Créature légendaire du Moyen Âge, le Basilic est le roi des serpents, réputé pour tuer par son seul regard ou son souffle empoisonné. Il naît d'un œuf de coq couvé par un serpent et figure parmi les bêtes les plus redoutées des bestiaires médiévaux.
Basilic
Basilic
9 min de lecture
Questions fréquentes
Faits marquants
- Décrit par Pline l'Ancien au Ier siècle dans son Histoire naturelle comme le roi des serpents capable de tuer par son regard
- Repris et enrichi dans les bestiaires médiévaux (XIIe – XIIIe siècle) où il devient une figure morale et religieuse
- Selon la tradition, il naît d'un œuf de coq couvé par un serpent (ou un crapaud), symbolisant la perversion de la nature
- Son seul remède est le regard d'une belette ou le reflet de son propre regard dans un miroir
- Isidore de Séville au VIIe siècle le décrit dans ses Étymologies, fixant sa représentation pour tout le Moyen Âge
Œuvres & réalisations
Premier texte encyclopédique occidental à décrire le Basilic avec précision, ce monumental ouvrage en 37 livres constitua la source principale de toutes les descriptions médiévales de la créature.
Encyclopédie de référence du Moyen Âge, dont le livre XII sur les animaux codifie les propriétés du Basilic. Ce texte fut recopié des milliers de fois et transmit la tradition du Basilic à toute l'Europe chrétienne.
Recueil allégorique d'origine alexandrine qui intègre le Basilic dans une symbolique chrétienne, faisant de lui une incarnation du diable et du péché mortel. Traduit en latin et dans toutes les langues vernaculaires, il influença l'iconographie religieuse médiévale.
Premier bestiaire rédigé en langue romane, il donne au Basilic sa forme hybride coq-serpent qui s'imposera dans l'iconographie occidentale. Ce texte contribua à populariser la créature au-delà des cercles cléricaux.
L'un des bestiaires enluminés les mieux conservés du Moyen Âge, il contient une représentation du Basilic parmi ses illustrations les plus soignées. Ce manuscrit illustre la manière dont l'iconographie de la créature s'était codifiée au XIIIe siècle.
Traité naturaliste encyclopédique qui intègre le Basilic dans une réflexion scolastique sur la nature des animaux monstrueux. Albert le Grand tente d'expliquer rationnellement les propriétés de la créature, l'ancrant dans la pensée savante médiévale tardive.
Anecdotes
Le Basilic est décrit par Pline l'Ancien au Ier siècle comme une créature ne dépassant pas douze doigts de long, mais dont le souffle fendait les rochers et desséchait les plantes sur son passage. Les chevaliers médiévaux qui le lisaient en frémissaient : une si petite bête, une si grande terreur.
Selon les bestiaires médiévaux, le Basilic naît d'un œuf pondû par un vieux coq âgé de sept ans, couvé ensuite par un serpent ou un crapaud dans le fumier. Cette naissance contre-nature en faisait aux yeux des théologiens le symbole parfait du péché engendrant la mort.
La seule façon de tuer un Basilic sans mourir soi-même était de lui tendre un miroir : en croisant son propre regard, la créature était foudroyée par sa propre puissance. Alexandre le Grand aurait utilisé cette ruse, selon une légende médiévale tardive, lors de la conquête de la Perse.
La belette était réputée être le seul animal naturellement immunisé contre le regard du Basilic. Pour la fortifier avant le combat, on lui faisait manger de la rue (une plante amère). Ce duel entre la belette et le Basilic figure dans de nombreux bestiaires enluminés du XIIe au XIVe siècle.
Au Moyen Âge, on croyait que le Basilic était si venimeux que si un cavalier le transperçait de sa lance, le poison remontait le bois et tuait le cheval et l'homme. Ce détail, rapporté par Isidore de Séville, fit du Basilic une métaphore du mal qui contamine tout ce qu'il touche, même à distance.
Sources primaires
Le basilic est un serpent de la province de Cyrène, long de douze doigts au plus. Il a sur la tête une tache blanche en forme de diadème. Il tue les arbrisseaux par son souffle, brûle les herbes, brise les rochers : tel est son pouvoir délétère.
Le basilic est appelé roi des serpents, car les autres fuient devant lui. Il tue par son regard, il tue aussi par son souffle, et si un homme monté à cheval le frappe d'une lance, le venin monte à travers le bois et tue le cavalier.
Le Basilic est une créature redoutable entre toutes ; son regard seul suffit à tuer ; il règne sur tous les serpents comme un roi sur ses sujets, et nulle herbe ne croît là où il a passé.
La belette seule est immunisée contre le Basilic ; elle l'attaque et le met en fuite, et pour cela elle mange de la rue avant le combat, car cette herbe la fortifie contre son venin.
Le basilic a la forme d'un coq jusqu'à la ceinture, puis celle d'un serpent ; il tue par regard et par haleine, et nul ne peut lui résister sinon la belette par nature.
Lieux clés
Région d'Afrique du Nord désignée par Pline l'Ancien comme le berceau du Basilic. Ce désert de pierre et de sable semblait aux Anciens le lieu idéal pour une créature capable de dessécher toute vie.
Étendue aride mythifiée par les auteurs antiques et médiévaux comme domaine du Basilic. Sa stérilité était attribuée au passage de la créature, dont le souffle brûlait la végétation et empoisonnait les sources.
C'est dans les ateliers de copie des abbayes (Canterbury, Saint-Albans, Paris) que les enlumineurs donnèrent au Basilic sa forme iconographique définitive : coq ailé à queue de serpent, immortalisée dans des centaines de manuscrits.
Berceau intellectuel du Physiologus, le texte zoologique allégorique qui fit du Basilic un symbole chrétien du mal. La bibliothèque et les cercles philosophiques alexandrins transmirent cette tradition à tout le monde médiéval.
Objets typiques

Arme fatale contre le Basilic, le miroir lui renvoyait son propre regard meurtrier. Dans les bestiaires, le chevalier armé d'un bouclier poli représentait la vertu qui retourne le mal contre lui-même.

