Dihya
Dihya
668 — 703
Reine et prophétesse berbère du peuple Djerawa, Dihya mena la résistance contre la conquête arabe du Maghreb vers la fin du VIIe siècle. Connue sous le nom de Kahina (« la devineresse »), elle est une figure majeure de la mémoire amazighe, transmise principalement par la tradition orale.
Citations célèbres
« « La terre brûlée ne peut être esclave. » (parole attribuée par la tradition orale berbère, non vérifiée) »
Faits marquants
- Cheffe de la confédération berbère Djerawa, dans les Aurès (actuelle Algérie), vers la fin du VIIe siècle
- Inflige une défaite majeure aux troupes omeyyades commandées par Hassan ibn Numan, vers 688-690 (selon les sources arabes médiévales)
- Pratique la politique de la « terre brûlée » pour ralentir l'avance arabe — stratégie rapportée par des chroniqueurs arabes
- Meurt au combat vers 703, selon les estimations des historiens ; lieu dit « Bir al-Kahina » (puits de la Kahina) au Maroc ou en Algérie selon les traditions
- Son histoire est connue principalement par des sources écrites arabes médiévales (Ibn Khaldoun, XIVe s.) et par la tradition orale amazighe
Œuvres & réalisations
Dihya bat l'armée arabe lors d'une grande bataille et force Hassan à se replier hors du Maghreb pendant plusieurs années. C'est l'un des rares moments où la conquête arabe est mise en échec aussi durablement.
Dihya parvient à fédérer sous son commandement de nombreuses tribus berbères, qu'elles soient chrétiennes, juives ou polythéistes. Cette unification, même temporaire, est une prouesse politique remarquable dans le contexte de l'époque.
Ordonnant la destruction des ressources agricoles et des infrastructures du Maghreb oriental, Dihya invente une stratégie d'épuisement pour priver l'ennemi de bases logistiques. Cette décision, controversée, témoigne d'une pensée militaire sophistiquée.
Les griots et poètes amazighes des Aurès ont perpétué le souvenir de Dihya à travers des chants épiques, des contes et des proverbes. Cette mémoire vivante, transmise oralement sur plus de treize siècles, constitue elle-même une œuvre collective de résistance culturelle.
Anecdotes
Vers 698, Dihya infligea une cinglante défaite à Hassan ibn al-Nu'man, le général omeyyade chargé de soumettre le Maghreb. Selon les récits arabes médiévaux, les survivants rapportèrent qu'elle commandait une armée de plusieurs dizaines de milliers de guerriers berbères, hommes et femmes confondus. Hassan dut se replier jusqu'en Tripolitaine et attendre des renforts pendant plusieurs années.
Face au retour de l'armée arabe, Dihya ordonna une politique de « terre brûlée » : villages incendiés, jardins rasés, puits comblés. Elle pensait priver les envahisseurs de ressources et les décourager de s'installer. Cette décision, radicale et douloureuse pour les siens, lui aliéna une partie des tribus sédentaires du Maghreb qui préférèrent se soumettre à l'ennemi plutôt que de tout perdre.
La tradition orale amazighe rapporte que Dihya avait un don de voyance qui lui permettait de prévoir les batailles avant qu'elles n'aient lieu. C'est cette réputation de « devineresse » qui lui valut le surnom de Kahina, mot arabe désignant la prophétesse ou l'oracle. Ses ennemis eux-mêmes craignaient ses pouvoirs et hésitaient à l'affronter directement.
L'historien Ibn Khaldun rapporte que Dihya aurait adopté comme fils un prisonnier arabe nommé Khaled ibn Yazid. Selon ce récit, elle lui aurait accordé sa confiance et il serait devenu un messager entre elle et Hassan ibn al-Nu'man. Certains y voient le symbole de la culture berbère d'adoption ; d'autres pensent que cette histoire illustre la complexité et les ambiguïtés de la résistance face à la conquête.
Dihya mourut en combattant lors de sa dernière bataille, vers 703, dans la région de l'Aurès ou près de la localité de Tobna. Selon la tradition, elle aurait elle-même prédit sa fin imminente et encouragé ses fils à rejoindre les rangs arabes pour assurer la survie du peuple berbère. Ce sacrifice conscient a fait d'elle une figure légendaire de la mémoire amazighe, célébrée à travers les siècles par la poésie et le chant.
Sources primaires
La Kahina gouvernait toute l'Afrique du Nord. Elle était leur reine et la plus grande d'entre eux. Hassan ibn al-Nu'man l'affronta et fut mis en déroute. Il se retira jusqu'en Barqa et y attendit.
Hassan marcha contre la Kahina. Elle rassembla ses troupes et livra bataille. Hassan fut vaincu et retraita. Les Berbères appelaient cette femme la Kahina, c'est-à-dire la devineresse.
On dit qu'elle régna sur les Berbères pendant trente-cinq ans et qu'aucun roi avant elle n'avait régné aussi longtemps sur l'ensemble du Maghreb.
Tafruyt n Tmazight (la fleur de l'Amazighité) : chants épiques transmis de génération en génération dans les communautés de l'Aurès, évoquant la résistance de Dihya, sa bravoure et sa mort au combat.
Lieux clés
Massif montagneux du nord-est de l'Algérie actuelle, territoire du peuple Djerawa dont Dihya était la reine. Ces montagnes escarpées lui fournirent un terrain de guérilla idéal contre les armées arabes.
Ancienne cité de la plaine au pied de l'Aurès, lieu probable de la dernière bataille et de la mort de Dihya vers 703. Un puits porte encore aujourd'hui le nom de « puits de la Kahina » dans la tradition locale.
Ville antique de la région de l'Aurès, l'une des bases présumées de la résistance berbère sous Dihya. Sa citadelle offrait un refuge naturel pour les tribus en lutte contre la conquête.
Ville fondée par les Arabes en 670, elle symbolise la progression de la conquête arabe et le front que Dihya cherchait à repousser. Chaque avancée arabe depuis Kairouan vers l'ouest était une menace directe pour les Berbères de l'Aurès.
Vaste plaine au débouché de l'Aurès, théâtre probable de confrontations entre les forces de Dihya et les armées omeyyades lors de la grande bataille de 698.
Galerie

French: Femme berbèreBerber Womantitle QS:P1476,fr:"Femme berbère"label QS:Lfr,"Femme berbère"label QS:Len,"Berber Woman"
Wikimedia Commons, Public domain — Émile Vernet-Lecomte
The history of the Almohades; preceded by a sketch of the history of Spain, from the times of the conquest till the reign of Yūsof ibn-Tēshufīn, and of the history of the Almoravides
Wikimedia Commons, Public domain — ʻAbd al-Wāḥid al-Marrākushī, 1185- Dozy, Reinhart Pieter Anne, 1820-1883
The life of Mahomet : with introductory chapters on the original sources for the biography of Mahomet, and on the pre-Islamite history of Arabia
Wikimedia Commons, Public domain — Muir, William, Sir, 1819-1905
The life of Mahomet and history of Islam to the era of the Hegira : with introductory chapters on the original sources for the biography of Mahomet and on the pre-Islamite history of Arabia
Wikimedia Commons, Public domain — Muir, William, Sir, 1819-1905


