Antoine-Louis Barye(1795 — 1875)

Antoine-Louis Barye

France

9 min de lecture

Arts visuelsArtisteXIXe siècleFrance du XIXe siècle, période romantique et réaliste

Sculpteur français (1795-1875) pionnier de l'animalisme romantique. Ses bronzes représentant des animaux sauvages en lutte allient précision naturaliste et tension dramatique. Il est considéré comme le maître incontesté de la sculpture animalière du XIXe siècle.

Questions fréquentes

Antoine-Louis Barye (1795-1875) est un sculpteur français considéré comme le maître incontesté de la sculpture animalière au XIXe siècle. Ce qui le rend unique, c'est qu'il a révolutionné la représentation des animaux en alliant une précision anatomique quasi scientifique à la puissance dramatique du romantisme. Ses bronzes, comme Tigre dévorant un gavial de l'Inde ou Lion dévorant un serpent, saisissent des instants de prédation avec une tension palpable. Moins un simple artisan qu'un observateur passionné, il passait ses matinées à la ménagerie du Jardin des Plantes à croquer les fauves, puis disséquait leurs carcasses pour comprendre leur musculature. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a transformé un genre considéré comme mineur — l'animalier — en un art majeur, influençant des sculpteurs comme Rodin.

Faits marquants

  • Né le 24 septembre 1795 à Paris, mort le 25 juin 1875
  • Élève de l'École des Beaux-Arts de Paris, formé notamment par le sculpteur Bosio
  • Présente dès 1831 au Salon son célèbre groupe 'Lion au serpent' qui fait sensation
  • Professeur de dessin des animaux au Muséum national d'Histoire naturelle à partir de 1854
  • Ses œuvres ornent les pavillons de Flore et de Richelieu du palais du Louvre

Œuvres & réalisations

Tigre dévorant un gavial de l'Inde (1831)

Première grande œuvre présentée au Salon, elle révéla au public parisien un sculpteur capable de restituer la sauvagerie animale avec une précision anatomique inédite. Elle est aujourd'hui conservée au musée du Louvre.

Lion dévorant un serpent (1833)

Chef-d'œuvre de la sculpture romantique, immédiatement acquis au Salon par le duc d'Orléans, il allie force expressive et vérité naturelle ; la version monumentale orne les jardins du Louvre.

Lion au serpent (version monumentale) (1836)

Commande officielle pour les jardins des Tuileries, cette œuvre est l'une des premières sculptures animalières monumentales de l'art français et un symbole artistique du règne de Louis-Philippe.

Roger enlevant Angélique sur l'hippogryphe (1840)

Groupe en bronze inspiré de l'Orlando Furioso de l'Arioste, montrant que Barye savait traiter les sujets mythologiques et littéraires avec la même puissance dramatique que ses combats animaliers.

Jaguar dévorant un lièvre (vers 1850)

L'une de ses œuvres les plus admirées, elle saisit l'instant fugace de la prédation avec une tension dramatique exceptionnelle ; maintes fois éditée, elle figura dans de nombreuses collections bourgeoises du Second Empire.

Groupes allégoriques du Louvre (War, Peace, Force, Order) (1854-1856)

Commande de Napoléon III pour les façades du nouveau Louvre, ces quatre groupes monumentaux démontrent la capacité de Barye à manier aussi bien la grande sculpture architecturale que le bronze de cabinet.

Centaure et Lapithe (1850)

Illustration d'un combat mythologique entre un centaure et un guerrier lapithe, cette œuvre témoigne de la double influence de l'Antiquité grecque et du goût romantique pour la violence et l'énergie corporelle.

Anecdotes

Barye se rendait presque quotidiennement à la ménagerie du Jardin des Plantes pour observer et dessiner les animaux sauvages. Il assistait également aux autopsies des animaux morts au Muséum national d'Histoire naturelle, disséquant lui-même les carcasses pour étudier la musculature avec une précision de chirurgien. Cette rigueur scientifique explique pourquoi ses sculptures donnent l'impression d'être animées d'une vie intérieure.

En 1837, le jury du Salon refusa sans explication la quasi-totalité de ses œuvres, provoquant l'indignation de nombreux artistes et critiques. Blessé par cet ostracisme, Barye cessa de soumettre ses travaux au Salon pendant dix ans, préférant vendre directement ses bronzes aux collectionneurs depuis son propre atelier.

