Koloman Moser(1868 — 1918)

Koloman Moser

Cisleithanie

9 min de lecture

Arts visuelsCultureArtisteDesignerXXe siècleBelle Époque et naissance du modernisme européen

Peintre, graphiste et designer autrichien (1868-1918), cofondateur de la Sécession viennoise et des Wiener Werkstätte. Figure majeure de l'Art nouveau et du Jugendstil, il révolutionna les arts décoratifs en unissant art et artisanat.

Questions fréquentes

Koloman Moser (1868-1918) était un artiste autrichien qui a marqué la Belle Époque et le modernisme européen. Cofondateur de la Sécession viennoise en 1897 avec Gustav Klimt et Josef Hoffmann, il a aussi créé les Wiener Werkstätte en 1903. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a révolutionné les arts décoratifs en abolissant la frontière entre beaux-arts et artisanat, un idéal appelé Gesamtkunstwerk (œuvre d'art totale).

Faits marquants

  • 1868 : naissance à Vienne dans une famille modeste
  • 1897 : cofondateur de la Sécession viennoise avec Gustav Klimt
  • 1903 : cofonde les Wiener Werkstätte avec Josef Hoffmann
  • Conception de timbres-poste, vitraux, meubles et textiles emblématiques du style viennois
  • 1918 : mort à Vienne d'un cancer, laissant une œuvre polyvalente et influente

Œuvres & réalisations

Affiches pour les expositions de la Sécession viennoise (1898-1905)

Moser conçoit plusieurs affiches emblématiques pour les expositions de la Sécession, dont celle de la Ve exposition (1899). Compositions géométriques audacieuses, typographie soignée et aplats de couleur francs en font des références absolues du graphisme Art nouveau.

Mises en pages et ornements de Ver Sacrum (1898-1903)

Contributions graphiques majeures à la revue officielle de la Sécession viennoise : lettrines, ornements, illustrations et mises en page qui font de chaque numéro un objet artistique à part entière, révolutionnant l'art éditorial de l'époque.

Vitraux de la Kirche am Steinhof, Vienne (1905-1907)

Ensemble monumental de vitraux pour l'église psychiatrique conçue par Otto Wagner, mêlant symbolisme religieux et esthétique de la Sécession. Ces œuvres demeurent parmi les plus imposants témoignages de l'art décoratif viennois du début du XXe siècle.

Timbres-poste autrichiens — Série « Chiffres » (Ziffernserie) (1904-1907)

Série de timbres-poste pour l'Empire austro-hongrois aux motifs géométriques caractéristiques du Jugendstil. Reconnus comme des chefs-d'œuvre du design graphique fonctionnel, ils diffusent l'esthétique moderniste dans le quotidien de millions de personnes.

Objets et mobilier pour les Wiener Werkstätte (1903-1907)

Moser conçoit des centaines de pièces — meubles, bijoux, textiles, vaisselle, verrerie — pour les Ateliers viennois. Ces créations incarnent l'idéal du Gesamtkunstwerk et influencent profondément le design européen jusqu'à l'Art déco.

Peinture « Alkestis » (1908-1909)

Après son départ des Wiener Werkstätte, Moser se tourne vers la peinture à grande échelle. Cette toile mythologique illustre l'évolution de son style vers une liberté chromatique et formelle plus affirmée, loin de la rigueur décorative de ses années sécessionnistes.

Anecdotes

En 1897, Koloman Moser est l'un des dix-neuf artistes qui claquent la porte de la Künstlerhaus de Vienne pour fonder la Sécession viennoise avec Gustav Klimt et Josef Hoffmann. Leur slogan, gravé sur le bâtiment blanc de Josef Maria Olbrich qu'il contribua à décorer, est resté célèbre : « À chaque époque son art, à l'art sa liberté. » Cette rupture avec l'académisme officiel marque un tournant dans l'histoire de l'art européen.

Moser conçut les timbres-poste autrichiens dits « Chiffres » (Ziffernserie), émis à partir de 1904. Ces timbres aux motifs géométriques épurés et à la typographie Art nouveau sont aujourd'hui considérés comme des chefs-d'œuvre du design graphique fonctionnel. C'est l'un des rares cas où un artiste d'avant-garde imprime sa signature sur un objet du quotidien utilisé par des millions de personnes.

