D. W. Griffith(1875 — 1948)

D. W. Griffith

États-Unis

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SpectacleArts visuelsRéalisateur/triceXXe siècleCinéma muet américain du début du XXe siècle, des années 1900 aux années 1930, période d'invention de la grammaire filmique à Hollywood.

D. W. Griffith (1875-1948) est un réalisateur américain considéré comme l'un des pères du langage cinématographique narratif. Il popularise le montage, le gros plan et le récit en parallèle, mais reste une figure controversée pour le racisme de son film «Naissance d'une nation» (1915).

Questions fréquentes

D. W. Griffith (1875-1948) est un réalisateur américain qui a inventé une grande partie du langage cinématographique que nous connaissons aujourd'hui. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'avant lui, le cinéma était surtout un spectacle de foire : des plans fixes filmés en un seul bloc. Griffith a introduit le montage alterné, le gros plan et le récit parallèle, transformant le film en un véritable outil narratif. Pour comprendre cela, il faut se rappeler qu'il tournait souvent sans scénario écrit, expérimentant directement sur le plateau avec sa caméra à manivelle.

Faits marquants

  • 1908 : réalise son premier film, «The Adventures of Dollie», pour la Biograph Company
  • 1915 : sort «The Birth of a Nation» (Naissance d'une nation), énorme succès mais œuvre profondément raciste glorifiant le Ku Klux Klan
  • 1916 : réalise «Intolerance», film ambitieux entrelaçant quatre époques historiques
  • 1919 : cofonde le studio United Artists avec Chaplin, Pickford et Fairbanks
  • 1948 : meurt à Hollywood, largement oublié de l'industrie qu'il a contribué à fonder

Œuvres & réalisations

The Musketeers of Pig Alley (1912)

Court métrage tourné dans les bas-fonds new-yorkais, souvent cité comme l'un des premiers films de gangsters de l'histoire.

Judith of Bethulia (1914)

L'un de ses premiers longs métrages, adapté d'un récit biblique, annonçant son goût pour les fresques historiques à grand spectacle.

Naissance d'une nation (The Birth of a Nation) (1915)

Film fondateur par sa maîtrise narrative et son montage, mais profondément raciste : il glorifie le Ku Klux Klan et reste l'œuvre la plus controversée de l'histoire du cinéma.

Intolérance (Intolerance) (1916)

Superproduction entrelaçant quatre époques pour dénoncer l'intolérance à travers les âges ; chef-d'œuvre ambitieux et coûteux échec commercial.

Le Lys brisé (Broken Blossoms) (1919)

Drame intimiste sur l'amour impossible entre une jeune fille battue et un immigré chinois, salué pour sa délicatesse et sa photographie.

À travers l'orage (Way Down East) (1920)

Mélodrame célèbre pour sa scène spectaculaire sur une rivière gelée, où Lillian Gish dérive sur les glaces vers la cascade.

Les Deux Orphelines (Orphans of the Storm) (1921)

Fresque historique située pendant la Révolution française, dernier grand succès public de Griffith.

Anecdotes

Avant de devenir cinéaste, Griffith rêvait d'être écrivain et dramaturge. Acteur de théâtre ambulant aux revenus misérables, il finit par vendre des scénarios à la compagnie Biograph, puis passa derrière la caméra presque par nécessité financière en 1908. Il dirigea ainsi des centaines de courts métrages avant de réaliser ses grands films.

Le 18 février 1915, «Naissance d'une nation» fut projeté à la Maison-Blanche devant le président Woodrow Wilson : c'est le premier film de l'histoire montré dans la résidence présidentielle américaine. Le film, immense succès commercial, déclencha aussitôt de violentes protestations de la NAACP à cause de sa vision raciste de l'Histoire et de sa glorification du Ku Klux Klan.

Pour «Intolérance» (1916), Griffith fit bâtir à Hollywood un décor babylonien gigantesque, l'un des plus grands jamais construits, hérissé de colonnes et d'éléphants sculptés. Le film, d'une ambition folle, fut un échec commercial retentissant qui engloutit sa fortune, et l'immense décor resta planté dans le paysage de Hollywood pendant des années.

En 1919, Griffith fonda avec les stars Charlie Chaplin, Mary Pickford et Douglas Fairbanks la société United Artists, afin de contrôler eux-mêmes la production et la distribution de leurs films. Un dirigeant de studio aurait ironisé : «les fous ont pris le contrôle de l'asile».

Griffith tournait souvent sans scénario écrit : il gardait l'intrigue en tête et dirigeait ses acteurs au porte-voix, expérimentant montage et cadrages au fil du tournage. Récompensé d'un Oscar d'honneur en 1936, il mourut pourtant presque oublié de l'industrie en 1948, dans une chambre du Knickerbocker Hotel à Hollywood.

Sources primaires

The Rise and Fall of Free Speech in America, pamphlet de D. W. Griffith (1916)
La censure des films cinématographiques est une intolérance comparable à celle qui jadis brûla les hommes sur le bûcher pour leurs opinions. La liberté de la parole filmée doit être protégée au même titre que la liberté de la presse.
Carton d'introduction de «The Birth of a Nation» (1915)
Cette présentation des terribles événements de la guerre de Sécession et de la Reconstruction n'est pas destinée à porter atteinte à une race ou un peuple d'aujourd'hui.
Éditorial de The Crisis, revue de la NAACP, contre «The Birth of a Nation» (1915)
Ce film est une attaque calomnieuse contre le peuple noir, déguisée en histoire ; il faut en exiger l'interdiction dans nos villes.
Carton récurrent d'«Intolérance», citant Walt Whitman (1916)
Hors du berceau bercé sans fin... ainsi se déroulent à travers les âges les histoires des hommes, semblables et différentes.

Lieux clés

La Grange, Kentucky

Ville natale de Griffith, dans le Sud des États-Unis, où il grandit dans une famille marquée par la nostalgie de la Confédération. Ce milieu influença sa vision idéalisée du vieux Sud.

Studio Biograph, New York

Compagnie de production de Manhattan où Griffith réalisa des centaines de courts métrages entre 1908 et 1913. Il y développa son langage cinématographique en expérimentant le cadrage et le montage.

Fort Lee, New Jersey

Première capitale du cinéma américain, où de nombreux studios tournaient leurs films en extérieur avant l'essor de Hollywood. Griffith y travailla avec Biograph.

Hollywood, Californie

Centre de l'industrie cinématographique américaine où Griffith bâtit le gigantesque décor babylonien d'«Intolérance». C'est aussi là qu'il mourut en 1948.

Studio de Mamaroneck, New York

Studio indépendant que Griffith installa sur la côte de l'État de New York au début des années 1920. Il y produisit des films comme «À travers l'orage» (Way Down East).

Voir aussi