Écrivain français du XXe siècle, membre de l'OuLiPo. Maître des contraintes littéraires, il est l'auteur de La Vie mode d'emploi et de La Disparition, roman écrit entièrement sans la lettre « e ».
Georges Perec(1936 — 1982)
Georges Perec
France
7 min de lecture
Questions fréquentes
Citations célèbres
« Je me souviens que De Gaulle avait un frère handicapé mental qui dirigeait un orphelinat.»
« Vivre, c'est passer d'un espace à un autre, en essayant le plus possible de ne pas se cogner.»
Faits marquants
- Né en 1936 à Paris dans une famille juive d'origine polonaise ; son père meurt en 1940 et sa mère est déportée à Auschwitz en 1943
- Publie Les Choses en 1965, qui obtient le prix Renaudot
- Rejoint l'OuLiPo (Ouvroir de littérature potentielle) en 1967
- Publie La Disparition en 1969, roman lipogrammatique sans la lettre « e »
- Fait paraître La Vie mode d'emploi en 1978, couronné par le prix Médicis ; meurt en 1982
Œuvres & réalisations
Roman sur un jeune couple happé par la société de consommation ; prix Renaudot, il révèle Perec au grand public.
Récit à la deuxième personne d'un étudiant qui se retire du monde, plus tard adapté au cinéma par Perec lui-même.
Roman lipogramme écrit entièrement sans la lettre « e » ; un tour de force devenu emblème de l'OuLiPo.
Essai-promenade qui explore tous les espaces de la vie, de la page au monde, en passant par la chambre et la rue.
Œuvre double mêlant fiction et autobiographie, qui aborde indirectement la mémoire de la Shoah et la perte de ses parents.
Recueil de 480 souvenirs collectifs débutant tous par « Je me souviens », véritable mémoire d'une génération.
Roman-monde décrivant un immeuble parisien pièce par pièce selon des contraintes mathématiques ; prix Médicis et chef-d'œuvre de Perec.
Anecdotes
En 1969, Perec publie La Disparition, un roman de plus de 300 pages écrit sans jamais utiliser la lettre « e », pourtant la plus fréquente du français. La performance est telle que certains critiques de l'époque lurent le livre sans remarquer l'absence de cette voyelle. Trois ans plus tard, par jeu inverse, il écrit Les Revenentes en n'employant comme voyelle que le « e ».
Pour construire La Vie mode d'emploi, Perec imagine un immeuble parisien fictif au 11 rue Simon-Crubellier et découpe sa façade en une grille de 10 sur 10 cases. Il déplace ensuite son récit de pièce en pièce en suivant le « parcours du cavalier » des échecs, qui visite chaque case une seule fois. Chaque chapitre obéissait en plus à des listes d'éléments imposés.
Dans Je me souviens (1978), Perec aligne 480 souvenirs anodins partagés par toute une génération, commençant tous par les mêmes mots : « Je me souviens ». Il invitait les lecteurs à compléter eux-mêmes les pages blanches laissées à la fin du livre.
Toute sa vie d'adulte, Perec a gagné son pain comme documentaliste dans un laboratoire de neurophysiologie du CNRS : il classait des fiches scientifiques le jour et écrivait à côté. Il composait aussi des grilles de mots croisés pour l'hebdomadaire Le Point.
Orphelin de la Seconde Guerre mondiale — son père tué au front en 1940, sa mère déportée à Auschwitz —, Perec ouvre son récit autobiographique W ou le souvenir d'enfance par une phrase devenue célèbre : « Je n'ai pas de souvenirs d'enfance. » Toute son œuvre joue avec cette mémoire trouée.
Sources primaires
Je n'ai pas de souvenirs d'enfance.
Anton Voyl n'arrivait pas à dormir.
À considérer le problème dans son ensemble, le puzzle n'est pas un jeu solitaire : chaque geste que fait le poseur de puzzle, le faiseur de puzzle l'a fait avant lui.
L'espace de notre vie n'est ni continu, ni infini, ni homogène, ni isotrope.
Je me souviens des cafés où l'on était mieux assis sur la banquette du fond que sur les chaises.
Lieux clés
Ville natale de Perec en 1936 et décor central de son œuvre, qu'il arpente et inventorie sans cesse. Il grandit dans le quartier populaire de Belleville.
Rue de l'enfance de Perec, où vivait sa famille avant la guerre. Il y revient en photographe et en écrivain dans son projet Lieux pour mesurer la disparition du quartier.
Village du Vercors où le jeune Georges est mis à l'abri pendant l'Occupation, loin de Paris. C'est là qu'il échappe aux persécutions visant les Juifs.
Perec y travaille comme documentaliste dans un service de neurophysiologie pendant près de vingt ans. Ce métier alimentaire lui laisse le temps d'écrire à côté.
Lieu où Perec s'installe en octobre 1974 pour noter tout ce qui s'y passe d'ordinaire, donnant Tentative d'épuisement d'un lieu parisien. Le banal y devient matière littéraire.
Commune de la banlieue parisienne où Georges Perec meurt en mars 1982, à 45 ans, d'un cancer. Il y est mort presque au sommet de sa reconnaissance.
Objets typiques