Selon la tradition médiévale, le Basilic naissait d'un œuf pondû par un vieux coq de sept ans, couvé dans le fumier par un serpent. Cet objet paradoxal symbolisait la naissance contre-nature du mal.

Seul animal naturellement immunisé contre le Basilic, la belette lui était présentée comme adversaire dans les enluminures. Elle mangeait de la rue avant le combat pour renforcer son immunité.

Plante amère et odorante réputée protéger contre le venin du Basilic. Les bestiaires médiévaux mentionnent que les belettes la consommaient avant d'affronter le roi des serpents.

Arme théoriquement inefficace contre le Basilic : son venin remontait le bois jusqu'au cavalier. Ce détail, repris d'Isidore de Séville, illustrait le danger absolu de la créature, même de loin.

Marque distinctive du Basilic, souvent représentée comme une tache blanche en forme de couronne sur sa tête, symbole de sa royauté parmi les serpents dans les bestiaires enluminés.

Manuscrit illustré répertoriant les créatures réelles et légendaires avec leur symbolique morale et religieuse. Le Basilic y figurait parmi les bêtes les plus redoutées, illustré avec soin par les moines copistes.
Programmes scolaires
Vocabulaire & tags
Vocabulaire clé
Tags
Vie quotidienne
Matin
Dans les terres arides de Cyrénaïque, le Basilic s'éveille à l'aurore. Son souffle empoisonné se répand dans les premières heures du jour, desséchant les plantes et fendant les pierres autour de son repaire. Les rares voyageurs qui s'aventurent dans ces contrées apprennent vite à reconnaître les traces de son passage : la végétation noircie, les sources taries, le sol blanchi comme par une chaleur intense.
Après-midi
Aux heures les plus chaudes, le Basilic règne en maître absolu sur les autres serpents qui lui cèdent la place. Il se déplace en dressant la tête haute — seul serpent à ne pas ramper à plat ventre — affirmant ainsi sa royauté. Son regard suffit à pétrifier ou à tuer tout être vivant qui ose le croiser. Même les oiseaux qui volent au-dessus de lui tombent foudroyés avant d'avoir pu fuir.
Soir
La nuit, le Basilic se retire dans ses cavernes ou dans les ruines des anciens édifices. Les bestiaires médiévaux imaginent qu'il veille sur son territoire avec une vigilance constante, tel un mauvais roi sur son royaume désolé. Les moines qui copiaient ces textes y voyaient l'image du diable rodant 'comme un lion rugissant, cherchant qui dévorer' — actif même dans les ténèbres.
Alimentation
Le Basilic ne se nourrit pas comme les autres animaux : il absorbe les miasmes du sol et l'air corrompu des marécages. Certains textes médiévaux affirment qu'il se sustente de pierre, que son venin est si puissant qu'il digère les minéraux eux-mêmes. Son existence même est une négation de la vie ordinaire — il ne crée rien, il dévaste.
Vêtements
Créature et non humain, le Basilic ne porte pas de vêtements. Sa 'parure' est entièrement naturelle : des écailles brillantes comme du métal poli, une tache blanche en forme de couronne sur la tête, et des ailes de coq selon les représentations tardives. Dans les armoiries et l'héraldique, on lui ajoute parfois des couleurs éclatantes — vert venimeux, rouge sang — pour signifier sa nature royale et mortelle.
Habitat
Le Basilic habite les déserts d'Afrique du Nord selon les sources antiques, notamment la Cyrénaïque et la Libye. Les auteurs médiévaux l'imaginent dans des souterrains, des ruines, des marécages empoisonnés ou tout endroit stérile et maudit. Partout où il s'installe, la vie recule : les plantes meurent, l'eau se corrompt, les pierres se fendillent. Son repaire est une zone morte, reconnaissable à sa désolation absolue.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Style visuel
Style des bestiaires enluminés médiévaux : fond or, couleurs intenses lapis-lazuli et vermillon, trait noir épais, créature hybride coq-serpent couronnée sur parchemin ivoire.
Ambiance sonore
Une atmosphère de caverne obscure et de désert aride : sifflements inquiétants, pierres fendues par un souffle brûlant, silence menaçant du repaire du roi des serpents.
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Historia Naturalis — Pline l'Ancien
77 ap. J.-C.
Etymologiae — Isidore de Séville
vers 620
Physiologus
IIe-IVe siècle
Bestiaire de Philippe de Thaon
vers 1121-1135
Bestiaire d'Aberdeen (Aberdeen Bestiary)
vers 1200
De animalibus — Albert le Grand
vers 1260





