Hygie

(10) Hygie

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SciencesAntiquitéAntiquité grecque et romaine

Hygie est la déesse grecque de la santé, de la propreté et de l'hygiène. Fille d'Asclépios, dieu de la médecine, elle personnifiait la prévention des maladies. Son nom a donné le mot « hygiène » dans toutes les langues occidentales.

Questions fréquentes

Pour comprendre qui est Hygie, il faut imaginer une époque où la santé n'était pas séparée du sacré. Fille d'Asclépios, dieu de la médecine, et sœur de Panacée, elle personnifiait non pas la guérison curative, mais la prévention des maladies et la propreté. Ce qu'il faut retenir, c'est que les Grecs distinguaient déjà deux approches complémentaires : le soin (Asclépios) et le maintien de la santé (Hygie). Son nom a donné le mot « hygiène » dans toutes les langues occidentales, preuve de son influence durable bien au-delà de l'Antiquité.

Faits marquants

  • Hygie est la fille du dieu de la médecine Asclépios (Esculape chez les Romains)
  • Elle est souvent représentée avec un serpent enroulé autour de son bras buvant dans une coupe, symbole repris par la pharmacie
  • Son culte était associé aux sanctuaires d'Asclépios, notamment à Épidaure (Ve siècle av. J.-C.)
  • Le mot français « hygiène » est directement dérivé de son nom grec Hygieia
  • L'astéroïde (10) Hygie, découvert en 1849 par Annibale de Gasparis, a été nommé en son honneur

Œuvres & réalisations

Hymne à Hygie, Ariphron de Sicyone (IVe siècle av. J.-C.)

Poème lyrique conservé par Athénée dans les Deipnosophistae, considéré comme le texte antique le plus important dédié exclusivement à Hygie. Sa diffusion dans les banquets grecs pendant des siècles témoigne de la popularité de la déesse.

Groupe statuaire d'Hygie et Asclépios, Asclépiéion d'Épidaure (IVe siècle av. J.-C.)

Sculptures commandées par le sanctuaire d'Épidaure, attribuées aux ateliers de Scopas et Timothéos. Connues par des copies romaines au Musée national d'Athènes, elles établissent l'iconographie canonique de la déesse avec sa patère et son serpent.

Monnaies à l'effigie d'Hygie (IIIe–Ier siècle av. J.-C.)

Pièces de bronze et d'argent frappées dans de nombreuses cités grecques (Corinthe, Pergame, Épidaure) représentant Hygie avec sa coupe et son serpent. Ces monnaies constituent les témoignages iconographiques les plus diffusés de la déesse.

Statue d'Hygie, Musée national archéologique d'Athènes (n° inv. 299) (IIe siècle ap. J.-C.)

Copie romaine d'un original hellénistique montrant Hygie drapée dans son péplos, nourrissant son serpent. L'une des représentations les mieux conservées, elle est devenue une référence iconographique pour les études sur la déesse.

Mosaïque d'Hygie, thermes romains de Djemila (Algérie) (IIe–IIIe siècle ap. J.-C.)

Mosaïque polychrome découverte dans les thermes de la cité romaine de Cuicul, montrant Hygie dans son iconographie classique. Témoigne de la diffusion du culte de la déesse jusqu'aux extrémités de l'Empire romain.

Anecdotes

Lors de la grande peste d'Athènes en 430 av. J.-C., qui tua près d'un tiers de la population dont Périclès lui-même, les Athéniens redoublèrent de prières et d'offrandes à Hygie et à son père Asclépios. Les temples de la déesse étaient submergés de suppliants espérant sa protection divine, illustrant à quel point la frontière entre médecine et religion était inexistante dans l'Antiquité grecque.

Le symbole le plus célèbre associé à Hygie est une coupe peu profonde — la patère — dans laquelle un serpent sacré venait boire. Ce symbole est encore aujourd'hui l'emblème officiel de la pharmacie dans de nombreux pays dont la France. Le serpent, animal lié à la guérison et au renouveau grâce à sa capacité à changer de peau, était élevé vivant dans les sanctuaires d'Asclépios.

