Femme de Putiphar

Femme de Putiphar

10 min de lecture

SpiritualitéCultureMythologieAvant J.-C.Époque des patriarches bibliques, Égypte ancienne (période estimée entre 1800 et 1500 av. J.-C.)

Personnage biblique de l'Ancien Testament, épouse du chef de la garde du pharaon Putiphar. Elle tente de séduire Joseph, fils de Jacob, et, repoussée, l'accuse faussement d'agression, ce qui conduit à l'emprisonnement de Joseph.

Questions fréquentes

La femme de Putiphar est un personnage de l'Ancien Testament, dans le livre de la Genèse (chapitre 39). Épouse du chef de la garde du pharaon, elle incarne la tentatrice qui tente de séduire Joseph, le fils de Jacob. Repoussée, elle l'accuse faussement d'agression, ce qui conduit à son emprisonnement. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle est devenue un archétype mythologique de la fausse accusatrice, comparable à Phèdre dans la mythologie grecque. Son histoire est reprise dans le Coran (sourate Yusuf, où elle est nommée Zulaikha) et dans la littérature soufie, où elle symbolise l'âme en quête de rédemption.

Faits marquants

  • Mentionnée dans la Genèse (chapitres 39-40) sans être nommée explicitement
  • Épouse de Putiphar, chef de la garde personnelle du pharaon d'Égypte
  • Tente de séduire Joseph, qui refuse par fidélité à son maître et à Dieu
  • Accuse faussement Joseph d'agression après son rejet, provoquant son emprisonnement
  • Son récit est repris dans le Coran (sourate Yusuf, 12) où elle est nommée Zulaikha

Œuvres & réalisations

Genèse, chapitre 39 (Bible hébraïque / Ancien Testament) (Xe-Ve siècle av. J.-C.)

Le texte fondateur qui relate l'épisode : Joseph refusant la séduction, la fausse accusation et l'emprisonnement. Ce chapitre est la source textuelle principale pour toutes les représentations ultérieures de la femme de Putiphar.

Sourate Yusuf (Coran, chapitre 12) (615 ap. J.-C.)

Le Coran développe l'histoire avec des détails absents de la Bible, notamment la scène des femmes de cour qui se coupent les doigts en voyant la beauté de Yusuf. La femme de Putiphar, nommée Zulaikha dans la tradition islamique, y admet finalement publiquement sa faute.

Midrash Bereshit Rabbah (IVe-Ve siècle ap. J.-C.)

Ce commentaire rabbinique amplifie considérablement le récit biblique en attribuant à la femme de Putiphar des stratagèmes de séduction quotidiens et en détaillant la lutte intérieure de Joseph, érigé en modèle de vertu pour la tradition juive.

Yusuf et Zulaikha, poème de Jami (Haft Awrang) (1483)

Chef-d'œuvre de la littérature persane soufie, ce long poème transforme l'histoire en allégorie mystique : Zulaikha représente l'âme humaine aspirant à l'union avec le divin incarné par Yusuf. Elle y est finalement rédemptée après une vie de souffrance et de repentir.

Joseph und seine Brüder (Joseph et ses frères), Thomas Mann (1926-1943)

Vaste tétralogie romanesque du Prix Nobel Thomas Mann, qui consacre plusieurs centaines de pages à la psychologie de la femme de Putiphar (appelée Mut-em-enet dans le roman). Mann en fait un personnage tragique, rongé par un amour impossible et une jalousie dévorante.

Joseph and the Amazing Technicolor Dreamcoat, comédie musicale de Andrew Lloyd Webber et Tim Rice (1968)

Comédie musicale mondialement connue qui adapte le cycle de Joseph pour un public contemporain. La femme de Putiphar y apparaît dans un numéro parodique, soulignant la dimension universelle et intemporelle du personnage à travers les siècles.

Anecdotes

Dans le livre de la Genèse (chapitre 39), la femme de Putiphar tente à plusieurs reprises de séduire Joseph, dont la beauté et la sagesse sont soulignées par le texte sacré. Un jour qu'ils se retrouvent seuls dans la maison, elle saisit son vêtement pour le retenir. Joseph s'enfuit en laissant son manteau entre ses mains, préférant fuir le péché plutôt que de trahir la confiance de son maître.

Utilisant le manteau abandonné comme fausse preuve, la femme de Putiphar accuse Joseph d'avoir tenté de la violer. Elle raconte d'abord la même histoire aux serviteurs de la maison, puis à son mari à son retour. Cette inversion du mensonge — la coupable devenant accusatrice — est l'un des retournements moraux les plus célèbres de la littérature biblique.

