Imaginary interview with Prince Shōtoku
by Charactorium · Prince Shōtoku (574 — 622) · Politics · Spirituality · Culture · 5 min read

L'audience se tient au palais d'Ikaruga, à l'heure où les lampes à huile remplacent la lumière du jour. Le régent reçoit assis près d'un rouleau de sūtra à peine refermé, l'encre encore fraîche sur ses commentaires.
—On raconte que votre naissance même annonçait un destin hors du commun. Que vous a-t-on transmis de ce moment ?
Ma mère, l'impératrice consort, inspectait l'écurie du palais lorsque les douleurs l'ont saisie sans prévenir. Je suis né là, parmi les palefreniers, sans la lenteur ni la souffrance qu'on attend d'un accouchement — et l'on m'a rapporté que j'ai pleuré, puis parlé, presque au même instant. Le Jōgu Shōtoku Hōō Teisetsu consigne ce prodige comme on consigne un présage céleste, non comme un simple fait de cour. Je ne revendique rien de cela pour moi-même ; je le reçois comme un signe que la Loi du Bouddha avait déjà choisi son instrument avant même que je porte un nom.
Je le reçois comme un signe que la Loi du Bouddha avait déjà choisi son instrument.
—Comment expliquez-vous que l'on vous prête le don d'entendre dix suppliants à la fois ?
Les scribes du Nihon Shoki ont écrit que je pouvais recevoir dix requêtes en même temps et répondre à chacune sans en confondre une seule. Je ne discute pas ce que rapportent les chroniqueurs, car ce n'est pas à moi de mesurer ma propre nature. Ce qu'on nomme prodige n'est peut-être que l'écoute véritable, celle que Kannon pratique avec ses mille bras tendus vers toutes les prières du monde à la fois. Un régent qui gouverne au nom de l'impératrice Suiko doit apprendre à ne fermer aucune oreille — les clans de Yamato ne pardonnent pas qu'on néglige leur voix.
—Revenons à l'année 587, avant même votre régence. Que s'est-il passé lors de votre affrontement avec le clan Mononobe ?
J'étais jeune encore quand mon père envoya ses forces contre le clan Mononobe, adversaires acharnés de la Loi nouvelle venue de Baekje. La bataille tournait mal, et j'ai taillé dans le bois d'un pin une image des Quatre Rois Célestes, leur promettant un temple si la victoire nous était donnée. Elle le fut. Cette promesse, je l'ai tenue : c'est ainsi que naquit le Shitennō-ji, à Naniwa, dressé en offrande plutôt qu'en trophée. On dit aujourd'hui que la pratique de graver un vœu sur une tablette votive vient de ce jour-là — je n'ai fait que rendre ce qui m'avait été prêté.
Elle fut donnée à la Loi, non à mon nom.
—En 604, vous promulguez les Dix-sept Articles. Pourquoi l'harmonie devait-elle en être le premier principe ?
J'ai fait inscrire dès le premier article que l'harmonie, le wa, est à chérir, et que la non-opposition doit être honorée — car j'avais vu assez de fonctionnaires servir leur clan avant de servir l'État pour savoir où menait cette discorde. Ce n'était pas une loi au sens où la Chine des Sui l'entendait, mais un kenpō, une règle morale destinée à ceux qui exercent le pouvoir en mon nom et celui de l'impératrice Suiko. Le bouddhisme m'enseignait le détachement, Confucius la mesure du devoir : j'ai voulu que les deux se rejoignent dans le même bureau, sur le même rouleau.
L'harmonie est à chérir, et la non-opposition doit être honorée.
—Vous avez aussi institué douze rangs de cour distingués par la couleur des coiffes. Que cherchiez-vous à briser ?
Avant le kan'i jūnikai, un homme naissait dans son rang et y mourait, quelle que soit sa conduite — le nom du clan, l'uji, décidait de tout. J'ai voulu que le bonnet de soie qu'un dignitaire porte à la cour d'Asuka dise son mérite et non plus seulement son sang. Le pourpre le plus sombre couronnait désormais celui qui avait servi le mieux, non celui né le plus haut. Ce fut un affront pour certains grands uji, je le sais ; mais un État ne se gouverne pas avec des faveurs héréditaires quand il faut répondre, dignement, aux ambassadeurs venus de Chine.

