Jeanne Villepreux-Power(1794 — 1871)

Jeanne Villepreux-Power

France

9 min de lecture

SciencesExplorationScientifiqueXIXe siècleXIXe siècle, âge d'or des sciences naturelles et des explorations, époque des grandes découvertes biologiques et de la systématisation des sciences du vivant

Naturaliste française (1794-1871), pionnière de la biologie marine. Elle inventa l'aquarium en verre pour observer les poulpes et céphalopodes in situ, révolutionnant l'étude du monde marin.

Questions fréquentes

Jeanne Villepreux-Power (1794-1871) est une naturaliste française dont le parcours force l'admiration : partie de rien comme couturière en Corrèze, elle devient une scientifique reconnue en Sicile. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle invente vers 1832 le premier aquarium en verre pour observer les céphalopodes vivants, une innovation qui révolutionne la biologie marine. Moins qu'une simple invention technique, c'est un changement de méthode : pour la première fois, on peut étudier les animaux marins dans leur milieu sans les tuer. Ses travaux sur l'Argonauta argo prouvent que ce mollusque fabrique sa propre coquille, réfutant une croyance vieille de vingt siècles remontant à Aristote.

Faits marquants

  • 1794 : naissance à Juillac (Corrèze)
  • 1832 : invention de l'aquarium en verre pour observer les argonautes en Sicile
  • 1839 : publication de ses recherches sur l'argonaute, réfutant Aristote sur la ponte
  • 1839 : élection à plusieurs sociétés savantes européennes
  • 1871 : mort à Paris, grande partie de ses archives perdue dans un naufrage

Œuvres & réalisations

Invention de l'aquarium en verre (vers 1832)

Jeanne Villepreux-Power conçut la première cage de verre hermétique permettant d'observer des animaux marins vivants en captivité. Cette invention révolutionna la biologie marine et est à l'origine directe de l'aquarium moderne.

Observations et expériences physiques sur plusieurs animaux marins et terrestres (1839)

Son œuvre scientifique principale, dans laquelle elle expose ses découvertes sur l'Argonauta argo et prouve de façon expérimentale que cet animal fabrique sa propre coquille, réfutant une croyance vieille de deux millénaires.

Mémoires présentés aux académies de Catane, Palerme et Londres (1834-1842)

Série de communications scientifiques envoyées aux principales académies européennes, qui lui valurent d'être élue membre correspondante de plusieurs d'entre elles malgré l'absence totale de formation universitaire officielle.

Guida per la Sicilia (avec James Power) (1842)

Guide naturaliste et géographique de la Sicile resté une source précieuse sur la faune, la flore et la géologie de l'île au milieu du XIXe siècle, diffusant ses observations en dehors des cercles académiques.

Anecdotes

Née dans une famille modeste de Juillac en Corrèze, Jeanne Villepreux quitte sa campagne natale à l'adolescence pour tenter sa chance à Paris comme couturière. Sa réputation grandit si vite qu'en 1816, elle est chargée de confectionner la robe de mariage de la princesse Marie-Caroline de Bourbon pour ses noces avec le duc de Berry. Ce coup d'éclat lui ouvre les portes de la haute société et lui permet de rencontrer James Power, un riche négociant anglais qu'elle épouse et qui l'emmène en Sicile.

En Sicile, Jeanne Villepreux-Power observe avec fascination l'Argonauta argo, un céphalopode dont les femelles portent une coquille légère en spirale. Aristote et plusieurs naturalistes contemporains pensaient que l'argonaute 'volait' sa coquille à d'autres mollusques. Pour en avoir le cœur net, elle invente vers 1832 une cage en verre étanche — le premier aquarium en verre de l'histoire — afin d'observer l'animal vivant dans son milieu. Ses expériences minutieuses lui permettent de prouver que l'argonaute fabrique bel et bien sa propre coquille, renversant ainsi une erreur vieille de vingt siècles.

