Enheduanna(2300 av. J.-C. — 2300 av. J.-C.)

Enheduanna

Empire akkadien

7 min de lecture

LettresSpiritualitéPoète(sse)Religieux/seMystiqueAvant J.-C.Enheduanna vit à l'époque de l'Empire akkadien, première grande puissance unifiée de Mésopotamie fondée par Sargon d'Akkad. C'est une période de centralisation politique et religieuse où l'écriture cunéiforme permet pour la première fois de fixer des œuvres littéraires.

Enheduanna, grande prêtresse de la lune à Ur et fille de Sargon d'Akkad, est la première auteure connue de l'histoire. Vers 2300 av. J.-C., elle compose des hymnes à la déesse Inanna d'une rare puissance poétique, posant les bases de la littérature religieuse mondiale.

Questions fréquentes

Enheduanna, grande prêtresse du dieu-lune Nanna à Ur et fille de Sargon d'Akkad, est la première personne connue à avoir signé ses œuvres de son nom, vers 2300 av. J.-C. Ce qui la rend unique, c'est qu'à une époque où l'écriture servait surtout à tenir des comptes, elle a composé des hymnes à la déesse Inanna d'une puissance poétique rare. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle a inventé le geste de l'auteur qui s'affirme comme tel, posant les bases de la littérature personnelle.

Faits marquants

  • Vers 2285-2250 av. J.-C. : nommée grande prêtresse du dieu-lune Nanna à Ur par son père Sargon d'Akkad
  • Rédige 'L'Exaltation d'Inanna', premier texte signé d'un auteur identifié dans l'histoire de l'humanité
  • Compose un cycle de 42 hymnes aux temples sumériens, transmis pendant des siècles dans les scribariums
  • Son nom signifie 'ornement du ciel' en sumérien, reflétant son statut sacré exceptionnel
  • Un disque de calcaire découvert à Ur en 1927 (conservé au Penn Museum) la représente officiant lors d'un rituel

Œuvres & réalisations

L'Exaltation d'Inanna (Inninsagurra) (vers 2285-2250 av. J.-C.)

Long poème de 153 lignes dans lequel Enheduanna célèbre et supplie la déesse Inanna après son exil forcé du temple d'Ur. C'est le premier texte de l'histoire à exprimer une expérience intérieure individuelle signée par son auteure.

La Dame de toutes les règles divines (Ninmesarra) (vers 2270 av. J.-C.)

Hymne où Enheduanna s'adresse à Inanna en décrivant sa toute-puissance cosmique et sa propre détresse de prêtresse humaine. Le texte est remarquable par l'alternance entre louange théologique et confession personnelle.

L'Hymne à la Dame au cœur ardent (Inninmehusa) (vers 2270 av. J.-C.)

Troisième grand hymne à Inanna, décrivant la puissance guerrière et créatrice de la déesse. Il complète le cycle tripartite qui fit d'Enheduanna la théologienne fondatrice du culte d'Inanna.

Les 42 Hymnes des temples (Sumerian Temple Hymns) (vers 2270-2250 av. J.-C.)

Corpus de 42 poèmes dédiés à chacun des grands temples de Mésopotamie, formant un inventaire religieux et géographique de l'empire. Ce recueil fut utilisé comme manuel scolaire dans les édubba (écoles de scribes) pendant des siècles.

Anecdotes

Enheduanna est la première auteure de l'histoire dont le nom nous soit parvenu. Fille de Sargon d'Akkad, fondateur du premier empire mondial, elle fut nommée grande prêtresse du dieu-lune Nanna à Ur vers 2285 av. J.-C. Elle signa ses compositions de son propre nom à une époque où l'écriture servait presque exclusivement à tenir des comptes.

Un rebelle nommé Lugal-Ane s'empara d'Ur et chassa Enheduanna du temple. Elle vécut cet exil comme un drame spirituel et le coucha par écrit dans son hymne 'L'Exaltation d'Inanna', suppliant la déesse de la rétablir dans ses fonctions. C'est l'un des premiers témoignages littéraires d'une expérience personnelle de l'injustice.

En 1927, l'archéologue Leonard Woolley découvrit à Ur un disque de calcaire représentant une femme en tenue sacerdotale entourée de prêtres lors d'une libation. Une inscription au dos permit de l'identifier comme Enheduanna elle-même — il s'agit du plus ancien portrait nominatif d'une femme connu à ce jour.

Enheduanna composa 42 hymnes dédicacés à autant de temples sumériens, constituant une sorte de cartographie religieuse de la Mésopotamie. Ce recueil révèle une volonté politique autant que spirituelle : unifier les cultes sumériens et akkadiens au sein du nouvel empire de son père.

Sources primaires

Inninsagurra — L'Exaltation d'Inanna (vers 2285-2250 av. J.-C.)
Reine de toutes les règles divines, lumière rayonnante, femme vêtue de lumière divine, aimée du Ciel et de la Terre, prêtresse du temple du ciel... Toi qui tiennes en main toutes les règles divines, tu as pris le ciel, tu t'es parée de lui.
Ninmesarra — La Dame de toutes les règles divines (vers 2285-2250 av. J.-C.)
Je suis Enheduanna. Je suis la grande prêtresse d'Inanna. Oh Inanna, donne-moi vie. Déclare que je suis ta servante... Le mois est accompli pour moi, la lyre de lamentation est posée à terre.
Les 42 Hymnes des temples (Sumerian Temple Hymns) (vers 2270 av. J.-C.)
Ô demeure d'Ur, fondée dans un endroit pur, ziggurat dont le sommet touche le ciel, dont la grande prêtresse porte la couronne divine sur sa tête, toi dont le charme n'est jamais épuisé...
Disque d'Enheduanna (inscription dorsale) (vers 2250 av. J.-C.)
Enheduanna, grande prêtresse de Nanna, épouse du dieu Nanna, fille de Sargon, roi d'Akkad — a dédié cet objet au temple de la lune.

Lieux clés

Ur (Tell el-Muqayyar, Irak actuel)

Grande cité sumérienne où Enheduanna exerça ses fonctions de grande prêtresse du dieu-lune Nanna. C'est là qu'ont été découverts le disque la représentant et des copies de ses hymnes.

Ziggurat de Nanna à Ur

Temple à étages consacré au dieu-lune, lieu de résidence et d'exercice sacerdotal d'Enheduanna. Encore partiellement visible aujourd'hui, c'est l'un des mieux conservés de Mésopotamie.

Akkad (Agade, localisation incertaine — région de Bagdad)

Capitale de l'Empire akkadien fondé par Sargon, père d'Enheduanna. Bien que la ville n'ait pas encore été retrouvée, c'est de là que rayonnait le pouvoir politique qui donna à Enheduanna son rôle.

Nippur (Nuffar, Irak actuel)

Centre religieux majeur de la Mésopotamie et siège des plus importantes bibliothèques de scribes. De nombreuses copies des textes d'Enheduanna y ont été retrouvées, attestant de leur canonisation.

Liens externes & ressources

Œuvres

L'Exaltation d'Inanna (Inninsagurra)

vers 2285-2250 av. J.-C.

La Dame de toutes les règles divines (Ninmesarra)

vers 2270 av. J.-C.

L'Hymne à la Dame au cœur ardent (Inninmehusa)

vers 2270 av. J.-C.

Les 42 Hymnes des temples (Sumerian Temple Hymns)

vers 2270-2250 av. J.-C.

Voir aussi