Zulaikha — la « femme de Putiphar » de la Genèse — est l'épouse d'un haut dignitaire de l'Égypte pharaonique. Elle tente de séduire Joseph et, repoussée, l'accuse (Genèse 39 ; Coran, sourate Yusuf). Ni l'un ni l'autre texte ne la nomme : elle y est une fonction, « la femme de ». Son nom lui vient de l'exégèse islamique et de la poésie persane, qui lui donnent une intériorité — et, chez Jami, une rédemption.
Zulaikha
Zouleïkha
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Questions fréquentes
Faits marquants
- Mentionnée dans la Genèse (chapitre 39) comme épouse de Potiphar, chef de la garde de Pharaon
- Tente de séduire Joseph ; après son refus, l'accuse faussement d'agression, le faisant emprisonner
- Dans le Coran (sourate 12, Yusuf), elle est nommée Zouleïkha et son histoire est développée en profondeur
- Le poète persan Jami (XVe siècle) lui consacre l'épopée 'Yusuf et Zouleïkha', où elle se repent et obtient le pardon
- Son personnage a inspiré de nombreuses œuvres littéraires et artistiques à travers les trois monothéismes
Œuvres & réalisations
Premier récit canonique où apparaît Zouleïkha, sans être nommée. Ce texte fondateur établit les grandes lignes de la légende : la séduction, le refus, la fausse accusation et l'emprisonnement de Joseph.
Version coranique la plus développée du récit, donnant à Zouleïkha un rôle plus complexe. La scène du banquet et la reconnaissance finale de sa culpabilité y sont présentes, faisant d'elle une figure morale ambivalente capable de rédemption.
Version épique persane précoce introduisant le motif du rêve prémonitoire — Zulaikha voit le visage de Yusuf en songe avant de le rencontrer, tombant amoureuse d'une vision céleste. Ce motif influencera toute la tradition littéraire ultérieure.
Chef-d'œuvre de la poésie mystique soufie persane. Zulaikha y est réinterprétée comme symbole de l'âme en quête de Dieu, et son amour pour Yusuf devient une allégorie de la recherche du divin — l'œuvre la plus influente sur la tradition littéraire mondiale.
Ensemble d'œuvres picturales produites dans les cours d'Iran, d'Inde moghole et d'Asie centrale, représentant les scènes clés du récit. Ces miniatures constituent le témoignage visuel le plus riche de l'importance culturelle de Zouleïkha dans la civilisation islamique.
Commentaires rabbiniques qui enrichissent le récit biblique de détails absents du texte original, notamment les tentatives répétées de séduction avec changements de tenues quotidiens. Ces textes ont alimenté l'imaginaire de la tradition juive médiévale.
Anecdotes
Dans la Bible (Genèse 39), Zouleïkha n'est pas nommée — elle est désignée simplement comme 'la femme de Potiphar'. Elle remarque la beauté de Joseph, esclave hébreu acheté à des marchands ismaélites, et tente de le séduire jour après jour. Joseph refuse chaque fois, invoquant la confiance de son maître et sa fidélité à Dieu.
La scène du vêtement déchiré est l'une des plus dramatiques du récit : fuyant Zouleïkha, Joseph laisse son manteau entre ses mains. Elle s'en empare comme preuve et accuse Joseph devant son mari. Mais le Coran précise qu'un témoin — selon certains commentateurs, un enfant doué de parole miraculeuse — révèle la vérité : si le vêtement est déchiré par-devant, Joseph est coupable ; par-derrière, il est innocent. Potiphar conclut à la culpabilité de sa femme.
Le Coran (sourate 12, Yusuf, versets 30-31) rapporte une scène absente de la Bible : raillée par les femmes nobles de la ville pour son amour honteux, Zouleïkha organise un banquet. Elle distribue des couteaux et des cédrats, puis fait entrer Joseph. Les femmes, frappées par sa beauté surnaturelle, se coupent les mains sans s'en rendre compte, s'écriant : 'Ce n'est pas un être humain, c'est un ange noble !' Zouleïkha triomphe ainsi de leurs moqueries.
