Jean Renoir(1894 — 1979)

Jean Renoir

France

6 min de lecture

SpectacleArts visuelsRéalisateur/triceÉcrivain(e)XXe sièclePremière moitié du XXe siècle, de l'entre-deux-guerres à l'après-guerre, période d'âge d'or du cinéma français et d'exil hollywoodien.

Jean Renoir est un cinéaste et scénariste français, fils du peintre Auguste Renoir. Figure majeure du cinéma du XXe siècle, il a marqué l'histoire du septième art par son réalisme poétique et son humanisme.

Questions fréquentes

Pour comprendre l'importance de Jean Renoir (1894-1979), il faut imaginer un cinéma français qui invente son langage dans les années 1930. Ce qui le rend décisif, c'est qu'il incarne à la fois le réalisme poétique – avec des films comme La Grande Illusion (1937) – et une humanité profonde : ses personnages, même les plus imparfaits, ont toujours « leurs raisons », comme le dit Octave dans La Règle du jeu. Fils du peintre Auguste Renoir, il a transposé au cinéma un regard de peintre sur la lumière et les visages. Moins un technicien qu'un conteur, il a influencé des générations de cinéastes, de la Nouvelle Vague à Hollywood.

Citations célèbres

« Ce qui est terrible sur cette terre, c'est que tout le monde a ses raisons.»

Faits marquants

  • Né en 1894 à Paris, fils du peintre impressionniste Auguste Renoir
  • Réalise La Grande Illusion en 1937, film pacifiste sur la Première Guerre mondiale
  • Réalise La Règle du jeu en 1939, chef-d'œuvre d'abord incompris puis reconnu comme un sommet du cinéma
  • S'exile aux États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale et tourne à Hollywood
  • Reçoit un Oscar d'honneur pour l'ensemble de sa carrière en 1975 ; mort en 1979

Œuvres & réalisations

Nana (1926)

Adaptation ambitieuse du roman de Zola, marquant ses débuts du muet avec Catherine Hessling.

Boudu sauvé des eaux (1932)

Comédie sur un clochard recueilli par un bourgeois, satire joyeuse des conventions sociales.

Le Crime de Monsieur Lange (1936)

Film proche de l'esprit du Front populaire, célébrant la solidarité ouvrière et la coopérative.

Une partie de campagne (1936)

Court métrage poétique d'après Maupassant, hommage lumineux à la peinture impressionniste.

La Grande Illusion (1937)

Chef-d'œuvre pacifiste sur des prisonniers français de 1914-18, immense succès mondial.

La Bête humaine (1938)

Drame ferroviaire d'après Zola, sommet du réalisme poétique avec Jean Gabin.

La Règle du jeu (1939)

Satire grinçante de la haute société française, échec à sa sortie devenu film culte.

Le Fleuve (1951)

Premier film en couleurs de Renoir, tourné en Inde, méditation sur le temps et la vie.

Anecdotes

Jean Renoir a grandi entouré des modèles et des toiles de son père, le peintre Auguste Renoir. L'une de ces modèles, Andrée Heuschling, devint sous le nom de Catherine Hessling sa première épouse et la vedette de ses premiers films muets. Le cinéma de Jean garda toujours quelque chose de la lumière et des couleurs des tableaux paternels.

Engagé dans la cavalerie puis l'aviation pendant la Première Guerre mondiale, Renoir fut grièvement blessé à la jambe en 1915 et garda toute sa vie une légère claudication. Pendant sa convalescence, il dévora les films de Charlie Chaplin : c'est là, dit-il, que naquit sa passion pour le septième art.

Son film «La Grande Illusion» (1937) déplut tellement aux nazis que le ministre de la propagande Joseph Goebbels le qualifia d'«ennemi cinématographique numéro un». Le film fut interdit en Allemagne et en Italie, et des copies disparurent pendant la guerre avant d'être retrouvées des décennies plus tard.

«La Règle du jeu» (1939) fut un échec retentissant : sifflé à sa sortie, raccourci par la censure, puis son négatif fut en partie détruit lors d'un bombardement. Patiemment reconstitué dans les années 1950-60, il est aujourd'hui considéré comme l'un des plus grands films de l'histoire du cinéma.

Renoir aimait apparaître dans ses propres films. Dans «La Règle du jeu», il joue lui-même le personnage d'Octave, l'ami maladroit et touchant qui prononce la célèbre phrase : «Tout le monde a ses raisons.» En 1975, à 80 ans, Hollywood lui remit un Oscar d'honneur pour l'ensemble de sa carrière.

Sources primaires

La Règle du jeu, dialogue (personnage d'Octave) (1939)
Ce qui est terrible sur cette terre, c'est que tout le monde a ses raisons.
Pierre-Auguste Renoir, mon père (Jean Renoir) (1962)
Mon père peignait comme d'autres respirent. Pour lui, la peinture n'était pas un métier mais une façon de vivre, et il m'a appris à regarder le monde avec amour.
Ma vie et mes films (Jean Renoir, autobiographie) (1974)
Je crois que le seul moyen de toucher le public est de lui offrir des personnages auxquels il peut s'identifier, des êtres humains avec leurs faiblesses et leurs raisons.
Entretiens, Cahiers du Cinéma (1957)
Le cinéma est un métier de patience. On passe sa vie à essayer de saisir un instant de vérité au milieu du mensonge organisé d'un tournage.

Lieux clés

Montmartre, Paris

Quartier des artistes où Jean Renoir naît en 1894, dans la maison familiale du « Château des Brouillards ». Il y grandit entouré du monde de la peinture.

Les Collettes, Cagnes-sur-Mer

Domaine du Midi où s'installe Auguste Renoir et où Jean passe une partie de sa jeunesse parmi oliviers et tableaux. Le lieu nourrit son goût de la lumière méridionale.

Sologne (région de La Ferté-Saint-Aubin)

Région de forêts et d'étangs où Renoir tourne en 1939 les scènes de chasse de « La Règle du jeu ». Le château et la campagne servent de décor à sa satire de la société.

Calcutta et le Bengale, Inde

Décor du « Fleuve » (1951), premier film en couleurs de Renoir, tourné sur les rives du Gange. L'expérience indienne renouvelle profondément son art.

Hollywood, Californie

Renoir s'y exile à partir de 1941 pour fuir l'Occupation et y tourne plusieurs films pour les studios américains durant la guerre.

Beverly Hills, Californie

Renoir y passe ses dernières années, écrivant ses mémoires, et y meurt en 1979. Son corps est ensuite rapatrié en France.

Voir aussi