Imaginary interview with Xiwangmu
by Charactorium · Xiwangmu · Mythology · Spirituality · 8 min read

Le rendez-vous a été fixé au bord du Lac de Jade, sur les flancs du mont Kunlun, à l'heure où la lumière change de couleur sans qu'on sache si c'est l'aube ou le crépuscule. Xiwangmu, Reine-Mère d'Occident, reçoit peu de mortels dans son palais aux toits de turquoise — mais elle a accepté, pour cette fois, de raconter les trois mille ans qui séparent chaque floraison de son verger.
—Comment les premiers hommes qui ont gravé votre nom vous voyaient-ils ?
Avant que l'on ne me pare de jade, j'étais gravée sur une carapace de tortue brûlée. À Anyang, dans les archives de la cour Shang, les devins interrogeaient les os et virent parfois mon nom surgir aux côtés des présages de sécheresse ou de fléau — c'était vers -1300, quand on ne me demandait pas la longévité mais la raison des calamités. Le jiǎgǔwén, cette écriture gravée à même l'os, ne me connaissait pas encore comme reine d'un verger : j'étais une puissance qu'on redoutait plus qu'on ne l'invoquait pour vivre longtemps. Il a fallu bien des siècles pour que cette ombre devienne un trône de jade au sommet du Kunlun. Je ne renie rien de cette première figure — elle est la racine d'où tout le reste, les pêches, le Lac, ma cour d'immortels, a fini par pousser.
—Le Shanhaijing vous décrit avec des dents de tigre et une queue de léopard, présidant aux cinq pénalités. Reconnaissez-vous ce portrait ?
Oui, et je ne m'en offusque pas. Les scribes du Shanhaijing, compilé entre le IVe et le IIe siècle avant notre ère, ont écrit sur moi : « La Reine-Mère d'Occident ressemble à un être humain mais a une queue de léopard et des dents de tigre. Elle est habile au sifflement et ses cheveux sont emmêlés. » Ce portrait n'est pas une insulte, c'est une mémoire honnête : avant d'être une souveraine parée de jade, j'étais une force des confins, aussi indomptée que les montagnes de l'Ouest, du côté du Kunlun, où l'on m'a longtemps située. On disait aussi que je présidais aux calamités célestes et aux cinq pénalités — car qui garde les portes de l'immortalité garde aussi celles de la mort. Les deux visages ne se contredisent pas : on ne peut dispenser la vie éternelle sans avoir d'abord connu, et incarné, ce qui la menace.
On ne peut dispenser la vie éternelle sans avoir d'abord connu ce qui la menace.
—On dit que votre visage a changé au fil des siècles — la déesse féroce serait devenue une souveraine parée de jade. Que s'est-il passé ?
Rien n'a changé en moi — c'est le regard des hommes qui s'est apaisé. Sous les Han, les peintres des tombeaux ont commencé à me représenter trônant, vêtue d'une robe à larges manches ornée de nuages et de phénix, une épingle de jade piquée dans mes cheveux désormais coiffés, non plus emmêlés. Trois oiseaux bleus, les qīngniǎo, sont venus se poser à mes côtés — ce sont eux qui m'apportent ma nourriture et portent mes messages aux mortels, et c'est par leur vol qu'on m'a peu à peu vue comme une messagère de vie plutôt qu'une gardienne de mort. Sur le mont Wudang, des temples entiers me furent dédiés dans cette forme nouvelle. Mais sous le jade, la queue de léopard n'a pas disparu — elle dort, c'est tout, comme dort dans tout être qui donne la vie le souvenir de ce qu'il faut avoir traversé pour la donner.
—Vos oiseaux bleus vous accompagnent depuis toujours. Que vous disent-ils du monde des hommes ?
