracés sur la ubao, je corrige sa tenue, sa voix, sa manière de recevoir les femmes qui viennent réciter avec nous. La dignité, pour moi, se loge dans la façon de porter son kanga, dans la propreté de la maison, dans le respect qu'on montre à ceux qui entrent sous notre toit. Je ne sépare jamais l'enseignement religieux de l'enseignement des manières — l'un nourrit l'autre. Une fille qui sait se tenir avec grâce dans sa propre cour saura aussi se tenir avec grâce devant l'adversité, et c'est cela, au fond, que je voulais lui laisser.

—Le mariage occupe une place importante dans votre poème — que vouliez-vous vraiment transmettre ?
On a pu croire que je parlais seulement d'obéissance, mais ce n'est pas tout à fait juste. Je voulais que ma fille sache gouverner sa maison avec autant d'intelligence qu'un marchand gouverne sa cargaison sur un dhow : avec discernement, patience, et une fermeté qui ne se voit pas toujours de l'extérieur. Une épouse n'est pas une ombre dans sa propre demeure, elle en est souvent la véritable gardienne. Ce que je souhaitais surtout, c'est qu'elle garde son estime d'elle-même intacte, même dans les moments difficiles d'un mariage, et qu'elle sache que la douceur n'est pas une faiblesse mais une force qu'on choisit d'exercer. La dignité d'une femme mariée se construit chaque jour, elle ne s'obtient pas une fois pour toutes.
—Décrivez-nous votre île de Pate.
Pate est une cité qui respire au rythme des moussons. Quand souffle le kaskazi, entre novembre et mars, les dhows arrivent chargés de tissus, d'épices, de nouvelles venues d'Arabie et d'Inde ; quand souffle le kusi, en sens inverse, nos marchands repartent. J'ai grandi dans ce va-et-vient, entouré de maisons en pierre coraillée aux portes de teck sculptées, dans une ville où le savoir circulait aussi librement que les marchandises. On y parle de ustaarabu, cette civilisation raffinée des cités côtières qui mêle la langue, la foi et les bonnes manières en un seul tissu. C'est de ce carrefour-là, plus que de n'importe quel maître particulier, que j'ai appris à tenir ma langue et mes vers avec autant de soin qu'on tient un bien précieux.
Pate est une cité qui respire au rythme des moussons.
—Qu'est-ce que Lamu représente pour vous ?
Lamu est comme une sœur de Pate, assez proche pour qu'on y reconnaisse les mêmes voix, assez distincte pour qu'on y entende d'autres accents. J'y ai des parentes, des amies avec qui échanger des strophes, comparer une tournure, discuter d'un vers qui résiste. Cette ville partage avec la mienne le même amour de la poésie récitée, la même ferveur religieuse, la même élégance dans le port du kanga. Quand je pense à la façon dont mes vers pourraient un jour voyager au-delà de ma propre maison, c'est vers Lamu que je les imagine d'abord se rendre, portés par une voisine, une cousine, une voyageuse — avant, peut-être, d'aller encore plus loin le long de cette côte que nous appelons simplement pwani, notre littoral.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Mwana Kupona's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


