Brigitte de Kildare(451 — 525)

Brigitte d'Irlande

royaume de Leinster

7 min de lecture

SpiritualitéMythologieReligieux/seMoyen ÂgeHaut Moyen Âge, à l'époque de la christianisation de l'Irlande celtique (Ve-VIe siècles)

Sainte Brigitte de Kildare (vers 451-525) est une abbesse irlandaise, fondatrice du grand monastère de Kildare. Avec saint Patrick et saint Colomba, elle est l'une des trois saints patrons de l'Irlande. Figure largement légendaire, elle est souvent rapprochée de la déesse celtique Brigid.

Faits marquants

  • Naît vers 451 à Faughart, près de Dundalk, en Irlande
  • Fonde vers 480 le monastère de Kildare (Cill Dara, « l'église du chêne »), un monastère double abritant hommes et femmes
  • Devient l'une des trois saints patrons de l'Irlande aux côtés de saint Patrick et de saint Colomba
  • Sa fête, le 1er février, coïncide avec Imbolc, ancienne fête celtique du début du printemps
  • Meurt vers 525 ; son culte se répand dans toute l'Europe médiévale et sa figure est associée à la déesse païenne Brigid

Œuvres & réalisations

Fondation du monastère de Kildare (vers 470-480)

Brigitte établit l'un des plus importants monastères d'Irlande, qui devient un grand foyer spirituel, intellectuel et artistique du Haut Moyen Âge.

Organisation d'un monastère double (vers 480)

Avec l'évêque Conleth, elle dirige une communauté réunissant moines et moniales, fait rare où une abbesse exerce une autorité considérable.

École et scriptorium de Kildare (Ve-VIe siècle)

Le monastère devient un centre de copie et d'enseignement ; Giraud de Barri y décrira plus tard un évangéliaire enluminé d'une beauté quasi miraculeuse.

Le feu perpétuel de Kildare (Ve-VIe siècle)

Institution d'une flamme sacrée entretenue par les religieuses, qui restera un symbole de Kildare jusqu'au Moyen Âge tardif.

La croix de jonc tressée (tradition)

L'invention de la croix qui porte son nom, devenue un symbole national irlandais et un objet de dévotion populaire toujours vivant.

Œuvre de charité et d'hospitalité (Ve-VIe siècle)

Sa réputation de générosité envers les pauvres et les voyageurs fait d'elle un modèle de l'accueil chrétien, célébré dans poèmes et hymnes.

Anecdotes

La légende la plus célèbre raconte que Brigitte demanda au roi de Leinster un terrain pour bâtir son monastère. Le roi, moqueur, lui promit autant de terre que son manteau pourrait en recouvrir. Brigitte étendit alors son manteau, qui se mit miraculeusement à grandir dans toutes les directions jusqu'à couvrir la vaste plaine du Curragh. Le roi, stupéfait, lui accorda la terre et se convertit.

À Kildare brûlait un feu sacré que les religieuses entretenaient jour et nuit sans jamais le laisser s'éteindre. Selon la tradition, vingt nonnes se relayaient pour le garder, et la vingtième nuit, c'était Brigitte elle-même qui veillait sur la flamme. Une haie circulaire entourait ce feu, qu'aucun homme n'avait le droit de franchir — un détail encore décrit par le chroniqueur Giraud de Barri au XIIe siècle.

On attribue à Brigitte l'invention de la fameuse croix tressée en joncs qui porte son nom. La légende veut qu'elle l'ait fabriquée au chevet d'un chef païen mourant : tout en nouant les brins, elle lui expliquait la foi chrétienne, si bien que l'homme demanda le baptême avant de mourir. Aujourd'hui encore, ces croix sont tressées en Irlande le 1er février.

Un poème ancien attribué à Brigitte exprime son hospitalité légendaire de manière surprenante : elle y souhaite offrir non pas de l'or, mais un immense lac de bière au Roi du Ciel et à toute la famille céleste. Cette image reflète l'importance de l'accueil et du partage dans la culture irlandaise du Haut Moyen Âge.

Plusieurs récits racontent que Brigitte, rentrant trempée par la pluie, suspendit son manteau mouillé sur un rayon de soleil qui entrait par la fenêtre, comme s'il s'agissait d'une corde à linge, et que le vêtement y resta accroché pour sécher. De tels miracles du quotidien abondent dans les Vies qui lui sont consacrées.

Sources primaires

Cogitosus, Vita Sanctae Brigidae (Vie de sainte Brigitte) (vers 650)
Cogitosus décrit la grande église de Kildare et les tombeaux de l'évêque Conleth et de la vierge Brigitte, placés de part et d'autre de l'autel et ornés d'or, d'argent et de pierres précieuses, surmontés de couronnes suspendues.
Bethu Brigte (Vie irlandaise de Brigitte) (IXe siècle)
Récit hagiographique en vieil irlandais qui relate la naissance de Brigitte d'un père noble, Dubthach, et d'une mère esclave, ainsi que ses nombreux miracles liés au lait, au beurre et à la générosité envers les pauvres.
Brigit bé bithmaith (Hymne d'Ultán à sainte Brigitte) (VIIIe-IXe siècle)
Brigitte, femme toujours bonne, flamme dorée et lumineuse : qu'elle nous conduise au royaume éternel, le soleil resplendissant.
Poème du lac de bière attribué à Brigitte (texte irlandais médiéval)
Je voudrais un grand lac de bière pour le Roi des rois ; je voudrais que la famille du Ciel le boive durant toute l'éternité.
Giraud de Barri, Topographia Hibernica (vers 1188)
À Kildare, le feu de sainte Brigitte est dit inextinguible : non qu'il ne puisse s'éteindre, mais parce que les religieuses l'entretiennent avec tant de soin et de dévotion qu'il a brûlé sans interruption depuis l'époque de la sainte.

Lieux clés

Faughart, comté de Louth

Village considéré par la tradition comme le lieu de naissance de Brigitte, au nord-est de l'Irlande, où subsiste un sanctuaire qui lui est dédié.

Kildare (Cill Dara)

Site du grand monastère double fondé par Brigitte, centre religieux majeur du Leinster où elle vécut, gouverna et fut enterrée.

La plaine du Curragh

Vaste plaine proche de Kildare que, selon la légende, le manteau de Brigitte recouvrit miraculeusement pour obtenir la terre de son monastère.

Cathédrale Sainte-Brigitte de Kildare

Église élevée sur le site de l'ancien monastère ; on y trouve les vestiges du 'temple du feu' où brûlait la flamme perpétuelle.

Voir aussi