Antipape de 1410 à 1415, élu lors du Grand Schisme d'Occident qui vit trois prétendants simultanés au trône pontifical. Déposé par le concile de Constance, il symbolise la crise profonde de l'Église médiévale et le triomphe du conciliarisme.
Jean XXIII (antipape)
Jean XXIII (antipape), né Baldassare Cossa
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Questions fréquentes
Faits marquants
- Né vers 1370 à Naples sous le nom de Baldassare Cossa
- Élu antipape en 1410 à Bologna lors du schisme obédientiel
- Convoque le concile de Constance en 1414 pour mettre fin au schisme
- Déposé par le concile de Constance en 1415 pour simonie et mauvaises mœurs
- Meurt en 1419 à Florence après avoir été réconcilié avec l'Église
Œuvres & réalisations
En tant que légat pontifical, Jean XXIII rétablit l'autorité pontificale sur Bologne par la force des armes, mit en place une administration efficace et constitua une trésorerie qui finança son ascension. Cette gestion militaro-politique de la Romagne fut son véritable titre de gloire avant le pontificat.
Cossa joua un rôle majeur dans l'organisation du concile de Pise, qui tenta de résoudre le schisme en déposant les deux papes et en élisant Alexandre V. Bien que cette solution ait aggravé la confusion en créant un troisième prétendant, elle représentait une application révolutionnaire des théories conciliaristes.
Contraint par l'empereur Sigismond, Jean XXIII convoqua officiellement le concile de Constance, acte qui se retourna contre lui : c'est cette même assemblée qui le déposa. Ce document illustre la contradiction fondamentale d'un pape convoquant le tribunal de sa propre destitution.
Commandé par Cosme de Médicis après la mort de Cossa, ce monument sculpté par Donatello et Michelozzo est l'une des premières grandes œuvres de la sculpture Renaissance. Le fait que cette tombe ait été érigée dans le monument le plus sacré de Florence témoigne de la puissance des Médicis et de leur fidélité à leur allié déchu.
Jean XXIII émit de nombreuses bulles accordant indulgences et privilèges pour financer ses campagnes militaires, contribuant à la commercialisation des grâces spirituelles que Jan Hus et d'autres réformateurs dénoncèrent avec véhémence lors du concile de Constance.
Anecdotes
Baldassare Cossa était issu d'une famille napolitaine de petite noblesse, et ses ennemis répandirent la rumeur qu'il avait commencé sa carrière comme chef de pirates en Méditerranée avant d'embrasser la vie ecclésiastique. Si l'accusation reste difficile à vérifier, elle témoigne du climat de violence et d'opportunisme qui régnait dans l'Italie du Trecento, où les frontières entre ambition politique et banditism étaient parfois ténues.
Lors du concile de Constance en 1415, Jean XXIII tenta de s'enfuir déguisé en palefrenier pour échapper à la déposition que les pères conciliaires s'apprêtaient à prononcer contre lui. Rattrapé dans la ville de Schaffhouse, il fut ramené sous escorte et emprisonné dans le château d'Heidelberg, subissant l'humiliation suprême de voir son autorité pontificale réduite à néant par une assemblée de prélats.
Parmi les 54 chefs d'accusation retenus contre Jean XXIII au concile de Constance figuraient la simonie, le parjure, le meurtre par empoisonnement de son prédécesseur Alexandre V, et d'innombrables actes de débauche. Quelle que soit la part de vérité dans ces accusations — certaines étaient clairement politiques —, leur lecture publique devant l'assemblée provoqua un scandale retentissant dans toute la chrétienté.
Libéré en 1419 après que les Médicis eurent payé sa rançon, Baldassare Cossa se rendit à Florence pour se soumettre au pape légitime Martin V, qui fit preuve d'une clémence inattendue en le nommant cardinal-évêque de Tusculum. Cossa mourut quelques mois plus tard, et les Médicis lui firent ériger dans le Baptistère de Florence un somptueux tombeau sculpté par Donatello et Michelozzo, l'une des premières grandes œuvres de la Renaissance.
Le nom 'Jean XXIII' fut considéré comme frappé d'infamie pendant plus de cinq siècles en raison de cet antipape. Lorsqu'en 1958 le cardinal Angelo Roncalli choisit de reprendre ce numéro à son élection pontificale, ce fut un geste délibéré de réhabilitation symbolique, effaçant la honte médiévale attachée à ce nom pour en faire l'un des pontificats les plus aimés du XXe siècle.
Sources primaires
Ce saint concile de Constance, formant une assemblée générale, tenant légitimement le Saint-Esprit, représentant l'Église catholique militante, a son pouvoir immédiatement du Christ ; et tout le monde, de quelque état ou dignité, même papale, est tenu de lui obéir en ce qui concerne la foi, l'extirpation du schisme et la réformation de l'Église.
Baldassare Cossa, homme d'une astuce consommée et d'une ambition sans bornes, sut se rendre maître de Bologne par la force des armes autant que par la ruse, gouvernant la légation comme un prince séculier plutôt que comme un serviteur de l'Église, accumulant richesses et partisans avec une énergie qui faisait l'admiration de ses alliés et la terreur de ses ennemis.
Nous avons assisté aujourd'hui à la lecture publique des charges portées contre celui qui se nommait Jean XXIII : la liste en était si longue et si honteuse que plusieurs pères détournèrent le visage. Jamais la majesté du siège apostolique ne fut plus cruellement blessée que dans ce moment.
Audit an, le pape de Pise, nommé Jehan XXIII, fut mis en fuite par ses propres cardinaux lors du concile, et fut repris habillé en palefrenier, ce qui donna grande joie aux partisans de la réforme de l'Église, qui voyaient enfin le triomphe du concile sur la prétention des pontifes.
Lieux clés
Ville natale présumée de Baldassare Cossa, né vers 1370 dans une famille noble napolitaine. Le Royaume de Naples, alors disputé entre dynasties, façonna sa vision du pouvoir comme une affaire de force militaire et d'alliances opportunistes.
Ville dont Jean XXIII fut légat pontifical de 1403 à 1408, qu'il gouverna avec une main de fer, construisant une puissance militaire et financière considérable. C'est là qu'il convoqua en 1410 le conclave qui l'élut antipape après la mort suspecte d'Alexandre V.
Ville toscane où se tint en 1409 le concile convoqué par les cardinaux dissidents pour mettre fin au schisme. Ce concile déposa les deux papes existants et élut Alexandre V, créant paradoxalement la situation chaotique à trois prétendants dont Jean XXIII allait hériter.
Ville du Saint-Empire où se tint le grand concile de 1414-1418 qui déposa Jean XXIII, mit fin au schisme et condamna Jan Hus. C'est ici que Jean XXIII tenta de fuir déguisé avant d'être arrêté, jugé et emprisonné.
Lieu où Baldassare Cossa, après sa libération, se soumit au pape Martin V et mourut en 1419. Les Médicis, ses protecteurs florentins, lui firent ériger dans le Baptistère un tombeau monumental sculpté par Donatello et Michelozzo, unique vestige honorifique de son passage.
Objets typiques

