Djalâl ad-Dîn Rûmî(1207 — 1273)

Djalâl ad-Dîn Rûmî

8 min de lecture

LettresPhilosophieMoyen ÂgeMoyen Âge oriental — XIIIe siècle, apogée de la civilisation islamique et essor du soufisme

Poète et mystique persan du XIIIe siècle, fondateur de l'ordre des derviches tourneurs. Son œuvre majeure, le Masnavi, est un monument de la littérature soufie. Il vécut principalement à Konya, en Anatolie seldjoukide.

Questions fréquentes

Rûmî est un poète et mystique persan du XIIIe siècle, né à Balkh et mort à Konya. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a fondé l'ordre des derviches tourneurs et composé le Masnavi-ye Ma'navi, un poème de près de 25 000 distiques souvent appelé « le Coran persan ». Son importance tient à ce qu'il a mêlé amour humain et amour divin dans une poésie qui traverse les siècles et les cultures.

Citations célèbres

« Viens, viens, qui que tu sois, viens. Que tu sois infidèle, idolâtre ou adorateur du feu, viens. »
« Les mots sont le voile sur le visage de l'Aimé. »

Faits marquants

  • Né en 1207 à Balkh (actuel Afghanistan), dans une famille de théologiens
  • Rencontre en 1244 le mystique Shams de Tabriz, qui transforme radicalement sa vie spirituelle
  • Compose le Masnavi, poème mystique de plus de 25 000 distiques, vers 1258-1273
  • Fonde l'ordre des Mevlevis, dit des derviches tourneurs, à Konya
  • Mort en 1273 à Konya ; son mausolée est toujours un lieu de pèlerinage

Œuvres & réalisations

Masnavi-ye Ma'navi (Les Couplets spirituels) (vers 1258–1273)

Chef-d'œuvre absolu de Rûmî, ce poème en six livres totalisant près de 25 000 distiques en persan constitue l'un des monuments de la littérature mystique mondiale. Surnommé 'le Coran persan', il mêle récits, paraboles et méditations théologiques.

Divan-e Shams-e Tabrizi (Divan de Shams) (vers 1245–1260)

Vaste recueil de quelque 40 000 vers lyriques (ghazals et rubâ'iyât) composés en hommage à son ami disparu Shams de Tabriz. C'est l'expression la plus intense de son mysticisme amoureux, où l'amour divin et l'amour humain se confondent.

Fîhi mâ fîhi (Il y a là-dedans ce qu'il y a là-dedans) (vers 1240–1260)

Recueil de discours en prose, transcrits par ses disciples lors de ses entretiens spirituels. Ce texte offre une introduction précieuse à sa pensée mystique dans un langage plus accessible que la poésie.

Majâlis-e Sab'a (Les Sept Séances) (XIIIe siècle)

Recueil de sept sermons prononcés par Rûmî devant ses disciples, illustrant son art de l'enseignement oral mêlant exégèse coranique et anecdotes édifiantes.

Maktubat (Lettres) (XIIIe siècle)

Corpus de lettres adressées à des notables, disciples et amis, révélant l'homme de réseau et le guide spirituel attentif aux destinées individuelles au-delà de sa stature de grand poète.

Anecdotes

La rencontre entre Rûmî et le mystérieux derviche Shams de Tabriz en 1244 à Konya fut un bouleversement absolu dans la vie du poète. Selon la tradition, Shams lui posa une question si profonde que Rûmî en tomba de son cheval, frappé de stupeur. Cette amitié mystique intense transforma le savant rigoureux en poète enflammé.

Lorsque Shams de Tabriz disparut pour la seconde fois vers 1248, Rûmî fut consumé par une douleur telle qu'il se mit à tourner sur lui-même dans les rues de Konya, les bras écartés, en signe de deuil et d'extase spirituelle. Ce geste rituel est à l'origine de la danse des derviches tourneurs, le samâ'.

Rûmî dicta la quasi-totalité de son chef-d'œuvre, le Masnavi, à son disciple Husam Chalabi. Ce dernier, voyant les premières strophes sur un bout de papier, supplia le maître de continuer ; Rûmî lui remit alors le carnet et lui dit : 'C'est toi qui dicteras le rythme.' Les six volumes furent ainsi composés sur près de quinze ans.

À la mort de Rûmî en décembre 1273 à Konya, des milliers de fidèles vinrent pleurer à ses funérailles — chrétiens, juifs et musulmans confondus. On rapporte qu'il avait lui-même décrit sa mort comme ses 'noces avec l'Éternel', appelant ce jour le Shab-e Arûs, la 'Nuit des noces', anniversaire encore célébré chaque année.

Rûmî avait étudié toute sa jeunesse les sciences islamiques traditionnelles et était un juriste renommé avant sa rencontre avec Shams. Ses élèves furent d'abord choqués de voir leur maître délaisser les leçons de droit pour la poésie et la musique. Il leur répondit qu'il avait trouvé quelque chose de plus profond que tous les livres réunis.

Sources primaires

Le Masnavi-ye Ma'navi (Les Couplets spirituels) (vers 1258–1273)
Écoute le ney, cette flûte de roseau, comme elle conte les séparations : 'Depuis que l'on m'a coupé de ma roselière, hommes et femmes ont gémi à mon chant.'
Le Divan-e Shams-e Tabrizi (Divan de Shams de Tabriz) (vers 1245–1260)
Je suis l'esclave de celui dont le cœur et l'âme sont en éveil, non de celui qui dort même lorsqu'il parle de la connaissance.
Fîhi mâ fîhi (Il y a là-dedans ce qu'il y a là-dedans) (vers 1240–1260)
Le Prophète a dit : 'Meurs avant de mourir.' Cherche donc à mourir avant de mourir, afin de n'avoir pas à craindre la mort une fois qu'elle viendra.
Maktubat (Lettres) (XIIIe siècle)
Mon âme est pareille à un miroir : si tu la regardes, c'est Dieu que tu y verras ; si tu regardes Dieu, c'est toi que tu y trouveras.

Lieux clés

Balkh (actuel Afghanistan)

Ville natale de Rûmî en 1207, alors grand centre de culture islamique avant sa destruction par les Mongols. C'est là que son père était un théologien respecté et que commença l'éducation spirituelle de Rûmî.

Konya (Turquie)

Capitale du Sultanat seldjoukide de Rûm où Rûmî vécut la majeure partie de sa vie adulte. C'est là qu'il enseigna, composa ses œuvres majeures, rencontra Shams de Tabriz et fonda la confrérie Mevlevi.

Mausolée de Rûmî (Türbe, Konya)

Lieu de sépulture de Rûmî, devenu le centre spirituel mondial de l'ordre Mevlevi et l'un des sites de pèlerinage les plus visités du monde islamique. La coupole verte est un symbole iconique de Konya.

Nishapur (Iran)

Grande ville de Perse où la famille de Rûmî fit escale lors de son exil depuis Balkh. C'est là que le jeune Rûmî aurait rencontré le poète Farid ad-Din Attar, qui lui remit symboliquement son livre Asrârnâme.

Bagdad (Irak)

Capitale intellectuelle du monde islamique où Rûmî étudia pendant plusieurs années. Sa destruction par les Mongols en 1258 constitua un traumatisme civilisationnel dont Rûmî fut le contemporain.

Voir aussi