Anselm Kiefer est un peintre et sculpteur allemand né en 1945, figure majeure du néo-expressionnisme. Son œuvre monumentale confronte l'histoire allemande, la mémoire du nazisme et les traumatismes de la Seconde Guerre mondiale.
Anselm Kiefer(1945 — ?)
Anselm Kiefer
Autriche, France, Allemagne
7 min de lecture
Questions fréquentes
Faits marquants
- Né le 8 mars 1945 à Donaueschingen, dans les derniers mois du IIIe Reich
- Série provocatrice des 'Besetzungen' (Occupations, 1969) où il se photographie faisant le salut nazi pour dénoncer l'amnésie collective
- Utilise des matériaux bruts (plomb, paille, cendre, terre) dans des toiles monumentales
- Installe son atelier-œuvre à Barjac puis Croissy en France à partir des années 1990
- Première rétrospective au Grand Palais à Paris en 2007 et entrée au Collège de France
Œuvres & réalisations
Série photographique où Kiefer mime le salut nazi devant des paysages d'Europe, pour dénoncer le refoulement du passé allemand.
Grande toile mêlant architecture monumentale d'inspiration nazie et hommage à l'artiste, qui interroge la mémoire et la culpabilité.
Tableau couvert de paille évoquant la femme allemande du poème de Celan, symbole d'une Allemagne hantée par son histoire.
Toile sombre couverte de cendres, hommage à la figure juive de la « Fugue de mort » de Celan et à la mémoire de la Shoah.
Autoportrait couché sous un champ de tournesols géants reliant la terre au ciel étoilé, méditation sur la vie et la mort.
Œuvre monumentale mêlant mythe égyptien, technologie et alchimie, sur le thème de la mort et de la renaissance.
Installation monumentale de tours de béton et de vitrines sous la verrière du Grand Palais à Paris.
Six grandes vitrines et une œuvre murale installées au Panthéon de Paris en hommage à l'écrivain Maurice Genevoix.
Anecdotes
Anselm Kiefer est né le 8 mars 1945 à Donaueschingen, quelques semaines à peine avant la capitulation de l'Allemagne nazie. Toute son enfance se déroule dans un pays en ruines, et il raconte avoir joué dans les décombres des bombardements : ces gravats deviendront plus tard la matière même de son art.
Jeune artiste, Kiefer réalise en 1969 une série de photographies provocantes, les « Occupations » (Besetzungen), où il se fait photographier faisant le salut nazi devant des paysages et monuments d'Europe. Le scandale est immense, mais son but est inverse de ce qu'on croit : forcer l'Allemagne à regarder en face un passé que beaucoup voulaient oublier.
Kiefer n'utilise presque jamais que de la peinture. Ses toiles monumentales sont couvertes de paille, de cendres, de sable, de plomb fondu, de fleurs séchées et même de terre. Certaines œuvres pèsent des centaines de kilos et continuent de se transformer, de s'écailler ou de rouiller avec le temps.
Deux de ses tableaux les plus célèbres, « Margarethe » et « Sulamith », s'inspirent du poème « Fugue de mort » du poète juif Paul Celan, rescapé de la Shoah. Pour la chevelure d'or de Margarethe, l'Allemande, Kiefer colle de la vraie paille ; pour les cheveux de cendre de Sulamith, la juive, il emploie de la suie et des cendres noires.
En 2007, Anselm Kiefer devient le premier artiste vivant invité à installer une œuvre permanente au musée du Louvre depuis Georges Braque, plus de cinquante ans plus tôt. Il y peint une immense toile pour un escalier de l'aile des antiquités.
Sources primaires
Je ne me souviens pas de la guerre, mais elle m'a façonné. Je suis né dans les ruines, et ces ruines sont le commencement de tout.
Lait noir de l'aube nous le buvons le soir... ton cheveu d'or Margarete ton cheveu de cendre Sulamith.
L'art est ce qui survit. Il n'a pas pour fonction d'embellir le monde, mais de le comprendre, et parfois de le supporter.
Le plomb est pour moi le matériau de l'alchimie. C'est un métal lourd, saturnien, mais il porte en lui la promesse de l'or.
Lieux clés
Ville de Forêt-Noire où Kiefer naît en mars 1945, dans une Allemagne en ruines à la fin de la guerre.
Établissement où Kiefer étudie la peinture à la fin des années 1960 après avoir abandonné le droit.
Lieu où il côtoie Joseph Beuys vers 1970, rencontre décisive pour sa vision de l'art comme acte de mémoire.
Ancien site industriel transformé à partir de 1992 en immense atelier-paysage avec tours, tunnels et pavillons. Cœur de sa création pendant deux décennies.
Vaste atelier près de Paris où Kiefer s'installe à partir des années 2000 pour réaliser ses œuvres monumentales.
En 2007, Kiefer y devient le premier artiste vivant depuis Braque à installer une œuvre permanente, dans l'aile des antiquités.
Objets typiques

