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La sufra du majlis (le tapis du banquet abbasside)
À Bagdad, au temps d'Abû Nouwâs, on ne sert pas un repas en plat unique : on déploie la sufra, la nappe de cuir ou d'étoffe au sol, et l'on y pose ensemble les mets — ragoûts aigres-doux, condiments fermentés, pains de froment, fruits et douceurs. Le festin se prolonge dans le majlis, le salon de cour, où circulent la coupe de nabîdh, la musique du luth et la poésie improvisée. On ne distingue pas entrée-plat-dessert : le sucré côtoie l'acide, le salé voisine le confit, et chacun pioche selon son humeur entre deux vers déclamés.
Signature : Le murri (condiment fermenté de Bagdad)
Sauce sombre et puissante issue de la longue fermentation de l'orge (parfois additionnée de farine moisie et de sel), le murri est l'âme umami de la cuisine abbasside — l'équivalent oriental du garum romain ou de la sauce de soja. Une goutte transforme un ragoût fade en mets de cour. Il revient dans presque tous les livres de cuisine du IXe siècle et signe le goût de l'époque d'Abû Nouwâs.

Aboû Nouwâs à table

756 — 814

5 recettes d’époque