Cybèle

(65) Cybèle

7 min de lecture

MythologieSpiritualitéAntiquitéAntiquité — déesse anatolienne dont le culte se diffuse dans le monde grec à partir du VIᵉ siècle av. J.-C., puis à Rome durant la deuxième guerre punique et sous l'Empire.

Cybèle est la grande déesse-mère d'origine phrygienne, maîtresse de la nature sauvage, des montagnes, des animaux et de la fécondité. Adoptée par les Grecs puis officiellement introduite à Rome en 204 av. J.-C. sous le nom de Magna Mater, elle y reçut un culte à mystères célèbre pour ses prêtres extatiques.

Questions fréquentes

Cybèle, aussi appelée Magna Mater (« Grande Mère ») à Rome, est une déesse-mère d'origine phrygienne, maîtresse de la nature sauvage, des montagnes et de la fécondité. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle incarne à la fois la puissance créatrice et la force indomptable de la nature. Adoptée par les Grecs puis par les Romains, son culte à mystères, avec ses prêtres eunuques et ses rites extatiques, a profondément marqué la spiritualité antique, mêlant dévotion publique et expérience individuelle intense.

Faits marquants

  • Déesse originaire de Phrygie (Anatolie), vénérée dès le VIᵉ siècle av. J.-C. comme Mère des dieux (Mater deum)
  • Son culte est associé au jeune dieu Attis, son parèdre, dont la mort et la renaissance symbolisent le cycle de la végétation
  • En 204 av. J.-C., Rome fait venir sa pierre noire sacrée du mont Ida pour conjurer la menace d'Hannibal, sur conseil des Livres sibyllins
  • Ses prêtres, les Galles, étaient des eunuques et son culte donnait lieu à des cérémonies extatiques (danses, tambourins, automutilations)
  • Représentée couronnée de tours (couronne murale), sur un char tiré par des lions, symbole de souveraineté sur la cité et la nature

Œuvres & réalisations

Temple de la Magna Mater (Palatin) (191 av. J.-C.)

Premier grand sanctuaire officiel de Cybèle à Rome, installé sur la colline du Palatin. Il marque l'intégration de la déesse orientale dans la religion d'État romaine.

Jeux Mégalésiens (Ludi Megalenses) (à partir de 191 av. J.-C.)

Fêtes annuelles d'avril mêlant processions, théâtre et banquets en l'honneur de la Grande Mère. Elles comptent parmi les plus anciens jeux scéniques de Rome.

Carmen 63 de Catulle (vers 55 av. J.-C.)

Poème saisissant qui raconte la folie et la mutilation d'Attis, prêtre de Cybèle. Une des œuvres antiques les plus marquantes sur le culte de la déesse.

La procession de la Grande Mère (Lucrèce) (vers 55 av. J.-C.)

Dans De la nature des choses, Lucrèce décrit le char aux lions et le cortège bruyant de Cybèle, témoignage précieux sur son iconographie.

Le récit d'Ovide dans les Fastes (vers 8 apr. J.-C.)

Ovide met en vers l'arrivée de la déesse à Rome et le miracle de Claudia Quinta, fixant pour la postérité la légende du culte.

Le sanctuaire du Phrygianum (IIᵉ–IVᵉ s. apr. J.-C.)

Centre de culte près de l'actuel Vatican, célèbre pour ses nombreuses taurobolies. Ses autels inscrits documentent la vitalité tardive du culte.

Type statuaire de Cybèle trônant (époque hellénistique et romaine)

Modèle d'image très répandu : la déesse assise, couronne tourelée et tambourin, encadrée de lions. Il a diffusé son image dans tout le monde antique.

Anecdotes

En 204 av. J.-C., en pleine guerre contre Hannibal, les Romains consultent les livres sibyllins, qui promettent la victoire si la « Mère de l'Ida » est accueillie dans la cité. Une ambassade rapporte d'Asie Mineure une pierre noire sacrée censée incarner la déesse. Le Sénat décide qu'elle doit être reçue par « le meilleur des Romains » et désigne le jeune Scipion Nasica pour aller l'accueillir au port.

