Première star sino-américaine d'Hollywood, Anna May Wong (1905-1961) s'imposa dans le cinéma muet puis parlant malgré le racisme systémique de l'industrie. Elle lutta toute sa carrière contre les stéréotypes et les lois anti-métissage qui lui refusaient les premiers rôles.
Anna May Wong(1904 — 1961)
Anna May Wong
États-Unis
10 min de lecture
Questions fréquentes
Citations célèbres
« Why is it that the screen Chinese is always the villain?»
« I was so tired of the roles I had to play.»
Faits marquants
- 1905 : naissance à Los Angeles dans le quartier chinois
- 1922 : premier grand rôle dans 'The Toll of the Sea', l'un des premiers films en Technicolor
- 1932 : refus du rôle principal de 'The Good Earth' à cause des lois anti-métissage (Hays Code)
- 1951 : première actrice asiatique à avoir sa propre émission de télévision américaine ('The Gallery of Madame Liu-Tsong')
- 2022 : son effigie figure sur le quarter américain, première Américaine d'origine asiatique à y apparaître
Œuvres & réalisations
Premier grand rôle d'Anna May Wong dans l'un des premiers films hollywoodiens en Technicolor. Elle y joue une jeune Chinoise tragiquement abandonnée par son amant américain — rôle de victime déjà emblématique des limites imposées aux actrices asiatiques.
Aux côtés de la superstar Douglas Fairbanks, Wong incarne une esclave mongole dans ce film d'aventures fantastiques à grand spectacle. Son jeu expressif lui vaut une reconnaissance internationale et marque son entrée dans le star-system hollywoodien.
Film britannique dans lequel elle interprète Shosho, une plongeuse de restaurant qui devient danseuse vedette. Considéré comme son meilleur film muet, il lui offrit enfin un rôle complexe et central, loin des stéréotypes hollywoodiens habituels.
Réalisé par Josef von Sternberg avec Marlene Dietrich, ce film est l'un de ses plus grands succès critiques. Wong y joue Hui Fei, une prostituée sino-américaine au destin tragique, dans une performance saluée comme l'une des plus subtiles de sa carrière.
Adaptation d'un roman de Sax Rohmer où Anna May Wong joue la fille du fameux Dr Fu Manchu. Bien que le film perpétue des stéréotypes orientalistes, la performance de Wong domine l'écran et lui vaut une reconnaissance critique aux États-Unis comme en Europe.
Première série télévisée américaine avec une actrice asiatique dans le rôle principal. Wong y joue une galeriste d'art new-yorkaise impliquée dans des aventures d'espionnage — rôle positif et moderne qui représentait une rupture radicale avec les vilaines orientales du grand écran.
Anecdotes
En 1937, alors qu'Hollywood adaptait le roman 'La Terre chinoise' de Pearl Buck, Anna May Wong, actrice sino-américaine la plus célèbre du monde, se vit refuser le rôle principal de O-Lan — une paysanne chinoise. Le studio MGM attribua le rôle à l'actrice autrichienne Luise Rainer grimée en 'yellowface', car les lois anti-métissage interdisaient à une actrice asiatique de jouer des scènes romantiques avec un acteur blanc. Ce refus, l'un des plus humiliants de sa carrière, la marqua profondément.
Son vrai nom était Wong Liu Tsong, qui signifie 'Froide lune de jade' en cantonais. Enfant, elle suivait son père dans sa blanchisserie à Los Angeles et passait ses heures libres à observer les tournages de films dans les rues de son quartier. Elle économisa cinq centimes à la fois pour se payer des places de cinéma, fascinée par cet art nouveau, jusqu'à décrocher ses premiers petits rôles à l'âge de 14 ans.
Lassée du racisme systémique d'Hollywood, Anna May Wong s'installa en Europe en 1928. À Londres et à Berlin, elle joua dans des films ambitieux, fut acclamée par la presse, apprit l'allemand et fréquenta l'élite culturelle européenne, dont Marlene Dietrich avec qui elle tourna 'Shanghai Express' en 1932. Cette période européenne lui offrit une liberté artistique qu'elle n'avait jamais connue en Amérique.
En 1936, elle entreprit un voyage en Chine pour retrouver ses racines. L'accueil fut glacial : la presse chinoise la critiqua violemment pour les rôles de femmes vénales ou de vilaines qu'elle avait tenus à Hollywood, estimant qu'elle donnait une mauvaise image de la Chine. Anna May Wong, étrangère dans son propre pays d'origine, rentra aux États-Unis profondément ébranlée mais déterminée à poursuivre son combat.
En 1951, elle devint la première Américaine d'origine asiatique à tenir le rôle principal d'une série télévisée américaine, 'The Gallery of Madame Liu-Tsong', où elle incarnait une galeriste d'art mêlée à des aventures d'espionnage. C'était une victoire symbolique dans une industrie qui lui avait si longtemps refusé les premiers rôles.
Sources primaires
I am condemned to be tragic, always playing the villainous Oriental woman. I don't want to be the wicked dragon lady forever. There seems to be no way out.
Why is it that the screen Chinese is always the villain? And so crude a villain — murderous, treacherous, a snake in the grass. We are not like that. How should we be, when the Chinese have the richest, the most mellow civilization in the world?
It is a shame that Chinese always have to be the bad man in the movies. I am hoping that someday a picture will be made that will tell the truth about the Chinese.
When I die, my epitaph should be: 'She died as she had always lived — on the wrong side of the camera.'
Lieux clés
Quartier où Anna May Wong naquit et grandit, entre la blanchisserie familiale et les premières équipes de tournage qu'elle observait, fascinée. Cet ancrage dans la communauté sino-américaine forgea son identité et nourrit son combat pour une représentation digne.
Décors de ses triomphes et de ses humiliations, les grands studios hollywoodiens (Paramount, MGM, Universal) furent à la fois le lieu de sa consécration internationale et celui où le racisme institutionnel lui ferma systématiquement les portes des grands rôles.
Ville où Anna May Wong trouva refuge artistique dès 1928. Elle y tourna des films ambitieux comme 'Piccadilly' (1929), fut acclamée par la critique britannique et vécut une liberté créatrice et sociale qu'Hollywood lui refusait.
Au tournant des années 1930, Anna May Wong fréquenta le milieu culturel berlinois en plein effervescence, tourna des films et apprit l'allemand. La ville représentait pour elle l'Europe moderne et cosmopolite, avant que l'arrivée du nazisme ne lui ferme ces portes.
Lors de son voyage en 1936, Anna May Wong visita les grandes villes chinoises en quête de ses racines et pour améliorer son mandarin. L'hostilité de la presse nationaliste chinoise — qui lui reprocha ses rôles hollywoodiens — fut une expérience douloureuse d'un double rejet, ni pleinement américaine ni pleinement chinoise.
Ville où Anna May Wong s'installa dans les dernières années de sa vie et où elle décéda le 3 février 1961. Elle y préparait un retour sur le grand écran dans le film 'Flower Drum Song' lorsqu'elle fut emportée par une crise cardiaque.
Objets typiques

