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Kushinadahime

Kushinada hime

MythologieAvant J.-C.Mythologie des origines du Japon antique, codifiée par écrit au VIIIe siècle apr. J.-C. dans le Kojiki

Princesse divine de la mythologie shinto japonaise, Kushinadahime est connue par le Kojiki (712 apr. J.-C.) et le Nihon Shoki (720 apr. J.-C.), deux chroniques impériales japonaises transmettant des traditions orales bien plus anciennes. Selon ces textes sacrés, elle fut sauvée du serpent à huit têtes Yamata no Orochi par le dieu Susanoo, qui l'épousa ensuite.

Faits marquants

  • Kushinadahime apparaît dans le Kojiki (712 apr. J.-C.) et le Nihon Shoki (720 apr. J.-C.), premières chroniques écrites japonaises compilant des traditions orales ancestrales
  • Selon la tradition shinto, elle était la fille des dieux Ashinazuchi et Tenazuchi, et la seule survivante de leurs huit filles menacées par le serpent Yamata no Orochi
  • Susanoo, dieu des tempêtes et frère d'Amaterasu, la transforma temporairement en peigne (kushi) pour la protéger pendant son combat contre le serpent
  • Son nom signifie littéralement « déesse du peigne merveilleux des rizières » en japonais ancien, associant sa figure à la fertilité et aux rizières
  • Elle est vénérée dans plusieurs sanctuaires shinto au Japon, notamment à Yasaka-jinja à Kyoto et à Susa-jinja dans la préfecture de Shimane

Œuvres & réalisations

Mythe de Yamata no Orochi et mariage divin (Tradition orale antérieure au VIIIe siècle ; codifiée en 712)

Récit fondateur du Kojiki dans lequel Kushinadahime joue le rôle central : sa délivrance du serpent à huit têtes par Susanoo constitue l'une des grandes épopées mythologiques japonaises, à la fois conte héroïque et mythe de fertilité agricole.

Premier waka japonais (poème de Susanoo) (Codifié en 712 dans le Kojiki)

Le poème en trente et une syllabes composé par Susanoo pour célébrer son union avec Kushinadahime est considéré comme le premier waka de l'histoire littéraire japonaise. Il inaugure une tradition poétique de plusieurs millénaires.

Culte de Yaegaki Jinja (Origines antiques, sanctuaire attesté dès le VIIIe siècle)

Le sanctuaire fondé en l'honneur de Kushinadahime à Matsue perpétue son culte comme déesse de l'amour et du mariage. Les peintures murales du XIVe siècle qu'il abrite comptent parmi les plus anciennes représentations des divinités shinto.

Danse kagura 'Yamata no Orochi' (Tradition vivante, origines antiques)

Performance rituelle chantée et dansée encore pratiquée dans les sanctuaires d'Izumo, rejouant la délivrance de Kushinadahime et le combat contre le serpent. Ces spectacles sont inscrits au patrimoine culturel immatériel du Japon.

Généalogie divine des grandes familles d'Izumo (Compilée dans le Kojiki (712) et le Nihon Shoki (720))

Kushinadahime et Susanoo sont présentés comme ancêtres communs de plusieurs lignées divines et aristocratiques d'Izumo, faisant d'elle une figure tutélaire de la noblesse régionale et un maillon de la chaîne généalogique impériale.

Anecdotes

Selon le Kojiki, les parents de Kushinadahime pleuraient car le serpent Yamata no Orochi avait déjà dévoré sept de leurs huit filles. Susanoo, banni du ciel, les rencontra par hasard près de la rivière Hi et proposa de sauver leur dernière enfant en échange de sa main.

Pour la protéger pendant le combat contre Yamata no Orochi, Susanoo transforma Kushinadahime en peigne qu'il plaça dans ses cheveux. Ce geste symbolique est interprété par les spécialistes du shinto comme une union mystique anticipant leur mariage : elle fut littéralement portée par le dieu tout au long de l'épreuve.

Le piège tendu à Yamata no Orochi repose sur une ruse ingénieuse : Susanoo fit préparer huit tonneaux de saké fortement concentré, placés derrière huit palissades. Le serpent, attiré par l'odeur, plongea ses huit têtes dans les tonneaux et s'enivra, permettant à Susanoo de le décapiter avec son sabre.

Après la victoire, Susanoo composa ce qui est considéré comme le premier poème japonais (waka) pour célébrer leur mariage : « Kumokumo ya / Yaegaki tsuma ni / Yaegaki tsukuru / Sono yaegaki wo » — évoquant les nuages qui s'élèvent en palissades pour enclore son épouse bien-aimée. Ce poème fondateur est directement associé à Kushinadahime.

Kushinadahime est honorée aujourd'hui au sanctuaire de Yaegaki (Matsue, préfecture de Shimane), réputé pour favoriser l'amour et le mariage. Un rituel divinatoire consiste à poser une feuille sur l'étang sacré du sanctuaire : selon la rapidité et la direction du déplacement de la feuille, on peut présager la durée avant de trouver l'âme sœur.

Sources primaires

Kojiki (古事記) — Chronique des faits anciens (712 apr. J.-C.)
Susanoo rencontra un vieil homme et une vieille femme qui pleuraient, tenant entre eux une jeune fille. Il leur demanda qui ils étaient. Le vieil homme répondit : 'Je suis un dieu de la terre, fils d'Ōyatsuhiko. Mon nom est Ashinazuchi, et ma femme s'appelle Tenazuchi. Cette jeune fille est notre fille, Kushinadahime.'
Nihon Shoki (日本書紀) — Annales du Japon (720 apr. J.-C.)
Susanoo dit alors : 'Si tu m'accordes ta fille en mariage, je tuerai ce serpent.' Ashinazuchi accepta. Susanoo transforma aussitôt la jeune fille en peigne à dents fines qu'il plaça dans son chignon, puis ordonna aux deux vieillards de préparer huit tonneaux de saké de riz fermenté huit fois.
Izumo no Kuni Fudoki (出雲国風土記) — Topographie de la province d'Izumo (733 apr. J.-C.)
Le texte mentionne les lieux sacrés liés à Susanoo et à son épouse divine dans la province d'Izumo, notamment le village de Suga où fut construit le premier palais conjugal après la victoire sur le serpent, et où poussa le premier pin sacré.
Traditions orales shinto conservées par les kannagi (médiums sacrés) (Traditions antérieures au VIIe siècle apr. J.-C.)
Avant leur mise par écrit au VIIIe siècle, les récits de Kushinadahime étaient transmis oralement lors des rituels kagura, performances dansées et chantées exécutées dans les sanctuaires d'Izumo. Ces chants narraient la nuit des noces divines et l'établissement du premier foyer.

Voir aussi