Jacques Rancière(1940 — ?)

Jacques Rancière

France

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PhilosophiePolitiquePhilosopheÉcrivain(e)XXe siècleFrance de la seconde moitié du XXe et du début du XXIe siècle, marquée par l'après-Mai 68, la crise du marxisme et le renouveau de la pensée politique et esthétique contemporaine.

Jacques Rancière est un philosophe français né en 1940, ancien élève d'Althusser dont il s'est éloigné. Penseur de l'émancipation, de l'égalité des intelligences et du partage du sensible, il articule philosophie politique et esthétique.

Questions fréquentes

Jacques Rancière est un philosophe français né en 1940 à Alger. Ce qui le rend singulier, c'est qu'il a construit une pensée originale en rupture avec son maître Louis Althusser après Mai 68. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a redéfini la politique non comme une affaire de pouvoir, mais comme l'irruption de ceux qui n'ont pas de place dans l'ordre social – ce qu'il appelle la « part des sans-part ». Son concept de « partage du sensible » montre que ce qui est visible ou dicible dans une société est un enjeu politique fondamental.

Citations célèbres

« Tout l'art des explicateurs est de redoubler cette aliénation de l'intelligence à l'intelligence.»
« La politique existe lorsque l'ordre naturel de la domination est interrompu par l'institution d'une part des sans-part.»

Faits marquants

  • Né le 10 juin 1940 à Alger.
  • Collabore en 1965 au 'Lire le Capital' dirigé par Louis Althusser, dont il rompt ensuite la pensée après Mai 68.
  • Publie 'Le Maître ignorant' (1987), réflexion sur l'égalité des intelligences à partir de Joseph Jacotot.
  • Développe le concept de 'partage du sensible' dans les années 2000, articulant esthétique et politique.
  • Professeur émérite à l'Université Paris-VIII (Saint-Denis).

Œuvres & réalisations

Lire le Capital (contribution) (1965)

Ouvrage collectif althussérien de lecture de Marx auquel le jeune Rancière participe avant sa rupture théorique.

La Leçon d'Althusser (1974)

Critique de son ancien maître, qui acte l'autonomie intellectuelle de Rancière après Mai 68.

La Nuit des prolétaires (1981)

Enquête dans les archives ouvrières montrant le désir d'émancipation intellectuelle des travailleurs du XIXe siècle.

Le Maître ignorant (1987)

Essai fondateur sur l'égalité des intelligences, à partir de la pédagogie de Joseph Jacotot.

La Mésentente. Politique et philosophie (1995)

Ouvrage majeur où la politique est définie comme l'irruption de la « part des sans-part ».

Le Partage du sensible (2000)

Texte clé articulant esthétique et politique autour de la question de ce qui est visible et dicible.

Le Spectateur émancipé (2008)

Réflexion sur le spectateur actif, qui pense et interprète au lieu de subir passivement l'œuvre d'art.

Anecdotes

En 1965, le jeune Rancière, âgé de 25 ans, participe au séminaire de Louis Althusser et signe un chapitre du livre collectif « Lire le Capital ». Quelques années plus tard, après Mai 68, il rompt avec son maître et publie « La Leçon d'Althusser », un règlement de comptes intellectuel qui marque sa prise d'indépendance.

Pour écrire « La Nuit des prolétaires », Rancière passe des années dans les archives à lire les journaux, poèmes et lettres écrits par des ouvriers du XIXe siècle pendant leurs nuits, au lieu de dormir. Il découvre que ces travailleurs ne rêvaient pas seulement de meilleurs salaires, mais voulaient penser, écrire et accéder à la culture des autres.

Dans « Le Maître ignorant » (1987), Rancière raconte l'histoire vraie de Joseph Jacotot, un professeur français exilé en Belgique vers 1818. Ne parlant pas néerlandais, Jacotot fit apprendre le français à ses élèves sans rien leur enseigner directement, à partir d'un livre bilingue : il prouva, selon Rancière, que tout le monde possède la même intelligence.

Rancière forge l'expression « le partage du sensible » pour expliquer que la politique commence par une question simple : qui a le droit d'être vu et entendu ? Il aime montrer que décider qui peut parler en public ou faire de l'art n'est jamais neutre, mais toujours un enjeu d'égalité.

Longtemps professeur à l'université de Paris VIII (Vincennes puis Saint-Denis), une fac née de Mai 68 et réputée pour son ouverture, Rancière y a enseigné l'esthétique pendant des décennies avant de devenir l'un des philosophes français les plus traduits et invités à l'étranger.

Sources primaires

Le Maître ignorant. Cinq leçons sur l'émancipation intellectuelle (1987)
Il faut renverser la logique du système explicateur. L'explication n'est pas nécessaire pour remédier à une incapacité de comprendre. C'est tout au contraire cette incapacité qui est la fiction structurante de la conception explicatrice du monde.
La Nuit des prolétaires. Archives du rêve ouvrier (1981)
Le rêve ouvrier n'est pas d'abord celui d'une autre société, mais celui d'un autre rapport au temps : le temps volé aux nuits du sommeil pour penser, écrire et discuter comme les autres.
La Mésentente. Politique et philosophie (1995)
La politique existe lorsque l'ordre naturel de la domination est interrompu par l'institution d'une part des sans-part.
Le Partage du sensible. Esthétique et politique (2000)
J'appelle partage du sensible ce système d'évidences sensibles qui donne à voir en même temps l'existence d'un commun et les découpages qui y définissent les places et les parts respectives.

Lieux clés

Alger

Ville de naissance de Jacques Rancière en 1940, alors capitale de l'Algérie française.

École normale supérieure (rue d'Ulm, Paris)

Établissement où Rancière fait ses études et suit l'enseignement de Louis Althusser dans les années 1960.

Université Paris VIII (Vincennes puis Saint-Denis)

Université née de l'esprit de Mai 68 où Rancière a enseigné l'esthétique et la philosophie durant la majeure partie de sa carrière.

Paris

Ville où Rancière vit et écrit l'essentiel de son œuvre, centre de la vie intellectuelle française.

Voir aussi