E.T.A. Hoffmann(1776 — 1822)

Ernst Theodor Amadeus Hoffmann

royaume de Prusse

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LettresMusiqueArts visuelsÉcrivain(e)Compositeur/triceXIXe siècleRomantisme allemand, début du XIXe siècle

Écrivain, compositeur et dessinateur romantique allemand (1776-1822), Hoffmann est l'une des figures majeures du romantisme fantastique. Auteur des Contes fantastiques, il a également composé des opéras et réalisé des illustrations satiriques. Son œuvre a inspiré Offenbach, Tchaïkovski et Schumann.

Questions fréquentes

E.T.A. Hoffmann (1776-1822) est un écrivain, compositeur et dessinateur allemand, figure majeure du romantisme fantastique. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a inventé un genre où le quotidien bascule dans l'étrange, influençant des auteurs comme Edgar Poe ou des compositeurs comme Offenbach et Tchaïkovski. Hoffmann menait une double vie : juge le jour, artiste la nuit, ce qui nourrit son œuvre marquée par le thème du Doppelgänger (le double). Sa nouvelle L'Homme au sable (1816) a même donné naissance au concept freudien d'« inquiétante étrangeté ».

Citations célèbres

« La musique est le plus romantique de tous les arts.»
« Le rêve est souvent plus réel que la réalité.»

Faits marquants

  • 1776 : naissance à Königsberg (Prusse)
  • 1813-1814 : publication des Kreisleriana dans les Phantasiestücke in Callots Manier
  • 1816 : publication de L'Homme au sable (Der Sandmann)
  • 1819-1821 : publication des Contes des frères Sérapion
  • 1822 : mort à Berlin à l'âge de 46 ans

Œuvres & réalisations

Fantasiestücke in Callots Manier (Fantaisies à la manière de Callot) (1814)

Premier recueil de nouvelles et d'essais musicaux qui révèle Hoffmann, dont les Kreisleriana consacrées à son alter ego musicien et le fameux Don Juan. Le titre rend hommage au graveur lorrain Jacques Callot, maître du grotesque et du fantastique.

Der goldne Topf (Le Vase d'or) (1814)

Chef-d'œuvre du conte fantastique allemand, où l'étudiant Anselmus oscille entre réalité et univers merveilleux peuplé de serpents d'or et d'archivistes magiciens. L'œuvre a profondément influencé le genre fantastique en Europe et reste le texte le plus étudié d'Hoffmann.

Die Elixiere des Teufels (Les Élixirs du Diable) (1815–1816)

Roman gothique racontant la descente aux enfers d'un moine tenté par des élixirs diaboliques, sur les thèmes du double et de la culpabilité. L'œuvre préfigure les grands romans psychologiques du XIXe siècle et annonce Stevenson ou Poe.

Der Sandmann (L'Homme au sable) (1816)

Nouvelle fantastique analysée par Freud comme archétype de l'«inquiétante étrangeté» (Unheimliche) : le jeune Nathanaël développe une obsession morbide pour l'automate Olympia et la figure terrifiante de l'Homme au sable. C'est le texte d'Hoffmann le plus commenté par la psychanalyse et la théorie littéraire.

Nussknacker und Mausekönig (Casse-Noisette et le Roi des souris) (1816)

Conte pour enfants mêlant jouets animés, guerre fantastique et rêve éveillé, qui inspirera le ballet éponyme de Tchaïkovski (1892). C'est l'œuvre d'Hoffmann la plus connue du grand public mondial grâce à sa postérité chorégraphique.

Undine (opéra) (1816)

Opéra romantique créé avec succès au Théâtre royal de Berlin sur un livret de Friedrich de la Motte Fouqué, tiré d'un conte fantastique sur une ondine amoureuse d'un humain. Il est considéré comme l'une des premières œuvres fondatrices de l'opéra romantique allemand, précédant Der Freischütz de Weber.

Lebensansichten des Katers Murr (Le Chat Murr) (1819–1821)

Roman inachevé à la construction audacieuse, entremêlant les mémoires philosophiques d'un chat et la biographie fragmentée du Kapellmeister Kreisler. Ce texte expérimental anticipe des techniques narratives modernes et fut admiré par Thomas Mann et Kafka.

Anecdotes

Hoffmann était si admirateur de Mozart qu'il changea son troisième prénom, Wilhelm, en Amadeus — le prénom de génie de Mozart. Ce geste symbolique illustre le rôle central de la musique dans sa vie : pour lui, Mozart représentait l'idéal absolu du romantisme musical, une figure tutélaire à laquelle il voulait s'identifier.

Le jour, Hoffmann était fonctionnaire prussien rigoureux, rédigeant des jugements au Kammergericht de Berlin ; la nuit, il se transformait en écrivain fantastique hanté par ses propres créatures. Cette double vie n'était pas une contradiction mais une tension créatrice dont il fit le moteur de son œuvre, incarnant mieux que quiconque le conflit romantique entre le monde bourgeois et l'idéal artistique.