—En 607, votre lettre à l'empereur des Sui aurait provoqué un scandale à sa cour. Que vouliez-vous vraiment lui dire ?
J'ai fait écrire que le fils du ciel du pays où le soleil se lève adressait une lettre au fils du ciel du pays où le soleil se couche. On m'a rapporté que l'empereur Yangdi en fut irrité, y voyant une prétention à l'égalité qu'aucun royaume voisin ne s'était permise. C'était pourtant mon intention exacte : que le Tennō de Yamato ne soit pas reçu comme un tributaire mais comme un souverain céleste à part entière. Le pinceau et l'encre de Chine que j'avais appris à manier me servaient, ce jour-là, à écrire notre dignité plutôt qu'à copier la leur.
Le fils du ciel du pays où le soleil se lève adresse une lettre au fils du ciel du pays où le soleil se couche.
—Ces ambassades vers la Chine, les Kenzuishi, ont-elles changé le visage de votre cour ?
Trois fois j'ai envoyé mes hommes vers le pays des Sui — en 600, en 607, en 608 — et trois fois ils sont revenus chargés de savoir plus que d'or. L'écriture savante, les institutions, jusqu'aux galettes de riz au sésame qu'on sert désormais à ma table d'Ikaruga, tout est venu par ce chemin. Une délégation chinoise est même arrivée chez nous en retour, l'année suivante, et j'ai passé des soirées entières à débattre de doctrine avec des moines lettrés venus de Chine ou de Corée, à la lueur des lampes, jusqu'à ce que la nuit nous rappelle au silence.

—Vous avez rédigé des commentaires sur plusieurs sūtras. Qu'est-ce qui vous attirait tant dans le Sūtra du Lotus ?
Dans mon Hokke Gisho, j'ai tenté d'exposer ce que le Hokkekyō enseigne : que tout être sentant, sans exception, porte en lui la possibilité de l'éveil. J'y ai consacré des nuits entières, le pinceau à la main, à distinguer la vérité conditionnelle — celle qui laisse l'esprit traverser les phénomènes sans s'y attacher, comme le lotus qui pousse dans la boue sans s'en souiller. J'ai fait de même pour le sūtra de la reine Śrīmālā, dont l'éveil, porté par une femme souveraine, me semblait un écho fidèle à la régence que j'exerce moi-même au nom de l'impératrice Suiko.
Le bodhisattva agit dans le monde sans être souillé par lui, comme le lotus qui pousse dans la boue.
—Après votre mort, dit-on, votre culte s'est répandu au point qu'on vous compare à Kannon lui-même. Que pensez-vous de cette vénération à venir ?
Je ne peux parler de ce qui suivra mon dernier souffle, mais si les fidèles voient dans mes commentaires sur les sūtras et dans les temples que j'ai fait bâtir — le Hōryū-ji autant que le Shitennō-ji — le signe d'une nature plus grande que la mienne, je n'ai pas à m'y opposer. On m'a déjà comparé au moine chinois Huisi, comme si mon savoir des textes venait d'une vie antérieure et non de mes seules nuits d'étude. Si un jour l'on me tient pour un avatar de Kannon ou d'Amida, ce sera la Loi du Bouddha qu'on honore à travers moi, non ma personne.
—Le Hōryū-ji, à Ikaruga, semble être le cœur de votre existence quotidienne autant que de votre foi. Pourquoi l'avoir bâti là, si près de votre résidence ?
J'ai voulu que le monastère s'élève dans l'enceinte même de mon domaine d'Ikaruga, afin que la prière et le gouvernement ne soient jamais séparés par la distance. Ses toits de tuiles vernissées, ses jardins de pierre et de mousse, je les traverse chaque matin avant l'aube pour la méditation et la récitation, avant même les ablutions et l'encens devant les statues sacrées. On dira, longtemps après moi, que ces bâtiments de bois de cèdre et de cyprès sont les plus anciens debout dans ce monde ; je préfère qu'on retienne qu'ils ont porté, chaque jour, le son grave d'une cloche de bronze appelant à la Loi plutôt qu'aux armes.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Prince Shōtoku's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