Métal lourd que Kiefer fait fondre et applique sur ses toiles et sculptures. Il l'associe à l'alchimie, à la mélancolie et à la transformation de la matière.

Brins de paille collés sur les tableaux, notamment pour figurer la chevelure d'or de Margarethe. La paille évoque les champs allemands, mais aussi sa combustion possible.

Suie et cendres répandues sur les toiles, en particulier pour la figure de Sulamith. Elles renvoient directement à la mémoire de la Shoah et des corps brûlés.

Grands livres aux pages de plomb que Kiefer sculpte et empile. Illisibles et lourds, ils symbolisent le savoir, la mémoire et le poids de l'histoire.

Tiges et fleurs de tournesol noircies, intégrées aux tableaux et installations. Inspirées de Van Gogh et de l'alchimiste Robert Fludd, elles relient le ciel étoilé et la mort.

Motif récurrent de la palette d'artiste, parfois munie d'ailes, qui traverse ses toiles des années 1970-1980. Elle affirme le rôle de l'art face à l'histoire.
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Vie quotidienne
Matin
Kiefer commence souvent tôt et parcourt son immense atelier, autrefois le domaine de Barjac, aujourd'hui Croissy. Il circule à vélo entre les halles, vérifie l'état des toiles laissées à sécher, à rouiller ou à se craqueler dehors.
Après-midi
L'après-midi est consacré au travail physique de la matière : il fond du plomb, projette du sable, brûle des surfaces au chalumeau, colle paille et cendres. Plusieurs assistants l'aident à manipuler des œuvres pesant parfois des centaines de kilos.
Soir
Le soir, Kiefer lit beaucoup : poésie de Celan, Kabbale, mythologie, traités d'alchimie, qui nourrissent ses œuvres. Il prend des notes, dessine et prépare les motifs des tableaux à venir.
Alimentation
Kiefer mène une vie d'atelier sobre et organisée autour du travail. Installé dans le sud de la France puis en région parisienne, il s'accommode d'une cuisine simple, le repas étant surtout un temps d'échange avec ses collaborateurs.
Vêtements
On le voit le plus souvent en tenue d'atelier pratique : pantalon et veste robustes maculés de peinture, de plomb et de poussière. Le vêtement, fonctionnel, porte les traces du contact permanent avec ses matériaux.
Habitat
Kiefer vit là où il crée. À Barjac il habite La Ribaute, ancien site industriel transformé en paysage d'art avec tours, tunnels et serres ; près de Paris il occupe un gigantesque hangar-atelier mêlant lieu de vie et de production.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Occupations (Besetzungen)
1969
Au peintre inconnu (Dem unbekannten Maler)
1983
Sulamith
1983
Les Ordres de la nuit (Die Ordnung der Nacht)
1996
Osiris et Isis
1985-1987
Étoiles tombantes / Sternenfall (Monumenta, Grand Palais)
2007