Les qīngniǎo ne parlent pas comme les hommes parlent — ils reviennent avec une inclinaison d'aile, une direction de vol, et je sais alors où porter mon regard. Ce sont eux qui m'ont annoncé, dit-on, la venue de l'archer Hou Yi, celui qui avait abattu neuf des dix soleils brûlant la Terre et méritait bien qu'on le récompense. Je lui offris l'élixir d'immortalité qu'il rapporta chez lui — et son épouse Chang'e s'en empara avant de s'envoler vers la lune, mais ceci est une autre histoire, la sienne, pas la mienne. Mes trois oiseaux sont nés de ma face ancienne, celle du Shanhaijing, où j'étais entourée de créatures plutôt que de courtisans, loin en amont de mon palais du Kunlun. Ils ont survécu à ma transformation en souveraine de jade, car un messager ne devient jamais obsolète — que l'on soit redoutée ou révérée, il faut toujours quelqu'un pour porter les nouvelles entre les mondes.
—Racontez-nous votre rencontre avec le roi Mu de Zhou au Lac de Jade.
Le roi Mu, souverain des Zhou, était venu de loin jusqu'au Yaochi — le Lac de Jade, sur les flancs du Kunlun — porté par huit chevaux dit-on, mais peu importe la monture : ce qui compte, c'est qu'un homme ait osé franchir la distance entre son monde et le mien. C'était vers -950. Il m'offrit cent pièces de soie blanche, un présent d'une blancheur presque insolente au bord de mes eaux couleur d'émeraude. Le Mu Tianzi zhuan rapporte la scène avec une simplicité que j'aime : nous avons échangé nos dons, puis j'ai chanté pour lui, et il a chanté en retour. Aucun texte sacré, aucune formule d'immortalité cette fois — seulement deux voix, l'une céleste et l'une humaine, qui se répondaient au bord de l'eau. Je n'ai pas oublié ce chant. On ne dispense pas que des pêches, parfois on offre simplement d'écouter.

—Qu'avez-vous chanté ensemble, ce jour-là ?
Je ne peux pas vous rendre la mélodie — les chants des immortels ne se couchent pas sur le papier des hommes — mais je peux vous dire ce qu'ils portaient. J'ai chanté la promesse de revenir, car les rois qui viennent jusqu'à mon lac ne devraient pas repartir comme s'ils avaient rêvé. Le roi Mu a chanté, lui, le désir de son peuple des Zhou de connaître une paix aussi durable que le jade. Puis, avant qu'il ne reparte, j'ai planté des arbres au bord du Yaochi, comme le rapporte le Mu Tianzi zhuan — un geste simple, presque domestique pour une déesse, mais je voulais qu'il reste une trace vivante de ce jour, quelque chose qui pousserait encore quand nos deux voix se seraient tues. Je ne sais pas si ces arbres existent toujours sur les flancs du Kunlun. Je sais qu'ils existaient ce jour-là, et que c'est déjà beaucoup.
—Décrivez-nous votre verger sur le mont Kunlun.
Le pántáo yuán s'étend sur les hauteurs du Kunlun, derrière mon palais de jade aux toits de turquoise, et il n'a rien d'un simple verger : il est disposé en trois rangées selon la puissance de ses fruits. Les pêches de la première rangée donnent trois mille ans de vie ; celles de la deuxième, six mille ; celles de la troisième, la vie sans fin. Les arbres ne fleurissent presque jamais — trois millénaires entre chaque floraison — et mes oiseaux bleus surveillent les branches jour et nuit, car bien des immortels impatients rêveraient de cueillir un fruit avant son heure. Je marche dans ce jardin chaque matin céleste, j'inspecte la croissance millénaire des fruits sacrés comme une jardinière inspecterait ses rangs de blé — sauf que mon blé, lui, ne se récolte qu'une fois tous les trois mille ans, et qu'il ne nourrit jamais la faim, seulement le temps.
—Le grand banquet des pêches n'a lieu que tous les trois mille ans. Que s'y passe-t-il, et que répondîtes-vous à l'empereur Wu qui voulait planter les noyaux ?
