Hermann Broch(1886 — 1951)

Hermann Broch

États-Unis, Autriche

6 min de lecture

LettresÉcrivain(e)XXe sièclePremière moitié du XXe siècle, marquée par la crise de l'Europe centrale, la montée des totalitarismes et l'exil des intellectuels germanophones.

Hermann Broch (1886-1951) est un écrivain et essayiste autrichien, figure majeure du modernisme littéraire de langue allemande. Contraint à l'exil par le nazisme, il est l'auteur de romans qui interrogent la décomposition des valeurs de la civilisation européenne.

Questions fréquentes

Hermann Broch (1886-1951) est un écrivain et essayiste autrichien, figure majeure du modernisme de langue allemande. Ce qu'il faut retenir, c'est que son œuvre interroge la décomposition des valeurs de la civilisation européenne, notamment à travers sa trilogie Les Somnambules (1930-1932) et son chef-d'œuvre La Mort de Virgile (1945). Contraint à l'exil par le nazisme, il a développé une pensée critique sur la folie des masses et le totalitarisme, ce qui le rend essentiel pour comprendre la crise de l'Europe centrale au XXe siècle.

Faits marquants

  • Né en 1886 à Vienne dans une famille d'industriels juifs
  • Publie la trilogie romanesque Les Somnambules entre 1931 et 1932
  • Arrêté brièvement en 1938 après l'Anschluss, il émigre aux États-Unis
  • Fait paraître son chef-d'œuvre La Mort de Virgile en 1945
  • Meurt en 1951 à New Haven (Connecticut, États-Unis)

Œuvres & réalisations

Die Schlafwandler (Les Somnambules) (1930-1932)

Trilogie romanesque qui suit la « décomposition des valeurs » de la société allemande de 1888 à 1918. Œuvre fondatrice qui établit Broch comme grand moderniste.

Die unbekannte Größe (L'Inconnue) (1933)

Roman mettant en scène un jeune mathématicien, reflet de l'intérêt de Broch pour la rigueur scientifique et la quête de connaissance.

Der Tod des Vergil (La Mort de Virgile) (1945)

Chef-d'œuvre composé durant l'exil : le long monologue intérieur du poète Virgile mourant. Un sommet du roman lyrique et philosophique du XXe siècle.

Die Schuldlosen (Les Irresponsables) (1950)

Roman en nouvelles interrogeant la culpabilité passive de ceux qui, par indifférence, ont rendu possible la catastrophe nazie.

Hofmannsthal und seine Zeit (Hofmannsthal et son temps) (1947-1948)

Essai majeur sur la Vienne fin de siècle, analysant l'esthétisme et le vide moral d'une époque au bord de l'effondrement.

Die Verzauberung / Der Versucher (Le Tentateur, roman de la montagne) (posthume, années 1950)

Roman inachevé sur l'arrivée d'un démagogue dans un village de montagne, parabole sur la séduction des foules par le totalitarisme.

Massenwahntheorie (Théorie de la folie des masses) (années 1940 (posthume))

Vaste projet théorique, resté inachevé, sur la psychologie des masses et les conditions qui mènent aux régimes totalitaires.

Anecdotes

Avant de devenir écrivain, Hermann Broch a dirigé pendant près de vingt ans la filature textile de son père, près de Vienne. Ce n'est qu'à plus de quarante ans qu'il vend l'usine pour se consacrer entièrement à la littérature et reprendre des études de mathématiques et de philosophie.

Après l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne nazie en 1938 (l'Anschluss), Broch, d'origine juive, est arrêté et brièvement emprisonné dans la région d'Alt-Aussee. Des amis écrivains, dont James Joyce, l'aident à obtenir des soutiens et un visa pour fuir l'Europe.

Son chef-d'œuvre, « La Mort de Virgile », raconte uniquement les dernières heures du poète romain Virgile, agonisant et déchiré par l'envie de brûler son grand poème, l'Énéide. Tout le roman tient dans ce long monologue intérieur de près de cinq cents pages.

La philosophe Hannah Arendt fut une amie proche de Broch. Après sa mort, elle contribua à faire connaître son œuvre et à éditer ses textes, voyant en lui l'un des grands témoins de l'effondrement intellectuel de l'Europe.

La mère de Broch, restée en Europe, mourut en 1942 dans le camp de Theresienstadt. Cette tragédie hante son œuvre tardive, tournée vers la psychologie des masses et les mécanismes qui rendent possibles les totalitarismes.

Sources primaires

Der Tod des Vergil (La Mort de Virgile), ouverture (1945)
Bleu acier et légères, mues par une brise contraire à peine sensible, les vagues de l'Adriatique ondulaient à la rencontre de l'escadre impériale.
Die Schlafwandler (Les Somnambules), réflexion sur la « décomposition des valeurs » (1930-1932)
Le monde est livré à la désagrégation des valeurs, chaque domaine de la vie suivant sa propre logique sans plus se relier à un sens commun.
Hofmannsthal und seine Zeit (Hofmannsthal et son temps), essai (1947-1948)
Vienne de la fin du siècle fut le centre d'un vide joyeux, une apocalypse gaie où l'esthétique tenait lieu d'éthique.
Correspondance et notes sur la théorie de la folie des masses (Massenwahntheorie) (années 1940)
Comprendre comment une masse humaine peut basculer dans la démence collective est devenu la tâche la plus urgente de notre temps.

Lieux clés

Vienne, Autriche

Ville natale de Broch et capitale d'une Mitteleuropa intellectuelle bouillonnante. Il y grandit, dirigea l'usine familiale et étudia à l'université.

Teesdorf, près de Vienne

Site de la filature textile dirigée par Broch durant les années 1910-1920. Ce monde industriel nourrit sa réflexion sur la société bourgeoise.

Alt-Aussee, Styrie

Région où Broch fut arrêté et brièvement emprisonné après l'Anschluss de 1938. C'est là qu'il commença à concevoir « La Mort de Virgile ».

Londres, Royaume-Uni

Étape de l'exil de Broch après sa fuite d'Autriche en 1938, avant son départ pour l'Amérique.

Princeton, New Jersey

Lieu de résidence de Broch aux États-Unis, où il fréquenta le milieu des intellectuels émigrés et poursuivit ses travaux.

New Haven, Connecticut

Ville où Broch passa ses dernières années, proche de l'université Yale, et où il mourut en 1951.

Voir aussi