Dans la poésie mystique persane, notamment le chef-d'œuvre de Jami intitulé Yusuf va Zulaikha (1483), l'amour de Zouleïkha est réinterprété comme une allégorie de l'âme humaine éperdument amoureuse de la Beauté divine. Dans cette version, Zulaikha aurait vu le visage de Yusuf en rêve bien avant de le rencontrer, tombant amoureuse d'une vision céleste. Après la mort de son mari et la libération de Joseph, elle se repent sincèrement et Joseph l'épouse, leur union symbolisant la réunion de l'âme avec Dieu.
La figure de Zouleïkha a traversé les siècles et les cultures : elle apparaît dans les miniatures persanes et mogholes parmi les œuvres d'art les plus raffinées de l'islam médiéval, toujours représentée face à Joseph dont la beauté rayonnante est symbolisée par un éclat lumineux. Son nom est devenu synonyme de passion amoureuse incontrôlable dans les littératures arabe, persane et turque, faisant d'une figure biblique anonyme l'une des héroïnes les plus célébrées de la littérature mondiale.
Sources primaires
La femme de son maître jeta les yeux sur Joseph, et lui dit : Couche avec moi. Il refusa, et dit à la femme de son maître : Mon maître, qui m'a confié tout ce qu'il possède, ne s'inquiète de rien dans la maison… Comment ferais-je ce grand mal, et pécherais-je contre Dieu ?
Celle dans la maison de qui il se trouvait le sollicita pour qu'il se livrât à elle. Elle ferma les portes et dit : 'Viens !' Il dit : 'Que Dieu me préserve ! Mon Seigneur m'a accordé la meilleure demeure. Vraiment, les injustes ne réussissent pas.' Elle le désirait, et il l'eût désirée lui-même s'il n'avait pas vu le signe de son Seigneur.
Zulaikha était une reine dont la beauté rivalisait avec celle de la lune, mais c'est l'amour de Yusuf qui la consumait comme une flamme consume la cire. Elle bâtit en son honneur un palais à sept salles, chacune ornée de son portrait, pour qu'il ne pût regarder nulle part sans voir son visage.
Les sages rapportent que Zouleïkha tenta Joseph pendant une longue période, changeant chaque jour de vêtements pour le séduire. Elle lui fit même fabriquer une idole qu'elle voila pour que Joseph ne pût invoquer le regard de Dieu sur eux.
Le poète décrit comment la beauté de Yusuf était telle que même les anges en étaient éblouis, et que Zulaikha, voyant son visage en songe avant même de le rencontrer, tomba éperdument amoureuse de cette vision divine avant tout contact humain.
Lieux clés
Résidence principale de Zouleïkha où se déroule l'essentiel du récit. C'est ici qu'elle tente de séduire Joseph, qu'elle l'accuse faussement et que se joue le drame central de la légende.
Lieu d'enfermement de Joseph suite à la fausse accusation de Zouleïkha. Dans la tradition coranique, Joseph y reste plusieurs années avant d'être libéré pour interpréter les rêves du Pharaon.
Région d'où est originaire Joseph, vendu comme esclave par ses frères. Le lien entre Canaan et l'Égypte constitue le cadre géographique et spirituel du récit biblique et coranique.
Dans la version poétique de Jami, Zouleïkha fait construire un palais splendide à sept salles ornées du portrait de Yusuf. Ce lieu légendaire est le symbole de son amour obsessionnel et de la progression spirituelle vers la beauté divine.
Ville sacrée égyptienne associée dans la Bible au séjour de Joseph en Égypte. Selon Genèse 41:45, Joseph y épouse Asnath, fille du grand prêtre de On, contextualisant l'environnement religieux et social dans lequel vivait Zouleïkha.
Objets typiques

