Princesse divine de la mythologie shinto japonaise, Kushinadahime est connue par le Kojiki (712 apr. J.-C.) et le Nihon Shoki (720 apr. J.-C.), deux chroniques impériales japonaises transmettant des traditions orales bien plus anciennes. Selon ces textes sacrés, elle fut sauvée du serpent à huit têtes Yamata no Orochi par le dieu Susanoo, qui l'épousa ensuite.
Kushinadahime
Kushinada hime
10 min de lecture
Questions fréquentes
Faits marquants
- Kushinadahime apparaît dans le Kojiki (712 apr. J.-C.) et le Nihon Shoki (720 apr. J.-C.), premières chroniques écrites japonaises compilant des traditions orales ancestrales
- Selon la tradition shinto, elle était la fille des dieux Ashinazuchi et Tenazuchi, et la seule survivante de leurs huit filles menacées par le serpent Yamata no Orochi
- Susanoo, dieu des tempêtes et frère d'Amaterasu, la transforma temporairement en peigne (kushi) pour la protéger pendant son combat contre le serpent
- Son nom signifie littéralement « déesse du peigne merveilleux des rizières » en japonais ancien, associant sa figure à la fertilité et aux rizières
- Elle est vénérée dans plusieurs sanctuaires shinto au Japon, notamment à Yasaka-jinja à Kyoto et à Susa-jinja dans la préfecture de Shimane
Œuvres & réalisations
Récit fondateur du Kojiki dans lequel Kushinadahime joue le rôle central : sa délivrance du serpent à huit têtes par Susanoo constitue l'une des grandes épopées mythologiques japonaises, à la fois conte héroïque et mythe de fertilité agricole.
Le poème en trente et une syllabes composé par Susanoo pour célébrer son union avec Kushinadahime est considéré comme le premier waka de l'histoire littéraire japonaise. Il inaugure une tradition poétique de plusieurs millénaires.
Le sanctuaire fondé en l'honneur de Kushinadahime à Matsue perpétue son culte comme déesse de l'amour et du mariage. Les peintures murales du XIVe siècle qu'il abrite comptent parmi les plus anciennes représentations des divinités shinto.
Performance rituelle chantée et dansée encore pratiquée dans les sanctuaires d'Izumo, rejouant la délivrance de Kushinadahime et le combat contre le serpent. Ces spectacles sont inscrits au patrimoine culturel immatériel du Japon.
Kushinadahime et Susanoo sont présentés comme ancêtres communs de plusieurs lignées divines et aristocratiques d'Izumo, faisant d'elle une figure tutélaire de la noblesse régionale et un maillon de la chaîne généalogique impériale.
Anecdotes
Selon le Kojiki, les parents de Kushinadahime pleuraient car le serpent Yamata no Orochi avait déjà dévoré sept de leurs huit filles. Susanoo, banni du ciel, les rencontra par hasard près de la rivière Hi et proposa de sauver leur dernière enfant en échange de sa main.
Pour la protéger pendant le combat contre Yamata no Orochi, Susanoo transforma Kushinadahime en peigne qu'il plaça dans ses cheveux. Ce geste symbolique est interprété par les spécialistes du shinto comme une union mystique anticipant leur mariage : elle fut littéralement portée par le dieu tout au long de l'épreuve.
Le piège tendu à Yamata no Orochi repose sur une ruse ingénieuse : Susanoo fit préparer huit tonneaux de saké fortement concentré, placés derrière huit palissades. Le serpent, attiré par l'odeur, plongea ses huit têtes dans les tonneaux et s'enivra, permettant à Susanoo de le décapiter avec son sabre.