Le Pántáo Huì réunit tous les Immortels du panthéon, venus de tous les cieux pour partager les fruits de mon verger — c'est le seul jour où même les plus anciens des shénxiān redeviennent, un instant, des convives émerveillés. Quant à l'Empereur Wu des Han, il vint me trouver bien plus tôt dans sa vie de souverain, vers -110, et je tirai de ma manche une boîte contenant sept pêches de la taille d'un œuf de poule. Il voulut, dans son ambition toute humaine, en conserver les noyaux pour les planter dans son jardin impérial. Je lui répondis, comme le rapporte fidèlement le Han Wudi neizhuan : « ces pêchers ne produisent des fruits que tous les trois mille ans. » Il a compris, je crois, ce jour-là, que certains désirs ne se transplantent pas — on peut manger l'immortalité qu'on m'offre, on ne peut pas en cultiver soi-même la source.
Certains désirs ne se transplantent pas.
—Le Liezi rapporte que vous avez enseigné le Tao à l'Empereur Jaune. Que lui avez-vous transmis ?
L'Empereur Jaune est venu deux fois jusqu'à mon Kunlun, vers -2700 si l'on suit le compte des hommes, longtemps avant que quiconque n'ait entendu parler des Han ou même des Zhou. Le Liezi dit les choses simplement : je lui transmis les enseignements du Dao et les arts de la longévité. Ce que cela signifie concrètement, c'est que je lui appris à distinguer ce qui nourrit le souffle vital de ce qui l'épuise — la respiration juste, la retenue des désirs, la manière dont un souverain doit gouverner son propre corps avant de gouverner un royaume. Il n'est pas devenu xiān, immortel, ce jour-là — cela ne se donne pas en une leçon — mais il a emporté avec lui la première graine de tout ce que la Chine appellera plus tard le taoïsme. Je n'enseigne jamais deux fois la même leçon de la même façon. À lui, j'ai parlé en empereur ; à d'autres, je parle autrement.
—Des siècles plus tard, l'Empereur Wu des Han reçut aussi votre visite. Pourquoi lui, et pourquoi cette fois-là ?
Parce qu'il me cherchait, et que je réponds rarement à ceux qui ne cherchent pas vraiment. Les Han avaient déjà, depuis le règne de Qin Shi Huang, cette soif particulière des souverains chinois pour l'immortalité, et l'Empereur Wu l'avait portée plus loin que quiconque, s'entourant de fāngshì, ces maîtres des techniques divinatoires et alchimiques, pour tenter de percer mes secrets. Je suis venue à lui, comme le raconte le Han Wudi neizhuan, non parce qu'il le méritait par sa puissance, mais parce que sa quête avait une sincérité que je reconnais chez peu d'empereurs. Je lui ai révélé une part des secrets de la longévité et je lui ai offert mes pêches célestes. Ce n'était pas un couronnement politique, quoi qu'en aient pensé ses conseillers ensuite — c'était une leçon adressée à un homme qui, pour une fois, avait posé la bonne question avant de réclamer la bonne réponse.
—Qu'est-ce que l'immortalité, pour vous qui la dispensez sans jamais la connaître comme un manque ?
Le philosophe Zhuangzi a écrit de moi une chose que je trouve plus juste que tous les portraits qu'on m'a faits : que j'ai obtenu le Dao et me suis installée à Shao Guang, et que personne ne connaît mon commencement, personne ne connaît ma fin. C'est exactement cela, l'immortalité — non pas vivre sans limite, mais vivre sans bord visible, comme le Lac de Jade dont on ne voit jamais tout à fait le fond. Le soir, dans mon palais au bord du Yaochi, je joue du qin pour mes fées et mes musiciens célestes, et je ne mange que la rosée du matin, mes pêches, et un peu de cinabre — jamais la nourriture des hommes, qui appartient au temps qui passe. Je ne connais pas le manque, c'est vrai. Mais je connais le devoir de le comprendre chez ceux qui viennent me le demander, sept pêches à la fois, un chant à la fois. C'est peut-être cela, finalement, ma véritable fonction.
Non pas vivre sans limite, mais vivre sans bord visible.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Xiwangmu's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