Pour l'église psychiatrique Am Steinhof construite par l'architecte Otto Wagner (1904-1907), Moser conçut des vitraux monumentaux représentant des anges aux visages expressifs se détachant sur des fonds dorés stylisés. Ces verrières, qui mêlent iconographie religieuse traditionnelle et esthétique de la Sécession, sont aujourd'hui parmi les témoignages les plus spectaculaires de l'Art nouveau viennois.

En 1903, Moser cofonde les Wiener Werkstätte (Ateliers viennois) avec son ami l'architecte Josef Hoffmann et le mécène Fritz Waerndorfer. Leur ambition : abolir la frontière entre art noble et artisanat, en concevant des objets du quotidien — vaisselle, mobilier, bijoux, textiles — aussi beaux et soignés que des tableaux. À son apogée, l'atelier employait plus d'une centaine d'artisans qualifiés.

Lorsque Moser quitta les Wiener Werkstätte en 1907, à la suite de tensions financières et artistiques, il se consacra entièrement à la peinture. Ce retour à la toile fut pour lui une seconde naissance créatrice : son style évolua vers des compositions plus libres et colorées, loin de la rigueur décorative qui l'avait rendu célèbre. Il mourut en 1918 des suites d'un cancer du larynx, quelques semaines seulement avant l'effondrement de l'Empire austro-hongrois dont il avait été l'un des plus brillants ambassadeurs artistiques.

Sources primaires

Arbeitsprogramm der Wiener Werkstätte (Programme de travail des Ateliers viennois) (1905)
Nous voulons établir un lien intime entre le public, le concepteur et l'artisan, et créer de bons objets simples pour la maison. Nous partons du but utilitaire, la commodité est notre condition première, notre souci constant est la beauté de la forme et du matériau.
Ver Sacrum — Revue de la Sécession viennoise, numéro inaugural (janvier 1898)
Nous ne reconnaissons aucune distinction entre l'art noble et l'art mineur, entre l'art pour les riches et l'art pour les pauvres. L'art est l'art, qu'il se manifeste dans un palais ou dans une chambre modeste.
Catalogue de la Ve exposition de la Sécession viennoise (1899)
Les œuvres exposées témoignent d'une volonté commune : unir toutes les disciplines artistiques dans un idéal de Gesamtkunstwerk — une œuvre d'art totale où peinture, sculpture, architecture et arts décoratifs se répondent et se complètent.
Préface de la XIVe exposition de la Sécession viennoise (exposition Beethoven) (1902)
L'art est une langue universelle qui s'adresse à tous les hommes. En consacrant cette exposition au génie de Beethoven, nous affirmons que la musique, la peinture et les arts décoratifs participent d'un même élan spirituel vers la beauté et la vérité.

Lieux clés

Vienne (Autriche)

Ville natale de Koloman Moser, Vienne est le centre absolu de toute son activité artistique. C'est là qu'il étudie, crée, enseigne et meurt, au cœur d'une effervescence culturelle exceptionnelle qui fait de la capitale autrichienne l'une des métropoles mondiales de l'Art nouveau.

Bâtiment de la Sécession viennoise, Vienne

Inauguré en 1898 et conçu par Josef Maria Olbrich, ce bâtiment blanc surmonté d'un dôme de feuilles de laurier dorées est le lieu d'exposition emblématique du mouvement sécessionniste. Moser y contribue à plusieurs expositions majeures, dont la mémorable exposition Beethoven de 1902.

Kirche am Steinhof (Église Wagner), Vienne

Chef-d'œuvre de l'architecte Otto Wagner construit entre 1904 et 1907 pour un hôpital psychiatrique, cette église accueille les vitraux monumentaux de Koloman Moser. Elle reste l'un des témoignages les plus spectaculaires de la collaboration entre l'architecture moderniste et les arts décoratifs de la Sécession.

Wiener Werkstätte, Vienne (Neustiftgasse 32-34)

Fondés en 1903 par Moser, Hoffmann et Waerndorfer, les Ateliers viennois sont installés dans le 7e arrondissement de Vienne. C'est ici que Moser supervise la production artisanale de meubles, bijoux, textiles et objets décoratifs jusqu'à son départ en 1907.

Kunstgewerbeschule (École des arts décoratifs), Vienne

Moser y enseigne à partir de 1899, formant une génération d'artistes et de designers au nouveau langage formel du modernisme viennois. Cette école, aujourd'hui devenue l'Université des arts appliqués de Vienne (Universität für angewandte Kunst), reste l'un des foyers intellectuels du mouvement.

Voir aussi