Dans la tradition islamique, elle est appelée Zulaikha. Le Coran (sourate Yusuf, chapitre 12) rapporte l'épisode avec des détails supplémentaires : des femmes de la cour, invitées chez elle et éblouies par la beauté de Yusuf, se coupent les doigts tant elles sont stupéfaites. Zulaikha aurait plus tard regretté sa faute et certaines traditions lui accordent une rédemption finale.

Le midrash juif rapporte que la femme de Putiphar portait régulièrement de nouveaux vêtements pour tenter Joseph chaque jour : le matin des vêtements du matin, le soir des vêtements du soir. Cette image illustre la persistance de la tentation et la constance de la résistance de Joseph, érigé en modèle de chasteté dans la tradition hébraïque.

L'histoire de la femme de Putiphar a été rapprochée par les historiens et mythologues de récits similaires dans d'autres cultures antiques : le conte égyptien des Deux Frères (papyrus d'Orbiney, XIIIe siècle av. J.-C.) et le mythe grec de Phèdre et Hippolyte présentent le même motif de la femme repoussée qui accuse faussement l'homme vertueux. Ce schéma narratif récurrent révèle une préoccupation universelle des sociétés anciennes pour la justice et la chasteté.

Sources primaires

Livre de la Genèse, chapitre 39 (Torah / Ancien Testament) (Rédigé entre le Xe et le Ve siècle av. J.-C. ; événements situés vers 1700 av. J.-C.)
La femme de son maître jeta les yeux sur Joseph, et dit : Couche avec moi. Il refusa [...] Il laissa son vêtement entre ses mains, et s'enfuit dehors.
Coran, Sourate 12 (Yusuf), versets 23-32 (Révélé vers 615 ap. J.-C. (période mecquoise))
Celle dans la maison de qui il se trouvait voulut le séduire et ferma les portes [...] Elle dit : Voilà celui pour qui vous m'avez blâmée. Oui, je l'ai sollicité, mais il s'est refusé.
Papyrus d'Orbiney (Conte des Deux Frères) (Vers 1210 av. J.-C. (règne de Séthi II, XIXe dynastie))
La femme de l'aîné tenta le cadet ; celui-ci refusa et s'enfuit. Elle prit alors son vêtement, se frappa elle-même et se plaignit à son mari d'une agression qu'elle avait inventée.
Midrash Bereshit Rabbah (commentaire rabbinique sur la Genèse) (IVe-Ve siècle ap. J.-C. (compilation des traditions orales rabbiniques))
La femme de Putiphar cherchait Joseph chaque jour avec de nouveaux atours et de nouvelles paroles de séduction ; mais Joseph demeurait ferme dans sa crainte de Dieu.
Haft Awrang (Les Sept Trônes) de Jami — poème Yusuf et Zulaikha (1483 ap. J.-C. (littérature persane médiévale))
Zulaikha, consumée par son amour pour Yusuf, avait rempli sa maison de ses portraits ; chaque chambre était un sanctuaire à sa beauté. Quand il parut, elle perdit toute raison.

Lieux clés

Memphis (Mennéfer), Égypte

Capitale administrative de l'Égypte durant plusieurs dynasties, Memphis est le lieu probable où résidait Putiphar en tant que chef de la garde du pharaon. C'est là que se serait déroulé l'épisode biblique de la tentation et de la fausse accusation contre Joseph.

Maison de Putiphar (lieu symbolique, Égypte)

La maison de Putiphar, vaste demeure d'un haut fonctionnaire égyptien, est le décor central de toute l'histoire : c'est là que Joseph prospère comme intendant, que la femme de Putiphar le tente, et que la fausse accusation est portée, conduisant à l'emprisonnement de Joseph.

Prison royale (Sohar), Égypte

La prison où Joseph est envoyé après la fausse accusation est décrite dans la Genèse comme un lieu spécial réservé aux prisonniers du roi. Selon la tradition rabbinique, elle aurait pu se trouver à proximité de la demeure de Putiphar lui-même, qui en assurait la surveillance.

Hébron (Kiriat-Arba), Canaan

C'est depuis Hébron que Jacob envoya Joseph rejoindre ses frères, initiant la chaîne d'événements qui mena Joseph en Égypte. Hébron était le centre de la vie des patriarches et le lieu de la tombe d'Abraham, Isaac et Jacob.

Goshen (Terre de Gessen), delta du Nil

Région du delta oriental du Nil où Joseph installa sa famille une fois réconcilié avec ses frères. Ce territoire fertile symbolise la conclusion heureuse du cycle de Joseph, renversant la malédiction initiée par la trahison et la fausse accusation.

Voir aussi