Hoffmann était un habitué du restaurant Lutter & Wegner à Berlin, où il retrouvait chaque soir l'acteur Ludwig Devrient et d'autres artistes autour de vin du Rhin et de conversations animées. Ces soirées nocturnes et arrosées étaient pour lui une véritable source d'inspiration : rentré chez lui tard dans la nuit, il écrivait à la bougie ses contes les plus sombres.

Hoffmann inventa un alter ego fictif, le Kapellmeister Kreisler — musicien génial et instable, inadapté au monde bourgeois. Ce personnage inspira directement Robert Schumann, qui lui consacra ses célèbres Kreisleriana pour piano (1838), illustrant l'influence durable d'Hoffmann sur tout le romantisme musical européen.

Lorsque Napoléon s'empara de Varsovie en 1806, Hoffmann perdit du jour au lendemain son poste de fonctionnaire prussien. Contraint de subvenir à ses besoins par la musique, il devint chef d'orchestre itinérant — une disgrâce professionnelle qui ouvrit paradoxalement la voie à sa carrière d'artiste et d'écrivain.

Sources primaires

Critique de la Cinquième Symphonie de Beethoven (Allgemeine Musikalische Zeitung) (1810)
«Wenn von der Musik als einer selbständigen Kunst die Rede ist, soll immer nur die Instrumentalmusik gemeint sein, welche, jede Hilfe, jede Beimischung einer anderen Kunst verschmähend, das eigentümliche, nur in ihr zu erkennende Wesen der Kunst rein ausspricht.» (La musique instrumentale est pour Hoffmann l'art romantique par excellence car elle exprime l'inexprimable sans recours aux mots ni aux images.)
Der goldne Topf (Le Vase d'or) — Premier Vigile (1814)
«An einem Himmelfahrtsabende jagte ein heftiger Stoß mehrere Menschen, die eben durch das Schwarze Tor gingen, auseinander, so daß der Student Anselmus, der eben mit großer Behendigkeit in die Kreuzgasse einbiegen wollte, kopfüber in einen Korb mit Äpfeln und Kuchen fiel.» (Incipit de l'œuvre : l'étudiant Anselmus bascule aussitôt dans un univers où réel et merveilleux se confondent.)
Der Sandmann (L'Homme au sable) — Lettre d'ouverture de Nathanaël (1816)
«Gewiß seid ihr alle besorgt, daß ich so lange, lange nicht geschrieben. Mutter grämte sich wohl und Clara wird geglaubt haben, ich lebe hier in Saus und Braus und vergesse die holde Engelsfigur, die so tief in mein Herz geprägt ist.» (Nathanaël raconte à son ami l'apparition terrifiante de Coppelius dans son enfance, source de son obsession et de sa folie future.)
Lebensansichten des Katers Murr (Le Chat Murr) — Introduction (1819)
«Johannes Kreisler war ein Kapellmeister, der, wie es manchem Musiker begegnet ist, in dieser Welt eine Art Heimatlosigkeit empfand und nie recht wußte, wo er hingehörte.» (Hoffmann présente Kreisler comme un génie inadapté, errant entre deux mondes, double fictif de l'auteur lui-même.)
Fantasiestücke in Callots Manier — Don Juan (1813)
«Es gibt Momente, in denen alle äußere Erscheinung wie in einem innern Wesen aufgeht und das Gemüt, von allem äußern Treiben erlöst, in sich selbst versunken, die Stimmen einer höhern Welt vernimmt.» (Hoffmann y défend une conception mystique de la musique comme voie d'accès à un monde supérieur, fondement de son esthétique romantique.)

Lieux clés

Königsberg (aujourd'hui Kaliningrad, Russie)

Ville natale d'Hoffmann, où il naît en 1776 et passe son enfance dans une famille de juristes. C'est aussi la ville de Kant, baignée d'une tradition intellectuelle forte qui marque le jeune Hoffmann avant qu'il ne s'en éloigne pour rejoindre la bohème artistique.

Bamberg (Bavière, Allemagne)

Hoffmann y séjourne de 1808 à 1813 comme directeur musical du théâtre. C'est à Bamberg, ville médiévale aux ruelles mystérieuses, qu'il écrit ses premières nouvelles fantastiques et conçoit les Fantasiestücke ; il y vit aussi une passion malheureuse pour son élève Julia Mark.

Varsovie (Pologne)

Hoffmann y est fonctionnaire prussien de 1804 à 1806 et dirige une société philharmonique active. L'occupation napoléonienne met fin brutalement à cette période et l'oblige à se réinventer comme artiste itinérant, tournant décisif de sa vie.

Berlin (Allemagne)

Hoffmann s'installe définitivement à Berlin en 1814 et y passe les huit dernières années de sa vie, travaillant comme juge au Kammergericht tout en écrivant ses chefs-d'œuvre. C'est là qu'il fréquente le restaurant Lutter & Wegner et qu'il meurt en 1822.

Dresde et Leipzig (Saxe, Allemagne)

Hoffmann y travaille comme chef d'orchestre de théâtre en 1813-1814, au cœur des bouleversements des guerres napoléoniennes. C'est à Leipzig qu'il publie ses premières œuvres majeures chez l'éditeur Brockhaus, lançant véritablement sa carrière littéraire.

Voir aussi