Jeanne Villepreux-Power ne s'arrêta pas à un seul type de vivarium. Elle conçut trois modèles distincts : une cage de verre pour les observations depuis un bateau, une cage métallique grillagée immergée dans les eaux du détroit de Messine pour laisser les animaux dans leur habitat naturel, et un vivarium terrestre pour l'étude des créatures côtières. Cette ingéniosité technique, rare pour une femme de son époque sans formation universitaire, fit l'admiration des académiciens européens.

En 1839, un naufrage détruisit irrémédiablement la majeure partie de ses manuscrits, de ses carnets d'observations et de ses collections d'histoire naturelle accumulés pendant des années en Sicile. Ce désastre priva la science de données précieuses et lui causa un immense chagrin. Elle réussit néanmoins à publier une partie de ses travaux grâce aux notes et aux copies envoyées aux académies savantes avant le drame.

Bien qu'elle n'ait jamais fréquenté une université — les femmes en étaient exclues à son époque — Jeanne Villepreux-Power fut élue membre correspondante de nombreuses sociétés savantes européennes : l'Académie de Catane, la Société zoologique de Londres, l'Institut lombard et plusieurs autres. Sa trajectoire, de couturière corrézienne à naturaliste internationale reconnue, reste l'une des ascensions scientifiques les plus étonnantes du XIXe siècle.

Sources primaires

Observations et expériences physiques sur plusieurs animaux marins et terrestres (1839)
L'argonaute, contrairement à l'opinion reçue depuis Aristote, construit sa propre coquille ; j'en ai acquis la certitude absolue par des observations répétées sur des individus vivants maintenus dans mes cages de verre, où j'ai pu suivre pas à pas la sécrétion et la formation des parois spiralées.
Guida per la Sicilia (James Power, avec contributions naturalistes de Jeanne Villepreux-Power) (1842)
La Sicile offre au naturaliste des richesses sans égales : ses fonds marins abritent des êtres dont l'étude exige de nouvelles méthodes, notamment l'observation en milieu confiné et transparent, seule capable de dévoiler les comportements les plus secrets des céphalopodes.
Mémoire sur l'Argonauta argo, présenté à l'Académie royale des sciences de Palerme (1839)
Mes expériences répétées dans le détroit de Messine ont démontré, par l'observation directe, que la femelle de l'Argonauta argo sécrète et façonne elle-même les parois de sa coquille spiralée, réfutant ainsi l'hypothèse du parasitisme coquillier défendue jusqu'alors.
Correspondance avec la Société zoologique de Londres (1835-1838)
Je vous adresse le résumé de mes dernières observations sur les céphalopodes du détroit ; vous y verrez que la cage de verre se révèle un instrument d'une utilité incomparable pour déjouer les habitudes les plus secrètes de ces animaux, impossibles à étudier correctement sur des individus morts ou hors de l'eau.

Lieux clés

Juillac, Corrèze

Petite ville de Corrèze où Jeanne Villepreux naquit le 24 septembre 1794. Elle y grandit dans un milieu artisan avant de monter à Paris pour devenir couturière, entamant une trajectoire de vie hors du commun.

Paris

Ville où elle travailla comme couturière et se fit un nom en réalisant la robe de la princesse Marie-Caroline. C'est à Paris qu'elle rencontra James Power avant de partir pour la Sicile.

Messine, Sicile

Ville sicilienne où elle résida avec son mari et où elle installa ses premières cages de verre pour ses expériences sur les céphalopodes. C'est depuis ce port qu'elle menait ses sorties de collecte dans le détroit.

Détroit de Messine

Bras de mer entre la Sicile et la Calabre où elle conduisit l'essentiel de ses observations marines. Les eaux riches et bien oxygénées du détroit lui fournirent une abondance d'argonautes et d'autres céphalopodes.

Palerme, Sicile

Capitale de la Sicile où elle fréquenta les milieux scientifiques locaux, entretint des échanges avec les naturalistes italiens et soumit des mémoires à l'Académie royale des sciences de la ville.

Londres

Ville où elle s'installa dans ses dernières années et où elle mourut en 1871. Elle y entretint des liens avec la Société zoologique de Londres, qui l'avait élue membre correspondante en reconnaissance de ses travaux.

Voir aussi