Francesco Melzi(1492 — 1570)

Francesco Virgolini

9 min de lecture

Arts visuelsArtisteRenaissanceHaute Renaissance italienne, période de rayonnement artistique et intellectuel dans la péninsule italienne

Francesco Melzi (1491-1570) fut l'élève favori et fidèle compagnon de Léonard de Vinci. Peintre italien de la Renaissance lombarde, il hérita des manuscrits et œuvres de Léonard à sa mort et contribua à préserver son œuvre.

Questions fréquentes

Francesco Melzi (1492-1570) fut le plus proche élève et compagnon de Léonard de Vinci. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il n'était pas un simple apprenti : après la mort de Léonard en 1519, Melzi hérita de tous ses manuscrits et œuvres, qu'il rapatria depuis Amboise jusqu'à sa villa de Vaprio d'Adda. Il consacra des décennies à les organiser, permettant la transmission du savoir léonardesque. Sans lui, des textes majeurs comme le Trattato della Pittura (publié en 1651) auraient peut-être disparu. Moins un peintre de génie qu'un conservateur dévoué, Melzi est le maillon indispensable qui a préservé l'héritage de la Renaissance.

Faits marquants

  • Né vers 1491 à Vaprio d'Adda, près de Milan, dans une famille noble lombarde
  • Rejoint l'atelier de Léonard de Vinci vers 1506-1508, à l'âge d'environ 15 ans
  • Accompagne Léonard lors de son séjour en France à la cour de François Ier (1516-1519)
  • Hérite à la mort de Léonard (1519) de l'ensemble de ses manuscrits, dessins et œuvres
  • Compile le Libro di pittura à partir des notes de Léonard, contribuant à diffuser ses théories artistiques

Œuvres & réalisations

Vertumne et Pomone (c. 1520)

Considérée comme son chef-d'œuvre, cette peinture représente la déesse romaine Pomone et le dieu Vertumne déguisé en vieille femme, tirée des Métamorphoses d'Ovide. Conservée à la Gemäldegalerie de Berlin, elle témoigne de la maîtrise du sfumato léonardesque dans le rendu des visages et des draperies.

Trattato della Pittura (Traité de la Peinture) (c. 1540-1570 (compilation) ; publié en 1651)

Compilation des notes théoriques de Léonard de Vinci sur la peinture, la lumière, les proportions et la perspective, réalisée par Melzi à partir de milliers de feuillets originaux. Publié à Paris en 1651, cet ouvrage fut la première codification des théories picturales de Léonard et influença durablement la théorie de l'art européenne.

Flora (ou Columbine) (c. 1520-1525)

Tableau représentant une jeune femme tenant des fleurs, attribué à Melzi et conservé à l'Ermitage de Saint-Pétersbourg. Il illustre sa maîtrise dans la représentation des visages féminins selon le style léonardesque, avec ce traitement subtil de la lumière caractéristique de l'école lombarde.

Léda et le Cygne (copie d'après Léonard de Vinci) (c. 1508-1515)

Copie réalisée par Melzi d'après une composition aujourd'hui perdue de Léonard représentant Léda et Zeus métamorphosé en cygne. Cette œuvre est précieuse pour les historiens de l'art car elle permet de reconstituer fidèlement l'original disparu du maître.

Portrait de jeune homme (c. 1510-1520)

Plusieurs portraits de jeunes hommes sont attribués à Melzi, révélant sa formation dans la grande tradition lombarde du portrait de cour. Ces œuvres témoignent de sa capacité à capter la psychologie des modèles dans la lignée directe de l'enseignement de Léonard.

Anecdotes

Vers 1506, le jeune Francesco Melzi, fils d'une noble famille lombarde, n'a qu'une quinzaine d'années lorsqu'il rencontre Léonard de Vinci à Milan. Séduit par le génie du maître, il abandonne les privilèges de sa condition pour entrer dans son atelier, devenant rapidement son assistant le plus proche et son compagnon fidèle jusqu'à la mort de l'artiste.

