Imaginary interview with Naomi Ōsaka
by Charactorium · Naomi Ōsaka (1997 — ?) · Sports · Society · Culture · 5 min read

Un salon feutré d'un hôtel de Melbourne, quelques heures avant l'entraînement. Naomi Ōsaka entre en survêtement, casque autour du cou, une manette de jeu qui dépasse encore de son sac. Elle parle bas, choisit ses mots comme on choisit un placement de balle : sans hâte, avec une précision qui laisse deviner tout ce qu'elle ne dit pas.
—D'où venez-vous, au fond ? Vous êtes née au Japon, avez grandi ailleurs, et concourez sous un drapeau qui n'est pas celui de votre passeport d'enfance…
On me pose souvent la question, et la réponse tient dans mon prénom autant que dans mon nom. Mon père est haïtien-américain, ma mère japonaise ; je suis née à Osaka en 1997, puis, vers mes quatre ans, la famille a traversé l'océan pour la Floride. J'ai grandi entre deux langues, deux cuisines, deux manières de se tenir à table. Quand il a fallu décider, en 2016, sous quel drapeau jouer, j'ai choisi le Japon — pas contre l'Amérique, mais parce que c'est là que dormait la petite fille que j'avais été. Longtemps j'ai cru qu'il fallait trancher, n'appartenir qu'à un seul côté. J'ai fini par comprendre que je pouvais être tout cela ensemble, et que ce n'était pas un déchirement mais une adresse supplémentaire.
J'ai fini par comprendre que je pouvais être tout cela ensemble : non pas un déchirement, mais une adresse supplémentaire.
—Comment aborde-t-on une finale de Grand Chelem à vingt ans, face à l'idole de son enfance ?
Septembre 2018, le stade Arthur-Ashe, vingt mille personnes debout, et de l'autre côté du filet, Serena Williams. Enfant, j'accrochais ses affiches ; jouer contre elle, c'était jouer contre mes propres souvenirs. J'avais préparé un plan très simple : servir fort, rester dans ma bulle, ne pas lever les yeux vers les gradins. Ce qui est étrange, c'est que plus le match tournait en ma faveur, plus j'avais l'impression de commettre une faute de goût, comme si gagner ce soir-là relevait de l'impolitesse. Le tennis vous apprend à frapper la balle sans trembler ; personne ne vous apprend quoi ressentir quand vous battez la femme grâce à qui vous êtes là.
—Cette soirée s'est achevée dans une atmosphère électrique, et vous en larmes. Que reste-t-il de ce moment ?
Les sifflets. Voilà ce que je réentends d'abord. L'arbitre avait sanctionné Serena à plusieurs reprises, le public grondait, et moi, au milieu, je ne comprenais plus si j'avais remporté un titre ou brisé une fête qui ne m'était pas destinée. Sur le podium, j'ai remonté ma casquette sur mes yeux pour dissimuler que je pleurais, et je me suis presque excusée d'avoir gagné. On a vu là une gamine fragile ; je crois surtout que je n'avais pas encore appris à séparer ma victoire du bruit qui l'entourait. C'est ce soir-là, sans le savoir, que quelque chose s'est fêlé en moi — quelque chose dont je ne parlerais tout haut que bien plus tard.
Je ne comprenais plus si j'avais remporté un titre ou brisé une fête qui ne m'était pas destinée.
—En 2020, vous êtes arrivée sur les courts new-yorkais avec sept masques différents. D'où est venue cette idée ?
L'été 2020 était irrespirable, au propre comme au figuré : une pandémie qui vidait les tribunes, et dans les rues américaines la colère après la mort de George Floyd et de Breonna Taylor. On me demandait de jouer comme si de rien n'était. Je ne pouvais pas. Alors j'ai fait imprimer sept masques, un par tour, chacun portant le nom d'une personne noire tuée. Chaque victoire devenait une raison de rester dans le tournoi et de sortir un nom de plus de l'oubli. Ce n'était pas un geste calculé pour faire du bruit ; c'était la seule manière que j'avais trouvée de ne pas me sentir complice du silence. Un bout de tissu sur le visage, et soudain le court devenait autre chose qu'un court.
—À l'issue du tournoi, on vous a interrogée sur le message que vous vouliez faire passer. Qu'avez-vous voulu que les gens retiennent ?
Un journaliste m'a demandé quel message j'espérais transmettre. J'ai renvoyé la question, parce qu'elle contenait déjà sa réponse. Je me souviens d'avoir dit, en substance : « Je voulais que les gens sachent de qui je parlais. Je voulais que ces noms soient entendus. » C'était tout. Je ne prétendais pas réparer le monde depuis un stade de tennis ; je voulais seulement que sept existences cessent d'être des statistiques. La beauté du sport, quand des milliards de regards se posent sur vous, c'est qu'un instant vous détenez leur attention comme on tient une balle de match. J'ai préféré m'en servir pour prononcer des noms plutôt que pour parler de moi.
Je ne prétendais pas réparer le monde depuis un stade ; je voulais que sept existences cessent d'être des statistiques.