Après la victoire, Susanoo composa ce qui est considéré comme le premier poème japonais (waka) pour célébrer leur mariage : « Kumokumo ya / Yaegaki tsuma ni / Yaegaki tsukuru / Sono yaegaki wo » — évoquant les nuages qui s'élèvent en palissades pour enclore son épouse bien-aimée. Ce poème fondateur est directement associé à Kushinadahime.
Kushinadahime est honorée aujourd'hui au sanctuaire de Yaegaki (Matsue, préfecture de Shimane), réputé pour favoriser l'amour et le mariage. Un rituel divinatoire consiste à poser une feuille sur l'étang sacré du sanctuaire : selon la rapidité et la direction du déplacement de la feuille, on peut présager la durée avant de trouver l'âme sœur.
Sources primaires
Susanoo rencontra un vieil homme et une vieille femme qui pleuraient, tenant entre eux une jeune fille. Il leur demanda qui ils étaient. Le vieil homme répondit : 'Je suis un dieu de la terre, fils d'Ōyatsuhiko. Mon nom est Ashinazuchi, et ma femme s'appelle Tenazuchi. Cette jeune fille est notre fille, Kushinadahime.'
Susanoo dit alors : 'Si tu m'accordes ta fille en mariage, je tuerai ce serpent.' Ashinazuchi accepta. Susanoo transforma aussitôt la jeune fille en peigne à dents fines qu'il plaça dans son chignon, puis ordonna aux deux vieillards de préparer huit tonneaux de saké de riz fermenté huit fois.
Le texte mentionne les lieux sacrés liés à Susanoo et à son épouse divine dans la province d'Izumo, notamment le village de Suga où fut construit le premier palais conjugal après la victoire sur le serpent, et où poussa le premier pin sacré.
Avant leur mise par écrit au VIIIe siècle, les récits de Kushinadahime étaient transmis oralement lors des rituels kagura, performances dansées et chantées exécutées dans les sanctuaires d'Izumo. Ces chants narraient la nuit des noces divines et l'établissement du premier foyer.
Lieux clés
C'est sur les rives de cette rivière que Susanoo rencontra Kushinadahime et ses parents, et que se déroula le combat contre Yamata no Orochi. La rivière Hi, dont les eaux rougissaient selon le mythe, est identifiée à l'actuelle rivière Hii dans la préfecture de Shimane.
Lieu où Susanoo et Kushinadahime construisirent leur premier palais conjugal après la victoire sur le serpent. C'est là que Susanoo composa le premier waka japonais. Le sanctuaire Suga Jinja perpétue ce souvenir.
Principal sanctuaire dédié à Kushinadahime, dont le nom rappelle les 'huit palissades' du poème de Susanoo. Lieu de pèlerinage pour les jeunes en quête d'amour, il abrite un étang divinatoire et des peintures murales du XIVe siècle représentant Susanoo et Kushinadahime.
Grand sanctuaire shinto dédié à Ōkuninushi, descendant de Susanoo et Kushinadahime. Ce site est l'un des plus anciens et des plus vénérés du Japon, représentant la continuité dynastique divine issue du couple mythologique.
Selon le Kojiki, Susanoo descendit du ciel sur ce mont avant de rencontrer Kushinadahime. Ce sommet de la région d'Izumo est considéré comme le point de connexion entre le monde céleste (Takamagahara) et la terre.
Objets typiques