Coiffe à triple couronne symbolisant l'autorité du pape sur le ciel, la terre et le purgatoire. Jean XXIII la porta lors de ses cérémonies solennelles à Bologne et à Rome, affichant une légitimité que ses rivaux contestaient.

Document officiel scellé d'un plomb (bulla) portant le nom du pontife, utilisé pour nommer des évêques, accorder des indulgences ou lancer des anathèmes. Jean XXIII en émit plusieurs centaines pour financer ses campagnes militaires et s'attacher des fidélités.

Bague pontificale représentant saint Pierre tirant ses filets, dont l'empreinte servait à authentifier les lettres closes du pape. Brisé rituellement à la mort ou à la déposition du pontife, il était au cœur des cérémonies de légitimation et de délégitimation.

Grand livre où étaient copiées et conservées toutes les lettres et décisions du pontife, tenu par des notaires apostoliques. La chancellerie de Jean XXIII à Bologne puis à Rome était l'un des rouages administratifs les plus actifs de son règne.

Bâton pastoral en métal précieux recourbé en volute, symbole du berger guidant son troupeau. En tant qu'évêque et prétendant au pontificat, Jean XXIII la portait lors des processions et assemblées, affirmant sa dignité malgré la contestation.

Document délivré par l'empereur Sigismond garantissant la sécurité d'un voyageur ou d'un participant au concile. Jean XXIII avait obtenu un tel laissez-passer pour venir à Constance, dont il contesta ensuite la validité lorsqu'il voulut fuir.
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Vie quotidienne
Matin
La journée d'un antipape comme Jean XXIII commençait par les heures canoniales — laudes et prime — célébrées avec son entourage de chapelains, même si ses contemporains ironisaient sur la fréquence de ses dévotions réelles. Après la messe privée, il recevait les rapports de ses légats, conseillers et chefs de mercenaires, car le gouvernement d'un État pontifical exigeait autant de décisions militaires que spirituelles.
Après-midi
Les après-midi étaient consacrées aux audiences diplomatiques, à la dictée des bulles et lettres apostoliques à ses notaires, et aux longues négociations avec les princes italiens, les banquiers florentins et les cardinaux de sa curie. Jean XXIII gérait ses finances personnelles avec attention — il avait accumulé une fortune considérable durant sa légation bolonaise — et supervisait les mouvements de ses troupes condottières.
Soir
Les soirées dans la cour pontificale mêlaient banquets, débats théologiques et conciliaires, et selon les accusations de ses adversaires, divertissements plus profanes. Jean XXIII s'entourait d'humanistes et de juristes, reflétant le goût de la cour italienne de la fin du XIVe siècle pour les lettres antiques et le droit civil.
Alimentation
La table pontificale, même en temps de guerre, respectait les fastes de la cour médiévale italienne : viandes en sauce épicée, poissons en période de jeûne, vins de qualité, épices orientales importées via les marchands vénitiens et florentins. Les jours de réception diplomatique, les banquets pouvaient compter des dizaines de plats servis par une domesticité nombreuse.
Vêtements
En cérémonie, Jean XXIII portait les ornements pontificaux complets : la tiare, la chape blanche brodée d'or, l'étole et la chasuble. Au quotidien, il préférait la soutane blanche avec le rochet (surplis de lin) et la mozette (cape courte), insignes de la dignité pontificale. Ses équipements militaires — car il dirigeait personnellement certaines campagnes — comprenaient cottes de mailles et armures légères caractéristiques du condottiere de son époque.
Habitat
Jean XXIII résida successivement dans le palais des légats à Bologne (forteresse autant que palais), au Palais du Latran à Rome, et dans diverses résidences des princes italiens alliés lors de ses fuites. Ces demeures combinaient les fonctions de cour pontificale, de chancellerie administrative et de centre de commandement militaire, avec leurs tapisseries, bibliothèques de manuscrits juridiques et théologiques, et trésoreries fortifiées.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Administration de la légation de Bologne
1403–1408
Participation active au Concile de Pise (1409)
1409
Bulle de convocation du Concile de Constance
1413
Tombeau dans le Baptistère de Florence (posthume)
1422–1428
Indulgences et lettres de créance pontificales
1410–1415






