Alice Kyteler(1263 — ?)

Alice Kyteler

Irlande

7 min de lecture

SociétéReligieux/seMoyen ÂgeBas Moyen Âge, XIVe siècle — période marquée par la montée de l'Inquisition, les persécutions religieuses et les procès en sorcellerie en Europe occidentale

Dame irlandaise du XIVe siècle, Alice Kyteler fut la première personne officiellement condamnée pour sorcellerie en Irlande en 1324. Accusée d'avoir empoisonné ses maris et de pratiquer des rites hérétiques, elle parvint à fuir avant l'exécution, laissant sa servante Petronilla de Meath être brûlée vive à sa place.

Questions fréquentes

Alice Kyteler était une riche dame de Kilkenny au XIVe siècle, célèbre pour être la première personne officiellement condamnée pour sorcellerie en Irlande en 1324. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle était moins une sorcière qu'une femme d'affaires exceptionnellement prospère, ayant accumulé une fortune grâce à ses quatre mariages avec des membres de la noblesse marchande. Son procès, instigué par l'évêque Richard de Ledrede, révèle comment les accusations de sorcellerie servaient souvent à éliminer des femmes économiquement indépendantes qui menaçaient l'ordre patriarcal.

Faits marquants

  • 1280 (environ) : Naissance d'Alice Kyteler à Kilkenny, en Irlande
  • 1324 : Premier procès officiel pour sorcellerie en Irlande, intenté par l'évêque Richard de Ledrede
  • 1324 : Alice Kyteler est accusée d'avoir empoisonné ses quatre maris successifs par des sortilèges
  • 1324 : Elle s'échappe en Angleterre avant son exécution grâce à ses appuis nobiliaires
  • 1324 : Sa servante Petronilla de Meath est brûlée vive à sa place, première exécution pour sorcellerie en Irlande

Œuvres & réalisations

Constitution d'un réseau commercial et financier à Kilkenny (fin XIIIe – début XIVe siècle)

Alice Kyteler bâtit un empire commercial considérable grâce à ses quatre mariages successifs avec des membres de la noblesse marchande de Kilkenny. Cette réussite économique hors du commun pour une femme de l'époque fut l'une des principales causes de sa mise en accusation.

Résistance juridique aux accusations de l'évêque de Ledrede (1324)

Alice organisa une défense remarquable en mobilisant ses relations dans la noblesse irlandaise, parvenant même à faire emprisonner brièvement son accusateur. Cette résistance montre une femme cultivée, connaissant les rouages juridiques de son temps.

Fuite vers l'Angleterre et disparition (1324)

Sa fuite réussie avant exécution est en elle-même une forme d'action historique : elle est l'une des rares accusées de sorcellerie médiévale à avoir échappé au bûcher, laissant à l'histoire une fin ouverte et énigmatique.

Anecdotes

Alice Kyteler épousa quatre fois et enterra à chaque fois son mari dans des circonstances troubles. Ses beaux-fils, issus des unions précédentes de ses époux, l'accusèrent publiquement en 1324 d'avoir empoisonné leurs pères pour s'emparer de leurs fortunes. Cette accumulation de richesses était en réalité le signe d'une femme d'affaires exceptionnellement habile dans l'Irlande médiévale.

L'évêque de Kilkenny, Richard de Ledrede, fut le principal instigateur du procès contre Alice. Obsédé par la lutte contre l'hérésie, il l'accusa d'avoir renié le Christ, de sacrifier des animaux à un démon nommé Robin Artisson, et de préparer des onguents magiques à l'aide d'ingrédients répugnants. Ces accusations reflétaient les fantasmes inquisitoriaux de l'époque bien plus que la réalité.

Alice Kyteler bénéficiait de puissantes protections au sein de la noblesse anglo-normande irlandaise. Grâce à ses relations, elle parvint à faire emprisonner brièvement l'évêque de Ledrede lui-même, retournant ainsi les accusations contre son persécuteur. Ce bras de fer juridique illustre comment le procès fut autant une lutte de pouvoir politique qu'un véritable procès religieux.

Lorsque sa condamnation devint inévitable, Alice Kyteler s'enfuit en Angleterre et disparut de l'histoire. Sa servante Petronilla de Meath, qui avait avoué sous la torture avoir assisté aux prétendus rituels, fut fouettée publiquement à travers six paroisses avant d'être brûlée vive à Kilkenny le 3 novembre 1324, devenant ainsi la première personne brûlée pour sorcellerie en Irlande.

Le procès de 1324 est considéré par les historiens comme l'un des premiers procès en sorcellerie formellement documentés d'Europe médiévale. Il révèle comment les accusations de sorcellerie servaient souvent à éliminer des femmes économiquement indépendantes et menaçantes pour l'ordre social et patriarcal de l'époque.

Sources primaires

Narratio de Processu contra Aliciam Kyteler (Relation du procès contre Alice Kyteler) (vers 1324-1330)
Elle fut accusée d'avoir renié la foi chrétienne et d'avoir offert des sacrifices d'animaux vivants à un certain démon, Robin fils d'Art, dont elle se déclarait l'épouse, préparant aussi des philtres et des onguents à l'aide de vers, d'herbes répugnantes et d'abominations.
Annales Hiberniae de John Clyn (vers 1349)
En l'an du Seigneur 1324, dame Alice Kyteler de Kilkenny fut condamnée pour hérésie et sorcellerie ; sa servante Petronilla fut brûlée en cette même ville.
Registre de Richard de Ledrede, évêque d'Ossory (1324)
Nous avons ouvert une procédure inquisitoriale contre ladite Alice et ses complices, trouvés coupables d'avoir abandonné la foi de Notre Seigneur Jésus-Christ et d'avoir invoqué des démons.

Lieux clés

Kilkenny, Irlande

Ville natale et lieu de vie d'Alice Kyteler, centre du pouvoir anglo-normand en Irlande médiévale. C'est ici que se tint le procès de 1324, première condamnation pour sorcellerie de l'histoire irlandaise.

Cathédrale Saint-Canice de Kilkenny

Siège de l'évêque Richard de Ledrede, principal instigateur du procès contre Alice. C'est depuis ce centre religieux que fut lancée la procédure inquisitoriale qui allait condamner Alice et sa servante.

Kyteler's Inn, Kilkenny

Maison familiale d'Alice Kyteler, transformée depuis en auberge célèbre portant son nom. Ce bâtiment médiéval, encore debout, est le principal lieu de mémoire lié au personnage.

Angleterre (lieu non précisé)

Refuge vers lequel Alice s'enfuit avant son exécution. Sa destination exacte et sa vie après 1324 restent totalement inconnues, faisant d'elle une figure historique dont la fin demeure un mystère.

Voir aussi