Objet central du mythe : Susanoo transforma Kushinadahime en peigne pour la dissimuler dans ses cheveux et la protéger durant le combat contre le serpent. Le kushi est dans la culture japonaise un objet chargé de sens amoureux et protecteur, souvent offert comme gage de fidélité.

Huit tonneaux de saké fermenté huit fois furent préparés sur ordre de Susanoo pour piéger Yamata no Orochi. Ce saké rituel, bien plus fort que le saké ordinaire, est symboliquement lié à la délivrance de Kushinadahime et au triomphe du divin sur le chaos.

Le nom de Kushinadahime contient le terme 'nada' qui évoque les rizières. La gerbe de riz représente sa nature divine en tant que divinité protectrice des cultures et de la fertilité agricole, valeur centrale dans le Japon ancien.

Bien qu'appartenant à Susanoo, ce sabre légendaire fut découvert dans le corps de Yamata no Orochi après le combat qui libéra Kushinadahime. Il deviendra l'une des trois regalia impériales du Japon, liant indirectement la princesse divine aux insignes du pouvoir impérial.

Selon le Nihon Shoki, un pin poussa à l'endroit où Susanoo et Kushinadahime s'installèrent après leur mariage, dans le village de Suga. Cet arbre devint un symbole de longévité et d'union conjugale dans le culte shinto.

Les huit palissades dressées pour dissimuler les tonneaux de saké donnèrent leur nom au sanctuaire Yaegaki Jinja dédié à Kushinadahime. Elles symbolisent la protection de l'épouse bien-aimée et sont évoquées dans le premier waka composé par Susanoo.
Programmes scolaires
Vocabulaire & tags
Vocabulaire clé
Tags
Vie quotidienne
Matin
Dans la mythologie shinto, la journée de Kushinadahime s'ouvre par des rites de purification au bord de la rivière Hi : ablutions rituelles (misogi) dans l'eau courante pour chasser les souillures (kegare). Elle préside ensuite aux offrandes du matin dans l'enceinte sacrée, déposant des branches de sakaki — l'arbre toujours vert consacré aux kami — devant les autels.
Après-midi
L'après-midi est consacré à la surveillance des rizières dont elle est la gardienne divine. Dans les récits populaires, on l'imagine parcourant les champs en fleurs, bénissant les semailles et veillant à ce que les crues de la rivière ne détruisent pas le travail des paysans. Elle reçoit aussi les prières et offrandes des familles en quête de protection.
Soir
Le soir, dans le palais de Suga construit par Susanoo après leur mariage, des torches de pin illuminent la salle de banquet où des musiciens jouent du koto et de la flûte. Les époux célèbrent leur union par des chants et des libations de saké rituel, entourés d'autres kami. La nuit, Kushinadahime veille sur les rêves des mortels depuis le monde céleste.
Alimentation
Dans le Japon mythique, les kami se nourrissent d'offrandes rituelles (shinsen) : riz cuit à la vapeur, poisson séché, algues, sel marin, saké de riz fermenté et fruits de saison. Le riz est l'aliment sacré par excellence, directement lié à l'identité de Kushinadahime comme déesse des rizières. Les banquets divins comprennent aussi du gibier et des légumes sauvages.
Vêtements
Kushinadahime est représentée dans les peintures kagura portant plusieurs couches de kimonos de soie blanche (shiro-shōzoku), couleur de la pureté divine, rehaussés de broderies évoquant les épis de riz et les vagues. Ses cheveux noirs sont retenus par le peigne divin (kushi) qui symbolise son identité. Une ceinture de soie cramoisie et des chaussures de bois laqué complètent sa tenue cérémonielle.
Habitat
Susanoo construisit pour Kushinadahime un grand palais à Suga, dans la région d'Izumo, au pied de montagnes couvertes de cèdres. La demeure divine imaginée d'après les descriptions du Kojiki ressemble aux premiers grands sanctuaires shinto : une architecture de bois naturel non peint, avec un toit de chaume à double pente, entourée d'une enceinte de palissades. L'intérieur est tapissé de nattes de paille tressée et orné de branches de sakaki.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Style visuel
Style yamato-e aux pigments doux sur soie, princesse divine en kimonos superposés blanc et indigo, brume sur la vallée sacrée d'Izumo et présence fantomatique du serpent à huit têtes en arrière-plan.
Ambiance sonore
Ambiance sonore d'une vallée fluviale sacrée du Japon ancien : rizières bruissantes, rivière de montagne, percussions rituelles kagura et nature sauvage de la province d'Izumo.
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Mythe de Yamata no Orochi et mariage divin
Tradition orale antérieure au VIIIe siècle ; codifiée en 712
Premier waka japonais (poème de Susanoo)
Codifié en 712 dans le Kojiki
Culte de Yaegaki Jinja
Origines antiques, sanctuaire attesté dès le VIIIe siècle
Danse kagura 'Yamata no Orochi'
Tradition vivante, origines antiques
Généalogie divine des grandes familles d'Izumo
Compilée dans le Kojiki (712) et le Nihon Shoki (720)