La crise économique de 1848 ruina Barye : criblé de dettes, il dut céder à ses créanciers ses modèles originaux en plâtre ainsi que le droit de les faire fondre. Pendant plusieurs années, d'autres fondeurs commercialisèrent ses œuvres sans qu'il en tire le moindre bénéfice. Il racheta finalement ses droits et rouvrit sa propre fonderie.

Avant de se consacrer à la sculpture animalière, Barye travailla comme orfèvre pour Martin-Guillaume Biennais, l'orfèvre attitré de Napoléon Ier. Cette formation lui conféra une maîtrise exceptionnelle du travail des métaux et du détail ornemental, qualité que l'on retrouve dans la finesse de surface de ses bronzes.

Son 'Lion dévorant un serpent', présenté au Salon de 1833, fut immédiatement acquis par le duc d'Orléans. Ce succès foudroyant fit de Barye le sculpteur animalier le plus célèbre de Paris, et une version monumentale de l'œuvre fut commandée pour orner les jardins des Tuileries dès 1836.

Sources primaires

Explication des ouvrages de peinture et sculpture exposés au Louvre — Salon de 1831 (1831)
N°3006 — BARYE : Tigre dévorant un gavial de l'Inde. Bronze.
Explication des ouvrages de peinture et sculpture exposés au Louvre — Salon de 1833 (1833)
BARYE : Lion dévorant un serpent. Bronze. Acquis par S.A.R. Mgr le duc d'Orléans.
Théophile Gautier, critique du Salon, La Presse (1839)
M. Barye est sans contredit le premier sculpteur animalier de l'époque ; nul n'a mieux que lui compris la vie, le mouvement et la puissance des fauves. Ses bronzes respirent et rugissent.
Catalogue de l'Exposition universelle des beaux-arts, Paris (1855)
Une salle entière est consacrée aux œuvres de M. Barye, sculpteur : combats d'animaux, groupes mythologiques et figures équestres témoignent d'une carrière d'une remarquable cohérence et puissance.
Roger Ballu, L'Œuvre de Barye, Éditions Quantin (1890)
Barye passait ses matinées au Jardin des Plantes, carnet en main, saisissant les attitudes des fauves ; le soir, il modelait de mémoire dans la cire, cherchant à restituer la puissance et l'élan qu'il avait observés le jour même.

Lieux clés

Paris — lieu de naissance et d'atelier

Barye naquit le 24 septembre 1795 à Paris et y vécut toute sa vie. Ses ateliers successifs, notamment dans l'île Saint-Louis, étaient encombrés de plâtres, de crânes d'animaux et de croquis épinglés aux murs.

Jardin des Plantes — Ménagerie, Paris

Véritable école permanente de Barye, la ménagerie du Jardin des Plantes lui permit d'observer quotidiennement lions, tigres, ours et serpents vivants, donnant à ses sculptures une vérité naturaliste sans précédent dans l'histoire de la sculpture.

École des Beaux-Arts de Paris

Barye y reçut sa formation officielle en sculpture sous Antoine-Louis Bosio et en peinture sous le baron Gros, acquérant les bases académiques qu'il allait dépasser et renouveler par son observation directe de la nature.

Jardins des Tuileries et du Louvre, Paris

Le 'Lion au serpent' monumental (1836) fut installé aux Tuileries, visible par tous les Parisiens. Les groupes allégoriques que Barye sculpta pour les façades du nouveau Louvre (1854-1856) ornent encore aujourd'hui le palais.

Muséum national d'Histoire naturelle, Paris

Nommé professeur de dessin zoologique en 1854, Barye y enseigna jusqu'à sa mort. Il y avait accès aux collections de squelettes et de spécimens naturalisés qui enrichissaient sa connaissance anatomique comparée des animaux.

Barbizon, forêt de Fontainebleau

Barye fréquenta le village de Barbizon et peignit en plein air dans la forêt de Fontainebleau aux côtés de Millet, Corot et Théodore Rousseau, explorant la peinture de paysage et complétant ainsi sa pratique sculpturale.

Voir aussi