Imaginary interview with Neferure
by Charactorium · Neferure (1500 av. J.-C. — 1500 av. J.-C.) · Politics · 5 min read

Le vent du Nil s'est levé sur les terrasses de Deir el-Bahari, entre les colonnes peintes du temple que sa mère a fait bâtir pour Amon. C'est là, dans la lumière dorée du soir, que Néférourê a consenti à cet entretien, un sistre posé contre son genou et la mèche de jeunesse encore visible sur sa tempe. Elle parle avec la retenue d'une enfant à qui l'on a appris, très tôt, à peser chaque mot devant les dieux.
—Comment décririez-vous les années passées auprès de Senenmout, votre précepteur ?
Je ne me souviens pas d'un temps sans lui. On dit qu'il me portait emmaillotée contre sa poitrine, et qu'il s'est fait tailler dans la pierre pour qu'on n'oublie jamais ce geste — plus de vingt statues, dit-on, dans les temples de Thèbes. Lui, le grand intendant de ma mère, portait aussi le titre de nourricier, un mot que peu d'hommes non royaux ont jamais reçu. Il m'a mise devant les hiéroglyphes avec une palette de scribe, m'a appris les noms des dieux avant que je sache marcher droit dans le palais. Je crois qu'il m'aimait comme on aime ce qu'on a façonné de ses mains. Un roi ne s'attarde pas ainsi sur une enfant ; un intendant, si, quand cette enfant porte l'avenir du trône dans ses langes.
—Que représentent pour vous la mèche de jeunesse et l'uræus que l'on vous voit porter côte à côte ?
Les artisans de Deir el-Bahari m'ont gravée avec les deux à la fois, et cela dit tout de ce que je suis : une tresse d'enfant sur le crâne rasé, et sur le front le cobra d'or dressé, l'uræus, qui ne se pose que sur une tête royale. L'une dit que je joue encore dans les jardins du palais, l'autre que je suis déjà destinée aux dieux. Je n'ai jamais choisi entre les deux — on ne me l'a pas demandé. Ma mère a voulu que les parois du temple me montrent ainsi, mi-enfant mi-princesse, pour que nul ne doute, même en me regardant jouer, que je porte le sang des Deux Terres.
Une tresse d'enfant, et sur le front le cobra d'or qui ne se pose que sur une tête royale.
—Vous souvenez-vous d'un moment précis avec Senenmout qui vous ait particulièrement marquée ?
Il y a ce jour où les sculpteurs sont venus mesurer son visage et le mien pour un nouveau groupe de pierre. Je devais rester immobile, tenue contre lui, et j'ai senti combien ses bras tremblaient de fierté plus que de fatigue. Il murmurait les noms des temples où l'on placerait la statue, comme un père compterait les provinces de son fils. On me dira plus tard que ces images, retrouvées dans plusieurs sanctuaires, ont traversé les siècles mieux que bien des noms de rois. Sur le moment, je ne pensais qu'à ne pas glisser de ses bras devant les artisans. C'est peut-être cela, l'enfance royale : être pesée, mesurée, aimée, tout en même temps.
—Que signifie pour vous porter le titre de Divine Épouse d'Amon ?
On m'a nommée Hémet-Netjer-Imen, l'épouse divine du dieu, quand j'étais encore presque une enfant. Ce n'est pas un ornement qu'on pose comme un collier usekh : c'est une charge. Chaque matin, à Karnak, je dois ouvrir le sanctuaire d'Amon comme on ouvrirait les yeux du dieu lui-même. Ma mère porte la couronne des vivants ; moi je tiens la main du dieu invisible, et cela, dit-on à la cour, renforce l'une par l'autre. Je ne sais pas toujours si l'on m'aime pour moi ou pour ce que je représente devant Amon. Mais je sais que sans ce titre, bien des langues douteraient encore du droit de ma mère à s'asseoir sur le trône.
—Comment se déroule une journée où vous officiez comme Divine Épouse ?
Avant que le soleil ne frappe les pylônes, mes servantes me parent de lin blanc et du collier usekh, puis je gagne le sanctuaire avec les prêtresses. Je porte le sechemet, le sistre au cliquetis d'argent, et je l'agite pour écarter ce qui trouble le dieu pendant son sommeil de pierre. L'après-midi, je retourne près de Senenmout pour mes leçons ; le soir, je verse les libations aux banquets de ma mère, avant les lectures de textes sacrés à la lueur des lampes d'huile de ricin. Ce sont des journées pleines, réglées comme une procession, où l'enfant que je suis encore doit marcher au même pas que la prêtresse que l'on attend de moi.
