Al-Hakim bi-Amr Allah(985 — 1021)
Al-Hakim bi-Amr Allah
Califat fatimide
8 min de lecture
Sixième calife fatimide d'Égypte (996-1021), Al-Hakim est une figure controversée connue pour ses décrets imprévisibles et sa politique religieuse intransigeante. Il est vénéré comme une manifestation divine par la religion druze, née pendant son règne.
Questions fréquentes
Faits marquants
- Devient calife à 11 ans en 996 après la mort de son père al-Aziz
- Fonde la Dar al-Hikmah (Maison de la Sagesse) au Caire en 1004, centre intellectuel et religieux
- Ordonne la destruction de l'église du Saint-Sépulcre à Jérusalem en 1009
- La religion druze naît en 1017 autour de sa personne, le vénérant comme manifestation divine
- Disparaît mystérieusement en 1021, probablement assassiné
Œuvres & réalisations
Bibliothèque et académie ouverte à tous, dotée de dizaines de milliers de manuscrits en astronomie, médecine, philosophie et théologie ismaélienne. Le Dar al-Ilm fut l'un des grands centres intellectuels du monde médiéval, rival symbolique de la bibliothèque d'Alexandrie.
Commencée par son père, Al-Hakim acheva cette vaste mosquée au Caire qui porte son nom. Monument majeur de l'architecture fatimide, elle fut utilisée tour à tour comme mosquée, prison de croisés, écurie, entrepôt et musée, avant d'être restaurée au XXe siècle.
Tout au long de son règne, Al-Hakim émit des centaines de décrets sur la vie quotidienne, le commerce, la religion et les mœurs. Bien que souvent jugés contradictoires et imprévisibles, ils témoignent d'une volonté de contrôle total de la société et d'une conception radicale de l'autorité califale.
Sans être écrits par Al-Hakim lui-même, ces textes fondateurs de la religion druze furent rédigés en son nom par Hamza ibn Ali et ses compagnons. Ils constituent le corpus sacré d'une religion née de son règne et de sa disparition mystérieuse, toujours vivante aujourd'hui avec environ un million de fidèles.
Al-Hakim fit ériger un observatoire sur les collines du Muqattam pour y conduire des observations des astres. Cet intérêt pour l'astronomie, lié au calcul du calendrier religieux et à l'astrologie, s'inscrivait dans la grande tradition savante ismaélienne.
Anecdotes
Al-Hakim avait l'habitude de parcourir les rues du Caire la nuit, seul sur son âne gris, pour surveiller l'application de ses décrets et rendre la justice directement aux habitants. Ces rondes nocturnes lui conféraient une réputation d'omniscience qui fascinait ses sujets et terrifiait ses fonctionnaires corrompus.
En 1009, Al-Hakim ordonna la destruction de l'église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, l'un des sanctuaires les plus vénérés de la chrétienté. Ce geste radical provoqua un traumatisme durable en Europe et fut l'une des justifications invoquées un siècle plus tard pour lancer la Première Croisade.
Le calife prit des décrets d'une bizarrerie déroutante : il interdit la vente de certains légumes comme la mlukhiyya, ordonna que les cordonniers ne fabriquent plus de chaussures pour femmes afin de les contraindre à rester chez elles, puis annula lui-même certains de ces édits quelques années après. Les historiens débattent encore s'il s'agissait de politique religieuse rigoriste ou d'une instabilité mentale réelle.
En 1004-1005, Al-Hakim fonda le Dar al-Ilm (la Maison du Savoir) au Caire, une institution ouverte à tous les savants qui mettait à disposition des dizaines de milliers de manuscrits en astronomie, médecine, philosophie et théologie ismaélienne. C'était un geste de mécénat intellectuel sans précédent, qui rivalisait un temps avec la mémoire de la grande Bibliothèque d'Alexandrie.
En février 1021, Al-Hakim disparut mystérieusement lors d'une de ses promenades nocturnes dans les collines du Muqattam. Son âne fut retrouvé taché de sang, mais aucun corps ne fut jamais découvert. Pour ses partisans qui fondèrent la religion druze, cette disparition n'est pas une mort : c'est une 'occultation' divine, et Al-Hakim reviendra à la fin des temps pour instaurer un règne de justice.
Sources primaires
Il chevauchait son âne dans les rues et les marchés, de nuit comme de jour, observant l'état de ses sujets, punissant les injustes et récompensant les vertueux de sa propre main.
Al-Hakim ordonna la destruction de l'église du Saint-Sépulcre et de toutes les croix qui se trouvaient dans son royaume, et de nombreuses églises furent rasées en Égypte et en Syrie.
Notre seigneur, qu'il soit glorifié, est le Créateur de tout ce qui est, le Premier et le Dernier, le Manifeste et le Caché. Quiconque Le reconnaît en al-Hakim a atteint la vérité suprême.
Parmi les édifices qu'il fit ériger, la mosquée dite al-Hakim, commencée par son père al-Aziz et achevée en l'an 393 de l'hégire, qui reste l'un des monuments les plus remarquables du Caire.
Lieux clés
Capitale du califat fatimide et lieu de naissance et de règne d'Al-Hakim, al-Qahira était l'une des villes les plus peuplées du monde au tournant du XIe siècle. C'est là qu'Al-Hakim gouverna, fonda le Dar al-Ilm et fit achever sa grande mosquée.
Commencée par son père al-Aziz et achevée par Al-Hakim en 1013, cette imposante mosquée porte son nom et domine le quartier al-Jammaliyya. Elle est aujourd'hui l'un des plus anciens monuments de l'architecture fatimide encore debout.
C'est dans ces collines désertiques qui dominent Le Caire qu'Al-Hakim disparut mystérieusement en février 1021. Lieu de ses promenades nocturnes solitaires, le Muqattam est devenu dans la tradition druze un espace chargé de signification spirituelle.
Al-Hakim ordonna en 1009 la destruction de l'église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, l'un des actes les plus controversés de son règne. Cette ville sainte pour les trois monothéismes était sous contrôle fatimide et le lieu de multiples tensions religieuses.
Institution fondée par Al-Hakim en 1004-1005, le Dar al-Ilm était une bibliothèque-académie ouverte à tous, dotée de dizaines de milliers de manuscrits et de salles de cours. Elle symbolisait l'ambition intellectuelle du califat fatimide et son ouverture à toutes les branches du savoir.






