Imaginary interview

Imaginary interview with Rûmî

by Charactorium · Rûmî (1207 — 1273) · Spirituality · Literature · 5 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.
Portrait of Rûmî
Wikimedia Commons, Public domain — Unknown authorUnknown author

On raconte qu'un voyageur venu d'Occident aurait obtenu, par la grâce d'un disciple, une audience dans la maison de Konya où le maître reçoit chaque après-midi. Le tapis est étendu, le thé refroidit sans qu'on y touche, et c'est Rûmî lui-même, la voix posée, qui ouvre l'entretien avant même la première question.

Vous êtes né loin d'ici, à Balkh. Que reste-t-il en vous de cette terre que vous avez quittée enfant ?

Peu de souvenirs precis, mais une empreinte tenace — l'odeur de la poussière de Balkh, la voix de mon père Baha ad-Din Walad récitant devant ses élèves. J'avais à peine douze ans quand nous avons pris la route, en 1219, sous la menace des cavaliers de Gengis Khan qui déferlaient sur le Khurasan. Ma famille a marché des mois, traversant des terres où plus rien n'était sûr. On ne quitte pas sa maison sans qu'elle continue de vous habiter ; je crois que tout mon Mathnawî porte encore la trace de ce premier arrachement, cette idée que l'âme elle-même est un roseau coupé de sa terre natale, qui gémit de la séparation.

L'âme elle-même est un roseau coupé de sa terre natale.

Comment votre famille a-t-elle fini par s'établir à Konya plutôt qu'ailleurs ?

Nous avons erré longtemps — Bagdad, La Mecque, Damas — avant que le sultan seldjoukide ne nous accueille en terre d'Anatolie, vers 1225. Konya offrait alors ce que Balkh ne pouvait plus donner : la paix des routes et une cour qui honorait les savants. Mon père y a enseigné jusqu'à sa mort, et j'ai hérité de sa chaire à la mosquée. Plus tard, en 1258, les nouvelles de Bagdad conquise et du califat détruit sont arrivées jusqu'à nous ; j'ai compris alors combien Konya avait été un refuge providentiel. Le monde autour de nous se défaisait, et pourtant ici, sous ce même ciel, j'ai pu prêcher, écrire, et fonder ce qui deviendrait l'ordre de mes disciples.

Vous souvenez-vous du jour où vous avez rencontré Chams de Tabriz ?

Un derviche errant s'est arrêté devant moi dans les rues de Konya, en 1244, et m'a posé une question qui a fait vaciller tout ce que je croyais savoir. Je ne me souviens plus des mots exacts, seulement du vertige — comme si quarante années d'étude s'effondraient d'un coup pour laisser place à autre chose, une soif nue. Il s'appelait Shams, et il n'avait ni maison ni disciples, seulement cette présence brûlante. À partir de ce jour, j'ai délaissé mes livres pour rester près de lui, des semaines entières enfermé, à parler, à me taire, à apprendre que la connaissance des savants n'est rien sans l'amour qui la traverse.

Que représentait Chams pour vous, au juste — un maître, un ami ?

Les deux, et davantage — un miroir. Avant lui j'étais un murshid respecté, un homme de chaire et de fatwas ; avec lui, j'ai découvert que le savoir religieux pouvait rester une coquille vide si le cœur ne s'y consume pas. Il me disait, à sa manière rude, que Dieu ne se trouve pas dans les livres mais dans l'instant où l'on cesse de se protéger derrière eux. Nos disciples respectifs le jalousaient, murmuraient contre cette amitié qui bouleversait l'ordre établi de la madrasa. Je m'en moquais. J'avais trouvé, en cet homme sans feu ni lieu, ce que je cherchais depuis Balkh sans le savoir nommer.

Sa disparition, en 1248, a-t-elle réellement transformé votre écriture comme on le dit ?

Elle l'a incendiée. Un soir, Shams est sorti par une porte et n'est jamais revenu — on ne sait s'il fut chassé, ou pire. J'ai cherché sa trace jusqu'à Damas, en vain. C'est de ce vide que sont nées les ghazals du Divan de Shams de Tabriz : je n'écrivais plus pour enseigner, mais parce que le chagrin exigeait une forme. Peu à peu j'ai compris que je ne pleurais pas seulement un homme, mais que je le retrouvais en moi-même — que Shams et moi n'avions peut-être jamais été deux. Depuis, quand je signe un poème de son nom plutôt que du mien, ce n'est pas une pudeur, c'est une vérité.

