Jean-Baptiste Lamarck(1744 — 1829)

Jean-Baptiste de Lamarck

Première République française, royaume de France, Premier Empire français, Restauration

7 min de lecture

SciencesScientifiqueTemps modernesFin du XVIIIe siècle et début du XIXe siècle (époque révolutionnaire et napoléonienne)

Naturaliste et zoologiste français (1744-1829), Lamarck a développé une théorie de l'évolution basée sur l'adaptation des organismes à leur environnement et la transmission des caractères acquis. Professeur au Muséum d'histoire naturelle de Paris, il a jeté les fondements du transformisme, une vision précursive de l'évolution antérieure à Darwin.

Questions fréquentes

Pour comprendre son importance, il faut imaginer une époque où la plupart des savants croyaient que les espèces étaient fixes et immuables. Ce qui distingue Lamarck, c'est qu'il a proposé dès 1809 dans sa Philosophie zoologique une théorie cohérente du transformisme : les espèces se modifient sous l'effet de l'usage ou du non-usage des organes, et ces changements se transmettent aux descendants. Ce qu'il faut retenir, c'est que Lamarck a été le premier à formuler une véritable théorie de l'évolution, avant Darwin. Il a aussi inventé le mot « biologie » en 1802.

Faits marquants

  • 1778 : Entre comme officier botaniste au Muséum d'histoire naturelle de Paris
  • 1809 : Publication de la Philosophie zoologique, exposant sa théorie du transformisme et de l'hérédité des caractères acquis
  • 1815-1822 : Rédige l'Histoire naturelle des animaux sans vertèbres, ouvrage de synthèse zoologique
  • 1829 : Mort à Paris, presque ignoré et oublié, ses théories discréditées par Cuvier et l'école fixiste
  • Fin du XIXe-XXe siècle : Redécouverte de ses travaux après la publication de L'Origine des espèces de Darwin (1859)

Œuvres & réalisations

Flore française (1778)

Ouvrage botanique en trois volumes proposant une méthode de détermination des plantes par dichotomie, révolutionnaire pour l'époque. Il valut à Lamarck sa réputation scientifique et son entrée à l'Académie des sciences.

Système des animaux sans vertèbres (1801)

Premier grand travail zoologique de Lamarck, qui pose les bases d'une classification moderne des invertébrés. Il y introduit pour la première fois des idées sur la transformation progressive des espèces.

Hydrogéologie (1802)

Essai sur la transformation lente de la surface terrestre par l'eau, dans lequel Lamarck défend une vision d'une Terre extrêmement ancienne. Il y forge aussi le terme 'biologie'.

Philosophie zoologique (1809)

Chef-d'œuvre théorique de Lamarck, exposant sa loi de l'usage et du non-usage des organes et la transmission des caractères acquis. C'est le premier exposé systématique d'une théorie de l'évolution des espèces.

Histoire naturelle des animaux sans vertèbres (1815-1822)

Encyclopédie en sept volumes consacrée aux animaux sans vertèbres, fruit de vingt ans de travail au Muséum. Œuvre monumentale de classification qui resta une référence pendant plusieurs décennies.

Anecdotes

Lamarck était à l'origine un botaniste réputé, auteur d'une monumentale 'Flore française' en 1778. C'est le comte de Buffon, directeur du Jardin du Roi, qui le recommanda pour ce travail. Pourtant, à 49 ans, il fut nommé professeur de zoologie au nouveau Muséum national d'Histoire naturelle… pour les invertébrés, un domaine qu'il ne connaissait presque pas. Il releva le défi avec brio et finit par révolutionner la biologie.

C'est Lamarck lui-même qui inventa le mot 'biologie' en 1802, pour désigner la science des êtres vivants. Il employa ce terme presque simultanément avec le naturaliste allemand Gottfried Reinhold Treviranus, mais de façon indépendante. Ce mot, aujourd'hui universel, est l'une de ses contributions les moins connues du grand public.

Lamarck mourut aveugle et dans une misère presque totale en 1829. Sa fille Cornélie l'avait accompagné jusqu'au bout, lisant pour lui et retranscrivant ses dernières réflexions. Ses biens furent vendus aux enchères pour payer ses dettes, et il fut enterré dans une fosse commune. Ce n'est que des décennies plus tard que la science lui rendit hommage avec une statue au Muséum d'Histoire naturelle.

Lorsque Napoléon reçut en 1809 le 'Tableau encyclopédique et méthodique', Lamarck espérait un encouragement. Mais l'Empereur, feuilletant l'ouvrage, lui dit avec mépris : 'C'est votre vieillesse que je plains.' Lamarck fondit en larmes. Napoléon favorisait les sciences utiles à la guerre et à l'industrie, non la zoologie philosophique.

Lamarck fut l'un des premiers savants à proposer que la Terre soit très ancienne — bien plus vieille que ne le suggéraient les textes bibliques. Il estimait que les transformations des espèces nécessitaient des millions d'années, une idée radicale pour son époque, longtemps avant que les géologues comme Lyell ne popularisent ce concept.

Sources primaires

Philosophie zoologique (1809)
Les circonstances influent sur la forme et l'organisation des animaux, c'est-à-dire que, quand les circonstances deviennent très différentes, elles amènent, avec le temps, des changements proportionnels dans la forme et l'organisation des animaux.
Système des animaux sans vertèbres (1801)
J'ai cru devoir, dans cet ouvrage, présenter les animaux sans vertèbres sous un point de vue général, en les distribuant dans les classes qui leur conviennent d'après leur organisation.
Hydrogéologie (1802)
Le temps n'a point de limites pour la nature ; c'est l'homme seul qui en éprouve la nécessité, parce que sa durée est bornée. Pour la nature, il n'y a ni commencement ni fin.
Histoire naturelle des animaux sans vertèbres (tome 1, introduction) (1815)
La vie n'est qu'un phénomène physique ; tous les faits qu'elle nous présente sont des résultats mécaniques, physiques et chimiques de l'organisation, et, par conséquent, des effets naturels.

Lieux clés

Muséum national d'Histoire naturelle, Paris

Lieu de travail principal de Lamarck pendant trente ans. C'est dans ses galeries et ses laboratoires qu'il classa les invertébrés et élabora sa théorie de l'évolution.

Jardin des Plantes, Paris

Rattaché au Muséum, ce jardin botanique et zoologique fut le cadre quotidien de Lamarck. Il y observait les plantes et animaux vivants, nourrissant sa réflexion naturaliste.

Bazentin, Picardie

Village de naissance de Lamarck en 1744. Ce bourg rural de la Somme, loin de Paris, rappelle ses origines modestes de cadet d'une famille noble de petite noblesse.

Académie des sciences, Paris

Institution où Lamarck fut élu membre en 1779 grâce à sa 'Flore française'. C'est aussi là que son rival Georges Cuvier prononça son éloge funèbre ambigu et réducteur après sa mort.

Voir aussi