En 1519, lorsque Léonard s'éteint à Amboise, c'est Francesco Melzi qui annonce la nouvelle à la famille du maître. Dans une lettre touchante adressée aux frères de Léonard, il écrit que la mort de celui-ci a été pour lui un deuil aussi douloureux que la perte d'un père, témoignant de la profondeur du lien affectif qui les unissait.

Après la mort de Léonard, Melzi organisa seul le rapatriement de l'ensemble des manuscrits et œuvres depuis la France jusqu'en Italie, transportant des milliers de feuillets de notes scientifiques, artistiques et philosophiques. Cette mission périlleuse permit de sauvegarder l'un des plus grands patrimoines intellectuels de la Renaissance.

Melzi passa plusieurs décennies à tenter d'organiser les notes éparses de Léonard pour constituer un Traité de la Peinture. Malgré son dévouement total, ce travail colossal ne fut publié qu'en 1651, soit plus de quatre-vingts ans après sa mort, à Paris. Son effort de compilation reste néanmoins l'un des actes fondateurs de la théorie de l'art en Occident.

Après son retour en Italie, Melzi vécut retiré dans la Villa Melzi à Vaprio d'Adda, entouré des milliers de feuillets hérités de son maître. Ses héritiers, peu conscients de la valeur inestimable de ce trésor, dispersèrent les manuscrits après sa mort en 1570, conduisant à leur dispersion aux quatre coins de l'Europe.

Sources primaires

Lettre de Francesco Melzi aux frères de Léonard de Vinci (1519)
Je crois que vous avez appris la mort de Maître Léonard, votre frère, et pour moi le meilleur des pères. Il m'est impossible d'exprimer le chagrin que j'ai ressenti à sa mort ; et tant que mes membres me soutiendront, j'éprouverai une douleur perpétuelle.
Giorgio Vasari, Vite de' più eccellenti pittori, scultori e architettori (Vies des artistes), seconde édition (1568)
Francesco Melzi, gentilhomme milanais, fut du vivant de Léonard très aimé de lui ; et aujourd'hui, homme âgé, il conserve avec amour le souvenir de Léonard et ses tableaux.
Journal de voyage d'Antonio de Beatis, secrétaire du cardinal d'Aragon (1517)
Nous avons vu à Amboise un vieillard de plus de soixante-dix ans, Léonard de Vinci, accompagné d'un jeune Milanais fort gracieux que le vieux maître chérit tendrement.
Trattato della Pittura, compilé par Francesco Melzi d'après les notes de Léonard de Vinci (c. 1540-1570 (compilation) ; publié en 1651)
Ce traité rassemble les théories du maître sur la lumière, les proportions, les draperies et la perspective, constituant la première codification systématique de sa pensée picturale transmise par son plus fidèle disciple.

Lieux clés

Vaprio d'Adda, Villa Melzi (Lombardie, Italie)

Lieu de naissance et de résidence principale de Francesco Melzi, cette villa familiale lombarde devint après 1519 le sanctuaire des manuscrits de Léonard de Vinci. C'est là que Melzi travailla pendant des décennies à la compilation du Trattato della Pittura, entouré du précieux héritage intellectuel du maître, jusqu'à sa mort.

Milan, Duché de Milan (Lombardie, Italie)

C'est à Milan que Melzi rencontra Léonard de Vinci vers 1506, alors que la ville était sous domination française. Il y reçut sa formation artistique dans l'atelier du maître, au cœur d'une métropole qui était alors l'un des foyers culturels et intellectuels les plus actifs d'Europe.

Château du Clos Lucé, Amboise (Touraine, France)

Résidence accordée par François Ier à Léonard de Vinci en 1516, le Clos Lucé fut le dernier lieu de vie du maître, où Melzi l'assista jusqu'à sa mort en 1519. C'est dans ce château que Melzi recueillit solennellement le legs artistique et intellectuel de Léonard.

Rome, Belvédère du Vatican (Italie)

Entre 1513 et 1516, Melzi accompagna Léonard à Rome, où ce dernier séjourna sous la protection de Julien de Médicis. Ce séjour permit à Melzi d'admirer les œuvres antiques et de côtoyer les grands maîtres contemporains tels que Michel-Ange et Raphaël.

Voir aussi