Le Mathnawî compte plus de vingt-cinq mille vers. Comment est né ce projet immense ?

Mon disciple Husam al-Din m'a supplié, il y a de cela plusieurs années, de laisser une œuvre durable pour ceux qui viendraient après nous, une fois que Shams et moi ne serions plus qu'un souvenir. J'ai commencé à dicter, et les histoires sont venues comme l'eau qui trouve sa pente — la parabole du roseau coupé de son marais, celle du perroquet et du marchand, chacune portant, sous l'écorce du récit, un enseignement caché. Je n'écris pas pour instruire froidement : je raconte pour que le disciple découvre lui-même, au détour d'une image, ce qu'aucune leçon directe ne lui aurait fait comprendre. Six livres déjà, et la source n'est pas tarie.

Pourquoi choisir la parabole plutôt que le traité savant pour transmettre votre pensée ?

Parce qu'un traité s'adresse à la raison, et la raison seule ne mène jamais jusqu'au seuil du divin. Une histoire, elle, entre par le cœur avant que l'esprit n'ait eu le temps de se défendre. Quand je raconte le marchand et son perroquet enfermé, l'auditeur rit d'abord, puis se reconnaît lui-même dans la cage. J'ai été formé à la madrasa, j'ai lu les hadiths et le droit, mais j'ai appris de Shams qu'il fallait aussi savoir se taire, et laisser l'image faire le travail que l'argument ne fait jamais. Le Mathnawî est un océan, m'a-t-on dit un jour ; je préfère croire qu'il est une clé, tout simplement.

Que signifie, pour vous, le rituel du Sema que vos disciples pratiquent ?

Tourner n'est pas danser pour distraire l'œil — c'est imiter, dans le corps, ce que les astres accomplissent depuis toujours autour de leur centre. Le derviche lève une main vers le ciel pour recevoir, l'autre vers la terre pour donner ; il devient un passage. J'ai institué ce mouvement après la disparition de Shams, presque malgré moi, comme si le corps devait continuer ce que les mots n'arrivaient plus à dire. On revêt pour cela la khirqa, la robe ample qui s'ouvre comme une corolle, et l'on tourne jusqu'à ce que le tournant lui-même s'efface devant Celui vers qui l'on tourne.

Le derviche lève une main vers le ciel pour recevoir, l'autre vers la terre pour donner.

Le son du ney accompagne toujours vos cérémonies. Pourquoi cet instrument précisément ?

Parce que le ney est coupé de son roseau natal, comme mon âme fut coupée de Balkh, comme toute âme est coupée du monde d'où elle vient. On le taille, on le perce, et c'est cette blessure même qui lui permet de chanter. Quand le musicien souffle dans le ney lors du Samâ du soir, je n'entends pas une mélodie savante : j'entends une plainte, celle du roseau qui réclame de retourner au marais qui l'a vu naître. Les disciples qui m'écoutent le comprennent souvent avant même que j'aie ouvert la bouche pour l'expliquer — la musique enseigne parfois plus vite que la parole.

À quoi ressemble une journée ordinaire pour vous, entre la prière et l'enseignement ?

Je me lève avant l'aube pour les ablutions et la prière du Fajr, seul d'abord, dans le silence qui précède la ville. Puis vient le temps de la méditation sur mon tapis, avant que la maison ne s'emplisse de disciples venus chercher réponse à leurs tourments. L'après-midi, j'enseigne — on discute du sens caché d'un verset, d'une parabole du Mathnawî qu'on n'a pas su déchiffrer. Le soir enfin, souvent, nous nous réunissons pour le Samâ, et je laisse le corps reprendre ce que la journée d'étude avait mis de côté. Entre ces trois temps, ma vie se répète, mais jamais à l'identique — chaque jour porte sa propre lumière.

Votre table est-elle celle d'un ascète, ou vous accordez-vous quelques plaisirs simples ?

Je ne fais pas vœu de privation excessive, mais je me méfie de tout ce qui alourdit l'âme. Du pain, des légumes, quelques fruits secs, parfois un peu de volaille les jours de fête — voilà l'ordinaire de ma table, et jamais de vin, que notre loi interdit et que le cœur n'a de toute façon pas besoin d'artifice pour s'enflammer. Ma robe de laine grossière, mon turban sans ornement, disent la même chose que mon assiette : le renoncement n'est pas une punition, c'est un allègement. On tourne mieux, la nuit venue, quand on n'a rien traîné derrière soi dans la journée.

See the full profile of Rûmî

This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Rûmî's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.