Outil de travail quotidien de l'écrivain, sur lequel Perec tapait ses textes soumis à des contraintes formelles strictes. Elle symbolise le passage de l'idée au texte imprimé.

Le puzzle découpé est l'objet-métaphore central de La Vie mode d'emploi, où un personnage passe sa vie à composer puis défaire des puzzles. Il incarne l'idée que toute œuvre est un assemblage de fragments.

Perec fut un cruciverbiste réputé qui composa des grilles pour l'hebdomadaire Le Point. Le quadrillage de cases noires et blanches fait écho à ses jeux sur la lettre et la contrainte.

Au CNRS, Perec classait des fiches bibliographiques scientifiques ; il appliqua ce même goût du classement et de la liste à sa littérature. Les fiches relient son métier et son écriture.

Pour ses observations « en direct », comme dans Tentative d'épuisement d'un lieu parisien, Perec notait au carnet tout ce qu'il voyait passer. L'écriture devient ici un relevé du réel ordinaire.

Indispensable à un écrivain qui s'imposait d'écrire sans certaines lettres ou avec des mots imposés, le dictionnaire était l'outil de ses contraintes oulipiennes. Il y traquait les mots rares et les listes.
Programmes scolaires
Vocabulaire & tags
Vocabulaire clé
Vie quotidienne
Matin
Perec partageait sa journée entre un métier et son écriture. Le matin, il se rendait à son laboratoire du CNRS où il classait et résumait des articles scientifiques de neurophysiologie. Ce travail régulier lui assurait un revenu et structurait son temps.
Après-midi
L'après-midi pouvait encore être occupé par la documentation, puis par des rendez-vous éditoriaux ou les réunions de l'OuLiPo. Il fréquentait les cafés et les rues de Paris, qu'il aimait observer et inventorier. La composition de grilles de mots croisés faisait aussi partie de ses activités.
Soir
Le soir et la nuit étaient souvent ses véritables heures d'écrivain. Grand fumeur et noctambule, Perec travaillait tard à ses textes soumis à contraintes, accumulant listes, fiches et plans. Il sortait volontiers retrouver des amis écrivains et intellectuels.
Alimentation
Perec vivait de la cuisine simple et urbaine de la France des Trente Glorieuses, prise au café, au restaurant ou chez lui. Il aimait d'ailleurs jouer avec la nourriture en littérature, dressant des inventaires de menus et de plats. Le café et les cigarettes accompagnaient ses longues séances de travail.
Vêtements
Il portait les vêtements ordinaires d'un intellectuel parisien des années 1960-1970 : chemise, veste, pull. Sa silhouette est restée célèbre pour sa barbe et sa tignasse de cheveux frisés. Rien d'ostentatoire : l'allure d'un employé-écrivain de son temps.
Habitat
Perec a vécu dans des appartements parisiens, après une enfance dans le quartier populaire de Belleville. Passionné par l'idée même d'« habiter », il a fait de l'immeuble et de l'appartement le sujet de ses livres. Son logement, comme ses pages, était peuplé de listes et d'objets.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Les Choses
1965
La Disparition
1969
Espèces d'espaces
1974
W ou le souvenir d'enfance
1975
Je me souviens
1978
La Vie mode d'emploi
1978