—On raconte qu'une inscription gravée loin de Thèbes vous donne un titre de reine. Qu'en savez-vous ?
On me l'a rapporté des mines de turquoise de Serabit el-Khadim, dans le Sinaï : les scribes qui accompagnaient l'expédition ont gravé mon nom dans la roche avec le titre de nbt-t3wy, Dame des Deux Terres. C'est un nom que seules les reines portent d'ordinaire, et je ne suis encore ni mariée ni couronnée. Je n'ai pas demandé qu'on le grave ; on l'a fait parce que ma mère a voulu que mon rang ne souffre d'aucun doute, même au bout du désert. Un titre gravé dans la pierre loin du palais pèse plus lourd qu'une parole dite à la cour : la pierre ne ment pas, et elle ne s'efface pas vite.
—Que ressentez-vous à savoir que votre nom a voyagé jusqu'en Nubie ?
On m'a parlé d'une stèle dressée à Bouhen, bien au-delà de la première cataracte, où des soldats et des scribes gardent la frontière du sud. Mon nom y figure avec mes titres, comme si l'on voulait que même les confins de l'empire sachent qui je suis avant de me connaître. Je n'ai jamais vu ce pays de mes yeux, ni ses forteresses de brique. Mais savoir que des hommes que je ne rencontrerai jamais prononcent mon nom en gardant les frontières de ma mère, cela me fait sentir plus grande que mon âge, et plus fragile aussi — car un nom qui voyage si loin ne m'appartient déjà plus tout à fait.
—Quand vous voyez votre image gravée sur les murs du temple de votre mère, que reconnaissez-vous ?
Je me reconnais et je ne me reconnais pas. À Deir el-Bahari, les artisans m'ont peinte aux côtés de ma mère et de Senenmout, participant aux cérémonies avec mes attributs — la mèche, l'uræus, les colliers. C'est une Néférourê plus droite, plus calme que celle qui trébuche parfois sur les dalles du palais royal. Ma mère dit que ces reliefs dureront plus longtemps que nos deux vies réunies, et que c'est bien ainsi : ce que les prêtres liront dans mille ans, ce sera cette image gravée, pas mes rires d'enfant dans les jardins. Je trouve étrange, parfois, de devoir ressembler à ma propre pierre plutôt que la pierre à moi.
Je trouve étrange de devoir ressembler à ma propre pierre plutôt que la pierre à moi.
—On dit que Senenmout perd peu à peu la faveur de la cour. Comment vivez-vous ce changement ?
Je le vois moins souvent près des greniers et des chantiers qu'il dirigeait. Les mauvaises langues du palais murmurent que sa proximité avec moi a toujours été jugée trop grande pour un homme qui n'est pas né du sang royal — les statues elles-mêmes, disent-elles, en disaient déjà trop. Je ne sais pas si c'est ma santé qui l'inquiète, ou les rivalités de cour qui s'aiguisent autour du co-régent Thoutmôsis III. Un intendant si haut placé fait des envieux à mesure que son élève grandit et que son utilité, peut-être, s'amenuise. Je préfère croire qu'il reste, quelque part, l'homme qui me tenait contre lui devant les sculpteurs, plutôt que celui que la cour commence à oublier.
—Pensez-vous parfois à ce que l'avenir vous réserve, entre le trône et le sanctuaire ?
On me destine à de grandes choses sans jamais me dire lesquelles précisément. Dame des Deux Terres dans le Sinaï, Divine Épouse à Karnak, fille d'une pharaonne et demi-sœur d'un co-régent qui grandit vite à mes côtés — je porte plus de titres que d'années. Certains jours j'imagine qu'on me mariera à Thoutmôsis III pour sceller deux lignées en une seule ; d'autres jours je songe seulement à finir mes leçons de hiéroglyphes avant le coucher du soleil. Personne, pas même Senenmout, ne me dit ce qui m'attend au-delà des prochaines cérémonies. Je vis dans le présent que les dieux et ma mère m'ont taillé, en espérant que la pierre gravée à mon nom continue longtemps de parler pour moi.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Neferure's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