La légende raconte que le navire transportant la pierre noire s'enlise dans la vase du Tibre. La matrone Claudia Quinta, dont on soupçonnait à tort l'inconduite, prie la déesse de prouver son innocence, puis tire seule le bateau avec sa ceinture. Le navire se libère aussitôt : Cybèle est réputée avoir lavé la réputation de Claudia.

Les prêtres de Cybèle, appelés Galles, étaient des eunuques venus de Phrygie. Lors des fêtes de mars, au « jour du sang », ils dansaient au son des tambourins et des cymbales jusqu'à l'extase, se flagellaient et se blessaient. Le rite était si étranger aux mœurs romaines que la loi interdisait à un citoyen romain de devenir Galle.

Le mythe associe Cybèle au beau jeune homme Attis. Selon la version phrygienne, frappé de folie, Attis se mutile et meurt au pied d'un pin, d'où jaillissent des violettes. Cybèle, éplorée, fait du pin un arbre sacré : chaque printemps, ses fidèles portaient en procession un pin orné de bandelettes pour pleurer puis fêter le retour d'Attis.

À l'époque impériale, certains fidèles se faisaient initier par le taurobole : on les plaçait dans une fosse recouverte d'un plancher percé, puis on sacrifiait un taureau au-dessus d'eux, dont le sang les inondait. L'initié ressortait couvert de sang, considéré comme purifié et « renouvelé » par la déesse.

Sources primaires

Tite-Live, Histoire romaine, livre XXIX (vers 27-9 av. J.-C.)
Les vers sibyllins annonçaient que, chaque fois qu'un ennemi étranger porterait la guerre sur le sol de l'Italie, on pourrait le chasser et le vaincre si l'on faisait venir de Pessinonte à Rome la Mère de l'Ida.
Lucrèce, De la nature des choses, livre II (vers 55 av. J.-C.)
Les antiques poètes savants de la Grèce ont chanté qu'elle, montée sur un char, conduit deux lions attelés ensemble, et l'ont ceinte d'une couronne en forme de remparts.
Catulle, Poème 63 (Attis) (vers 55 av. J.-C.)
Porté sur les mers profondes par un navire rapide, Attis, d'un pas pressé, atteignit le bois phrygien et pénétra dans les retraites ombragées et couronnées de forêts de la déesse.
Ovide, Fastes, livre IV (vers 8 apr. J.-C.)
« Mère bienveillante des dieux, exauce ta suppliante à une condition : on dit que je ne suis pas chaste ; si tu me condamnes, je l'avouerai coupable… mais si je suis sans faute, donne par tes actes une preuve de ma vie pure et, chaste, suis mes chastes mains. »
Hymne homérique 14, À la Mère des dieux (VIᵉ s. av. J.-C. env.)
Chante-moi, Muse à la voix claire, la Mère de tous les dieux et de tous les hommes : il lui plaît le fracas des crotales et des tambourins, le son des flûtes, le cri des loups et des lions aux yeux brillants.

Lieux clés

Mont Ida (Phrygie / Troade)

Montagne d'Asie Mineure considérée comme la demeure de Cybèle, d'où son surnom de « Mère de l'Ida » (Idaea Mater).

Pessinonte

Grand sanctuaire phrygien de Cybèle, en Galatie. C'est de là que la tradition fait venir la pierre noire sacrée transférée à Rome.

Pergame

Royaume allié de Rome dont le roi Attale Iᵉʳ aurait remis aux ambassadeurs la pierre noire de la déesse en 204 av. J.-C.

Ostie et l'embouchure du Tibre

Port où débarqua la déesse avant de remonter le Tibre vers Rome ; cadre du miracle attribué à Claudia Quinta.

La colline du Palatin, Rome

Lieu du temple de la Magna Mater, dédié en 191 av. J.-C., au cœur de la Rome sacrée et politique.

Voir aussi