Le serment d'Hippocrate, le plus ancien texte de déontologie médicale de l'histoire occidentale, commence en invoquant explicitement Hygie parmi les divinités garantes de l'engagement du médecin. Cette mention aux côtés d'Apollon et d'Asclépios témoigne que les Grecs distinguaient clairement deux approches complémentaires de la santé : la prévention (Hygie) et le soin (Panacée, sa sœur).

Pausanias, géographe grec du IIe siècle ap. J.-C., décrit dans sa Description de la Grèce une statue d'Hygie au sanctuaire de Titane entièrement recouverte de mèches de cheveux et de bandelettes de laine offertes par les fidèles. Ce détail révèle une dévotion intime et corporelle : offrir une partie de soi-même à la déesse pour obtenir ou remercier d'une guérison.

Ariphron de Sicyone composa au IVe siècle av. J.-C. un Hymne à Hygie qui devint si célèbre qu'il fut chanté dans les banquets à travers tout le monde grec pendant des siècles. Il commençait par ces mots : « Hygie, la plus vénérable des bienheureux Immortels, puissé-je vivre avec toi pour le reste de mes jours. » Ce texte montre qu'Hygie n'était pas une déesse lointaine et abstraite, mais une présence quotidienne et chérie.

Sources primaires

Serment d'Hippocrate (Ve siècle av. J.-C.)
Je jure par Apollon médecin, par Asclépios, par Hygie et Panacée, par tous les dieux et toutes les déesses, les prenant à témoin, de remplir suivant mes forces et ma capacité le serment et l'engagement suivants.
Ariphron de Sicyone, Hymne à Hygie (conservé dans Athénée, Deipnosophistae, XV, 702) (IVe siècle av. J.-C.)
Hygie, la plus vénérable des bienheureux Immortels, puissé-je vivre avec toi pour le reste de mes jours ! Car tout ce qu'il y a d'agréable chez les hommes — la richesse, les enfants, la puissance royale — sans toi tout cela n'est que vide et nul homme ne peut être heureux sans toi.
Pausanias, Description de la Grèce, II, 11, 6 (IIe siècle ap. J.-C.)
La statue d'Hygie est si entièrement enveloppée de cheveux que des femmes lui ont coupés et de bandelettes de laine que l'on ne peut en distinguer que le visage, les mains et les pieds.
Aristophane, Plutus (Le Dieu de la richesse), v. 639-747 (388 av. J.-C.)
Les malades viennent dormir dans le temple d'Asclépios. La déesse Hygie veille sur eux pendant leur sommeil. Au matin, le dieu passe auprès de chaque malade et leur prodigue des soins miraculeux avec l'aide de ses filles.
Aelius Aristide, Discours sacrés (IIe siècle ap. J.-C.)
Hygie m'apparut en songe dans le sanctuaire, tenant sa coupe et son serpent. Elle m'indiqua de me baigner dans le fleuve glacé au lever du soleil, de jeûner et de chanter des hymnes en son honneur pendant sept jours.

Lieux clés

Asclépiéion d'Épidaure, Grèce

Principal sanctuaire de guérison de l'Antiquité grecque, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, où Hygie était vénérée aux côtés d'Asclépios. Des milliers de pèlerins venaient y pratiquer l'incubation, ce sommeil rituel censé amener la vision guérisseuse de la déesse.

Asclépiéion d'Athènes (flanc sud de l'Acropole)

Sanctuaire fondé en 420 av. J.-C. au cœur de la première démocratie. Son emplacement privilégié au pied de l'Acropole souligne le rôle central d'Hygie dans la vie civique et religieuse d'Athènes.

Île de Cos, Grèce

Île natale d'Hippocrate et centre majeur de la médecine antique, abritant un Asclépiéion renommé. Le lien entre la médecine hippocratique rationnelle et le culte d'Hygie y était particulièrement fort et symbolique.

Pergame (Bergama, Turquie)

Ville hellénistique abritant l'un des Asclépieia les plus actifs du monde antique, fréquenté par le médecin Galien et le rhéteur Aelius Aristide. Hygie y était une divinité majeure dont le culte est précisément documenté.

Île Tibérine, Rome, Italie

Site où les Romains installèrent le culte d'Asclépios (Esculape) en 293 av. J.-C. après une épidémie dévastatrice. Hygie y fut vénérée sous le nom de Salus, déesse romaine de la santé et du salut public.

Voir aussi