Scientifique américaine, Eunice Newton Foote démontra dès 1856 la capacité du dioxyde de carbone à retenir la chaleur, anticipant la compréhension de l'effet de serre. Également militante, elle fut une pionnière oubliée de la climatologie.
Eunice Newton Foote(1819 — 1888)
Eunice Newton Foote
États-Unis
6 min de lecture
Questions fréquentes
Faits marquants
- En 1848, elle signe la Déclaration de sentiments lors de la convention de Seneca Falls pour les droits des femmes
- En 1856, son expérience montre que l'air chargé en dioxyde de carbone se réchauffe davantage au soleil
- Ses travaux de 1856 sont présentés à l'American Association for the Advancement of Science (par un collègue, car les femmes n'avaient pas la parole)
- Elle est considérée comme une devancière de John Tyndall dans l'étude de l'absorption de la chaleur par les gaz
- Son rôle dans la découverte de l'effet de serre n'a été redécouvert qu'à partir de 2010
Œuvres & réalisations
Article fondateur démontrant que le gaz carbonique retient la chaleur du soleil ; première mise en évidence expérimentale du principe de l'effet de serre.
Dans ce même article, elle relie la teneur de l'air en gaz carbonique à la température de la Terre : la toute première intuition du réchauffement climatique.
Second article scientifique, consacré à l'électricité statique engendrée par la compression et la détente des gaz.
Engagement militant lors de la convention de Seneca Falls, manifeste fondateur du mouvement pour les droits des femmes aux États-Unis.
Eunice déposa des brevets, témoignant d'un esprit inventif rare pour une femme de son temps et d'une vie tournée vers la technique.
Anecdotes
En 1856, Eunice Newton Foote réalise une expérience d'une simplicité géniale : elle place deux cylindres de verre au soleil, l'un rempli de gaz carbonique, l'autre d'air ordinaire, chacun muni d'un thermomètre. Le cylindre contenant le CO₂ chauffe nettement plus et se refroidit plus lentement. Sans le savoir, elle vient de mettre en évidence le principe de l'effet de serre, trois ans avant les expériences célèbres du physicien John Tyndall.
Son article fut présenté au grand congrès scientifique américain (l'AAAS) en août 1856 à Albany, mais Eunice ne put le lire elle-même : les femmes n'étaient pas autorisées à s'exprimer devant l'assemblée. C'est le savant Joseph Henry, du Smithsonian, qui lut son texte à sa place, en déclarant que « la science n'appartient à aucun pays ni à aucun sexe ».
Dans son article, Foote écrit une phrase visionnaire : une atmosphère plus riche en gaz carbonique donnerait à la Terre « une température élevée ». Elle est ainsi la première personne connue à relier la quantité de CO₂ de l'air au réchauffement de la planète — l'intuition de base du changement climatique, formulée en 1856 !
Bien avant ses expériences, Eunice fut une militante des droits des femmes : en 1848, elle figure parmi les premières signataires de la « Déclaration de sentiments » lors de la convention de Seneca Falls, acte fondateur du féminisme américain. Science et combat pour l'égalité ont marqué toute sa vie.
Sa découverte fut presque totalement oubliée pendant plus de 150 ans, et le mérite de l'effet de serre fut longtemps attribué à des hommes. Ce n'est qu'en 2011 qu'un géologue à la retraite, Raymond Sorenson, retrouva son article par hasard et lui rendit enfin justice.
Sources primaires
« L'effet le plus élevé des rayons du soleil, je l'ai trouvé dans le gaz carbonique. Une atmosphère de ce gaz donnerait à notre Terre une température élevée ; et si, comme certains le supposent, l'air en contenait jadis une plus grande proportion qu'aujourd'hui, une température accrue en aurait nécessairement résulté. »
Second article scientifique d'Eunice Foote, consacré à l'électricité statique produite par la compression et la raréfaction des gaz dans l'air.
« Nous sommes heureux d'apprendre que, dans notre pays aussi, des dames se livrent à des recherches scientifiques originales » : l'article salue les expériences de Mme Foote présentées à l'AAAS.
« Nous tenons ces vérités pour évidentes : que tous les hommes et toutes les femmes sont créés égaux. » Eunice Newton Foote figure parmi les signataires de ce manifeste.
Lieux clés
Petite ville où naît Eunice Newton en 1819, avant que sa famille ne s'installe dans l'État de New York.
École pour jeunes filles fondée par Emma Willard, où Eunice reçut une rare formation scientifique pour une femme de son époque.
Ville où elle vécut et où se tint en 1848 la convention pour les droits des femmes dont elle signa la Déclaration de sentiments.
Lieu du congrès de l'AAAS de 1856 où son article fut lu, faute pour elle de pouvoir s'exprimer en personne.
Ville où Eunice Newton Foote meurt en 1888, longtemps oubliée du monde scientifique.
Objets typiques

Eunice utilisait deux cylindres de verre identiques, équipés chacun d'un thermomètre, qu'elle remplissait de gaz différents pour comparer leur échauffement au soleil.

Instrument indispensable à ses mesures : placé dans chaque cylindre, il révélait quel gaz retenait le plus la chaleur du soleil.

Appareil servant à comprimer ou raréfier l'air dans une enceinte ; Eunice s'en servait pour préparer ses gaz et faire varier leur densité.

Outils d'écriture avec lesquels elle rédigeait ses observations et ses articles scientifiques avant de les soumettre aux revues.

Vêtement typique des Américaines aisées du milieu du XIXe siècle, aux jupes amples soutenues par une armature légère.

Document officiel protégeant une invention ; Eunice, comme son mari Elisha, déposa des brevets, signe de son esprit inventif.
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Vie quotidienne
Matin
Femme d'un milieu aisé de Seneca Falls, Eunice commençait sa journée par la gestion du foyer et l'éducation de ses enfants. Mais dès qu'elle le pouvait, elle consacrait ses matinées à lire des revues scientifiques et à préparer ses expériences.
Après-midi
L'après-midi, elle disposait ses cylindres de verre et ses thermomètres au soleil pour observer comment chaque gaz se réchauffait. Elle notait soigneusement ses mesures, comme une véritable chercheuse, dans un siècle où la science restait un domaine réservé aux hommes.
Soir
Le soir, à la lueur d'une lampe à huile, elle rédigeait ses observations et discutait sciences et politique avec son mari Elisha. Les Foote recevaient parfois des voisins engagés dans le mouvement pour les droits des femmes.
Alimentation
Son alimentation était celle de la bourgeoisie du nord-est des États-Unis : pain, viandes, légumes du potager, fruits de saison, accompagnés de thé ou de café. Les conserves et les produits du marché local complétaient l'ordinaire.
Vêtements
Elle portait les robes longues à corsage ajusté et jupes amples soutenues par une crinoline, à la mode au milieu du XIXe siècle, avec châle et bonnet pour sortir.
Habitat
Elle vivait dans une maison confortable de Seneca Falls, ville prospère bordant un canal. Le logis comptait un salon, des chambres et un espace assez tranquille pour mener ses expériences scientifiques.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Circumstances Affecting the Heat of the Sun's Rays
1856
Hypothèse sur le climat et le CO₂
1856
On a New Source of Electrical Excitation
1857
Signature de la Déclaration de sentiments
1848
Brevets d'invention
vers 1860