Robe traditionnelle chinoise ajustée, le qipao devint la signature vestimentaire d'Anna May Wong à l'écran comme dans la vie. Elle en fit un symbole de fierté culturelle sino-américaine à une époque où l'identité asiatique était souvent moquée ou caricaturée.
📷 CC0 · Wikimedia Commons ↗
Les premières caméras sur pellicule que la jeune Anna observait dans les rues de Los Angeles dès l'enfance furent pour elle une révélation. Elle apprit à maîtriser ses expressions pour ce regard mécanique qui ne pardonnait rien, développant un jeu d'actrice particulièrement expressif adapté au cinéma muet.

Ces documents régissaient entièrement la vie des actrices sous le studio system américain. Pour Anna May Wong, les contrats contenaient souvent des clauses discriminatoires limitant les types de rôles qu'elle pouvait incarner, reflet institutionnalisé du racisme de l'industrie.

Objet symbolique pour une Américaine de deuxième génération dont la nationalité et l'appartenance furent constamment questionnées. Son passeport lui permit de voyager en Europe et en Chine, mais l'identité qu'il certifiait — américaine — fut toujours niée par Hollywood qui la cantonnait à des rôles d'étrangère.

Paradoxalement, alors qu'Anna May Wong était une vraie actrice asiatique, les studios lui imposaient parfois des maquillages et coiffures accentuant les stéréotypes 'exotiques', pendant que des actrices blanches jouaient des Chinoises en 'yellowface' — maquillage raciste appliqué à des non-Asiatiques pour les faire paraître asiatiques.

Anna May Wong reçut et refusa de nombreux scripts lui proposant des rôles dégradants : servantes soumises, femmes fatales criminelles ou traîtresses. Ces refus, rares à une époque où les actrices avaient peu de pouvoir, témoignent de son intégrité et de sa conscience politique précoce.
Programmes scolaires
Vocabulaire & tags
Vocabulaire clé
Tags
Vie quotidienne
Matin
Dans les années 1930, Anna May Wong se levait tôt pour rejoindre les studios hollywoodiens, où les séances de maquillage et coiffure pouvaient durer deux heures avant le premier plan. Elle prenait soin de maîtriser parfaitement ses textes, consciente qu'en tant qu'actrice asiatique elle n'avait pas le droit à l'erreur sous peine d'être remplacée.
Après-midi
Les après-midi sur le plateau alternaient longues heures d'attente et courtes scènes intenses, sous des projecteurs brûlants. En dehors des tournages, elle prenait des cours de langues — elle parlait anglais, cantonais, mandarin, français et allemand — et recevait des journalistes ou des créateurs de mode qui appréciaient son élégance.
Soir
Figure de la vie mondaine hollywoodienne puis londonnaise, Anna May Wong fréquentait les premières de films, dîners d'artistes et soirées littéraires. À Londres, elle faisait partie du cercle de personnalités cosmopolites gravitant autour du théâtre et du cinéma européen. Elle lisait beaucoup et corresponait régulièrement avec sa famille restée à Los Angeles.
Alimentation
Issue d'une famille cantonaise, Anna May Wong avait grandi avec la cuisine traditionnelle de Chinatown — riz, poissons, légumes sautés, soupes. En Europe, elle s'adapta à la gastronomie locale tout en cherchant les restaurants chinois des grandes villes, maintenant ce lien culinaire avec ses origines lors de ses séjours à l'étranger.
Vêtements
Anna May Wong était réputée pour son élégance exceptionnelle, mêlant habilement mode occidentale et vêtements chinois traditionnels. Elle portait souvent le qipao (cheongsam) en public, en faisant une affirmation identitaire autant qu'esthétique. Les grands couturiers parisiens et londoniens lui confectionnaient des tenues, et elle fut régulièrement citée dans les classements des femmes les mieux habillées du monde.
Habitat
À Hollywood, Anna May Wong vécut dans plusieurs quartiers de Los Angeles, naviguant entre les restrictions de fait imposées aux résidents asiatiques dans certains secteurs. Lors de ses années européennes, elle occupa des appartements dans les quartiers artistiques de Londres et Berlin. À la fin de sa vie, elle possédait une maison à Santa Monica, dans laquelle elle vivait seule, n'ayant jamais pu se marier librement en raison des lois anti-métissage qui interdisaient les unions interraciales dans de nombreux États américains.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
The Gallery of Madame Liu-Tsong (série télévisée)
1951