Le manteau de Joseph, arraché dans la fuite, est la pièce à conviction centrale du récit. Son état — déchiré par-devant ou par-derrière — devient dans le Coran la preuve matérielle de l'innocence de Joseph et de la culpabilité de Zouleïkha. Dans la Genèse, ce même vêtement est la simlah que Joseph abandonne en fuyant : la pièce centrale de son accusation mensongère. Ce manteau devient la fausse preuve d'un crime imaginaire, préfigurant le manteau ensanglanté que les frères de Joseph avaient montré à Jacob pour lui faire croire à la mort de son fils.

Lors du célèbre banquet coranique, Zouleïkha distribue des couteaux et des cédrats à ses invitées. Frappées par la beauté surnaturelle de Joseph, les femmes se coupent les mains sans s'en rendre compte — symbole du pouvoir dévastateur de la beauté divine.

En fermant toutes les portes de la maison avant de tenter de séduire Joseph (Coran 12:23), Zouleïkha manipule l'espace domestique dont elle détient le contrôle. Les clés symbolisent son pouvoir dans la sphère privée et l'enfermement qu'elle tente d'imposer à Joseph.

Dans la tradition poétique persane de Jami, Zouleïkha fait peindre le portrait de Joseph dans chaque pièce de son palais à sept salles. Ces images symbolisent son obsession amoureuse et l'omniprésence du divin dans sa vie intérieure.

Symbole de contemplation et de conscience de soi dans la littérature soufie, le miroir apparaît dans les récits allégoriques de Zulaikha comme l'objet de sa réflexion intérieure — elle y perçoit son propre état moral avant la rédemption spirituelle finale.

Le maquillage des yeux au khôl (galène broyée) était une pratique universelle en Égypte ancienne, pour des raisons à la fois esthétiques et médicales. La femme de Putiphar, femme de cour soucieuse de sa beauté et de sa séduction, en faisait certainement usage quotidiennement.
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Vie quotidienne
Matin
En tant qu'épouse d'un haut dignitaire égyptien, Zouleïkha commençait sa journée dans les appartements réservés aux femmes de l'élite. Des servantes l'aidaient à se parer : onctions d'huiles parfumées, maquillage au khôl et à l'ocre rouge, coiffure élaborée ornée de perles et d'or. Le matin était consacré aux rites domestiques et à la supervision des nombreux serviteurs de la demeure.
Après-midi
L'après-midi était dédié à la gestion des affaires du vaste domaine de Potiphar et à la réception de visites. Dans la tradition littéraire, c'est à ces heures que Zouleïkha cherchait à s'approcher de Joseph, profitant des absences de son mari pour tenter de le séduire dans les pièces intérieures. Les femmes nobles de la ville se rendaient visite et Zouleïkha y était parfois moquée pour sa passion.
Soir
Le soir, Zouleïkha participait aux banquets et festivités de l'aristocratie égyptienne aux côtés de Potiphar. Dans la tradition persane, ses soirées étaient hantées par son amour impossible pour Joseph : elle contemplait ses portraits peints à la lumière vacillante des lampes à huile, pleurant une passion qu'elle ne pouvait assouvir et qui la consumait lentement.
Alimentation
L'élite égyptienne de l'époque se nourrissait de pains de froment fin, de viandes rôties (bœuf, volaille, gibier), de poissons du Nil séchés ou marinés, de légumes (oignons, poireaux, lentilles, concombres) et de fruits (figues, raisins, grenades, dattes). Le vin de palme et la bière d'épeautre accompagnaient les repas. Les banquets de l'aristocratie incluaient des mets rares et des épices importées du Levant et d'Arabie.
Vêtements
Zouleïkha, épouse d'un grand officier du Pharaon, portait des robes de lin blanc finement plissé, ornées de broderies colorées et de galons dorés. Des colliers en or, lapis-lazuli et cornaline, des bracelets, des bagues et des boucles d'oreilles complétaient sa parure. Dans le Midrash, les rabbins précisent qu'elle changeait de tenue chaque jour pour séduire Joseph — signe de sa richesse et de son obsession.
Habitat
La demeure de Potiphar était une grande villa égyptienne à cour intérieure, avec des colonnes peintes aux couleurs vives, des bassins d'eau fraîche et des jardins arborés. Les appartements féminins étaient séparés des salles de réception. Les murs étaient décorés de fresques représentant des scènes de la vie du Nil et des divinités égyptiennes. Dans la poésie persane, Zouleïkha aurait fait construire un palais entier dont chaque salle était ornée du portrait de Joseph.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Genèse 39 (Bible hébraïque / Torah)
Xe–VIe siècle avant J.-C.
Sourate Yusuf, Coran (chapitre 12)
~610–632 après J.-C.
Yusuf et Zulaikha de Firdausi
Xe–XIe siècle après J.-C.
Yusuf va Zulaikha de Jami
1483 après J.-C.
Miniatures persanes et mogholes illustrant Yusuf et Zulaikha
XIVe–XVIIe siècle après J.-C.
Midrash Bereshit Rabbah (commentaires rabbiniques)
IVe–Ve siècle après J.-C.





