Joseph Guichard(1806 — 1880)

Joseph Guichard

France

8 min de lecture

Arts visuelsArtisteXIXe siècleFrance du XIXe siècle, entre académisme et naissance de l'impressionnisme

Joseph Guichard (1806-1880) est un peintre français, élève d'Ingres et de Delacroix. Il fut le professeur de Berthe Morisot et joua un rôle important dans la transmission des techniques académiques au seuil de l'impressionnisme.

Questions fréquentes

Joseph Guichard (1806-1880) est un peintre français formé successivement par Ingres et Delacroix – un parcours rare qui lui permit de maîtriser à la fois la rigueur du dessin classique et la puissance expressive de la couleur. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il fut surtout le professeur de Berthe Morisot, future figure de l'impressionnisme. Son importance tient à ce qu'il incarne la transmission des valeurs académiques à un moment où l'art bascule vers la modernité. Il a formé une génération d'artistes tout en restant fidèle à la tradition, ce qui en fait un témoin privilégié des tensions artistiques du XIXe siècle.

Faits marquants

  • Né à Lyon en 1806, élève d'Ingres et de Delacroix à Paris
  • Professeur de Berthe Morisot, qu'il initia à la peinture dans les années 1860
  • Exposant régulier au Salon de Paris au milieu du XIXe siècle
  • Directeur de l'École des Beaux-Arts de Lyon de 1870 à 1880
  • Décédé à Lyon en 1880

Œuvres & réalisations

Portrait de femme (vers 1845)

Portrait représentatif de la manière de Guichard, alliant la précision du dessin hérité d'Ingres et la finesse psychologique du modèle. Témoigne de sa maîtrise du rendu des matières et de la lumière sur les carnations.

Composition historique présentée au Salon (vers 1841)

Œuvre de grand format sur sujet noble — genre le plus valorisé par l'Académie — qui lui valut une distinction au Salon de Paris. Ce type de composition était la pièce maîtresse du cursus académique.

Commandes décoratives publiques à Lyon (vers 1855-1870)

Cycle de peintures murales et décoratives pour des édifices lyonnais, dans la tradition des grands programmes iconographiques académiques. Ces commandes institutionnelles attestent du prestige de Guichard dans sa ville natale.

Études pédagogiques avec les sœurs Morisot (vers 1861-1863)

Ensemble d'études et de corrections réalisées dans le cadre de l'enseignement donné à Berthe et Edma Morisot, illustrant la méthode rigoureuse de Guichard fondée sur le dessin d'après modèle et la copie au Louvre.

Anecdotes

Joseph Guichard fut l'un des rares peintres de son époque à avoir étudié successivement auprès des deux plus grands rivaux de la peinture française : Jean-Auguste-Dominique Ingres, maître du dessin classique et de la ligne pure, et Eugène Delacroix, champion du romantisme et de la couleur. Passer de l'un à l'autre était un geste intellectuel audacieux, tant leurs esthétiques étaient opposées et leurs admirateurs irréconciliables.

Vers 1861, quand les sœurs Berthe et Edma Morisot lui furent confiées comme élèves, Guichard écrivit à leur mère une lettre restée célèbre. Il l'avertissait que ses filles avaient un talent si vif qu'elles risquaient de 'devenir de vraies peintres' — ce qu'il présentait comme un danger social pour de jeunes filles de la bourgeoisie, dont la pratique artistique devait rester un ornement et non une vocation professionnelle.

Guichard était convaincu que la copie des maîtres au Louvre était l'exercice fondamental de toute formation picturale sérieuse. C'est lui qui accompagna les sœurs Morisot pour leurs premières séances de copie au musée, leur faisant reproduire Rubens et Véronèse avant de les laisser travailler d'après nature — une méthode héritée directement de l'enseignement d'Ingres.

Lorsque Berthe Morisot, son ancienne élève, rejoignit le mouvement impressionniste et exposa aux côtés de Monet et Renoir lors de la première exposition du groupe en 1874, Guichard exprima sa consternation. Fidèle aux valeurs académiques qu'il avait reçues de ses maîtres, il voyait dans cette rupture une trahison de tout ce qu'il avait transmis — illustrant la fracture générationnelle qui traversait alors le monde de l'art français.

Sources primaires

Lettre de Guichard à Madame Morisot (vers 1861)
Considérant le caractère de vos filles, je dois vous dire qu'elles ne seront pas de simples amateurs. Elles deviendront des peintres. Avez-vous bien réfléchi à ce que cela signifie ?
Livret du Salon de Paris (années 1860)
Guichard (Joseph), né à Lyon. Élève de MM. Ingres et Delacroix.
Correspondance de Berthe Morisot (éditée par Denis Rouart) (vers 1862)
M. Guichard est venu voir nos études ; il a trouvé que nous travaillions bien et nous a encouragées à continuer d'après nature.

Lieux clés

Lyon

Ville natale et dernière demeure de Joseph Guichard, où il naquit en 1806 et mourut en 1880. Il y enseigna à l'École des Beaux-Arts, contribuant au rayonnement de l'école lyonnaise et transmettant à une nouvelle génération les techniques académiques reçues à Paris.

Atelier d'Ingres, Paris

Atelier parisien de Jean-Auguste-Dominique Ingres où Guichard apprit la rigueur du dessin classique, le respect de l'Antique et l'exigence de la ligne. Cet enseignement constitua le socle de sa pratique et de sa pédagogie ultérieure.

Atelier de Delacroix, Paris (place de Fürstemberg)

Atelier d'Eugène Delacroix où Guichard compléta sa formation en découvrant la puissance expressive de la couleur et le souffle du romantisme. Passer d'Ingres à Delacroix était un geste intellectuel rare qui fit de Guichard un passeur entre deux esthétiques opposées.

Salon de Paris (Palais du Louvre puis Palais des Champs-Élysées)

Exposition officielle annuelle des Beaux-Arts, lieu central de la vie artistique française au XIXe siècle. Guichard y exposa régulièrement et y fut distingué, ce qui assura sa réputation et ses commandes de portraitiste.

Demeure de la famille Morisot, Paris (Passy)

Maison bourgeoise du quartier de Passy où Guichard dispensait ses cours aux sœurs Berthe et Edma Morisot dans les années 1860. C'est dans ce cadre qu'il forma la future impressionniste aux bases de la peinture académique, tout en pressentant un talent qui le dépasserait.

Voir aussi