—En 2021, vous décidez de ne plus vous présenter aux conférences de presse, puis vous quittez Roland-Garros. Comment en arrive-t-on là ?
La conférence de presse obligatoire, à Paris, est devenue pour moi une salle où l'on vous somme de justifier chaque défaite face à vingt micros, l'estomac encore noué. J'ai annoncé que je ne m'y plierais plus, on m'a infligée une amende, et j'ai compris que le bras de fer allait engloutir le tennis lui-même. Alors je me suis retirée. J'ai écrit, simplement, que « la meilleure chose pour le tournoi, pour les autres joueurs et pour mon bien-être est que je me retire ». Ce n'était pas un caprice de championne. C'était un aveu : je n'avais plus les ressources de faire semblant. Quitter Roland-Garros fut la décision la plus difficile et la plus saine que j'aie prise sur un court.
—Ce retrait a surpris beaucoup de monde. Que se passait-il vraiment derrière la championne au sommet ?
Ce que peu voyaient, c'est que la fissure datait de loin. À la BBC, j'ai fini par le dire tel quel : « Je suis quelqu'un qui souffre de longues périodes de dépression depuis l'US Open 2018. » Depuis cette finale contre Serena, donc — au moment précis où le monde célébrait mon ascension, je descendais quelque part à l'intérieur. On imagine qu'une joueuse classée numéro un est à l'abri de ces marées ; c'est faux. Je porte de grosses lunettes de soleil, je suis introvertie, je ne suis pas douée pour parler de ces choses. Reconnaître publiquement cette part sombre, ce n'était pas m'affaiblir : c'était cesser de mentir aux autres autant qu'à moi-même.
Au moment précis où le monde célébrait mon ascension, je descendais quelque part à l'intérieur.

—Vous avez pris la plume dans le magazine Time. Pourquoi passer par l'écriture plutôt que par une conférence de presse, justement ?
Parce que la page ne m'interrompt pas. Dans mon essai It's O.K. Not to Be O.K., publié dans Time en juillet 2021, j'ai pu poser les mots dans l'ordre où je les pensais, sans le tir croisé des questions. J'y ai écrit une phrase à laquelle je tiens : « Nous demandons aux athlètes de se montrer courageux sur le terrain, mais nous leur interdisons d'admettre qu'ils souffrent en dehors. Je veux changer cela. » Voilà tout mon combat résumé. On nous veut invincibles sous les projecteurs et muets dans les vestiaires. L'écriture m'a offert un endroit où être entière — la joueuse et la jeune femme fatiguée, dans le même paragraphe.
—Cette prise de parole fait-elle partie de votre quotidien, au même titre que l'entraînement ?
Plus qu'on ne le croit. Le soir, en tournoi, quand les bains de glace et la physiothérapie sont derrière moi, je m'accorde des heures calmes : un peu de jeu vidéo, un épisode d'anime, et souvent un carnet. J'y prépare mes prises de parole, je rature, je cherche le mot juste comme je chercherais un angle sur le court. Cette discipline-là ne se voit sur aucun classement WTA, mais elle compte autant que mon service. Car peser mes phrases à l'avance, c'est refuser qu'on parle à ma place. Une championne se construit en frappant des balles ; une femme se construit aussi en apprenant à nommer ce qui la traverse.
Peser mes phrases à l'avance, c'est refuser qu'on parle à ma place.
—En 2021, on vous confie l'allumage de la vasque olympique à Tokyo. Que représente ce geste pour vous ?
Se tenir dans le stade olympique de Tokyo, en juillet 2021, la flamme au bout des bras, devant des milliards de regards — je ne trouve pas encore les mots à la hauteur. Le Japon ne choisit pas au hasard qui embrase sa vasque. En me désignant, moi, l'enfant d'un père haïtien et d'une mère japonaise, mon pays disait quelque chose de lui-même : qu'il pouvait être pluriel sans cesser d'être lui. J'ai monté ces marches en pensant à la petite fille d'Osaka qu'on avait emmenée si loin, et qui revenait, adulte, porter le feu au nom de tous ceux qui ne se sentent d'aucun endroit et, du coup, de partout. Ce soir-là, mon identité multiculturelle n'était plus une question : c'était une lumière.
Porter le feu au nom de tous ceux qui ne se sentent d'aucun endroit et, du coup, de partout.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Naomi Ōsaka's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


